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21st Century Archmage

Chapitre 2 : Un entraînement magique infernal

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Chapitre 2

Chapitre 2 : Un entraînement magique infernal

Chapitre 2/2100%~33 min de lecture6 584 mots

'Gaaaahh !'

Une énergie fourmillante me picotait tout le corps, comme si des insectes m'avaient mordu.

« Composante essentielle des éléments que sont le ciel, la terre, le feu, le vent et l'eau, le mana est la force motrice qui fait tourner le monde. Longtemps, les hommes ont désiré faire du mana leur propre puissance. Usant du talent sans bornes que leur avait accordé le grand dieu Adeine, ils ont cherché pendant des années le moyen d'employer la puissance de la nature. »

Bzzzzzzzzzzzzzzz.

J'ouvris les yeux et fusillai du regard ce vieux schnock de pépé Gandalf, qui s'était fait passer pour Gandalf. Embêter quelqu'un pendant son sommeil, passe encore, mais ce vieux schnock m'avait en plus posé sur un étrange cercle magique qui crachait des étincelles, et voilà qu'il me tenait un discours à rallonge. Même chez les vieillards farfelus, il ne devait pas y en avoir beaucoup d'aussi cinglés.

'Ce n'était pas de la magie, ça ; il a forcément mis de la poudre à dormir sur le bracelet.'

J'avais beau essayer, je n'y croyais pas. Comment la magie pourrait-elle exister dans une civilisation qui emploie des technologies de pointe ? Si les magiciens existaient vraiment, on les aurait déjà vus dans des vidéos sur Youchube.

« La magie met l'accent sur la communication avec la nature. Le fruit durement acquis des anciens, qui s'échinèrent à maîtriser la force de cette nature, ce fut la création de la magie. Ainsi naquit la langue magique, ou langue runique. Certains prétendaient que la magie était un divertissement offert aux hommes par la grâce d'un dragon. D'autres, qu'elle était une graine de mal semée dans le monde des hommes par les démons. Mais ce n'était là que la manifestation ignorante d'un sentiment de défaite chez les sots. La véritable racine de la magie, c'étaient les hommes. Le maître du monde, le grand dieu Adeine, n'avait choisi que les hommes. »

J'étais à deux doigts de devenir fou sous les décharges électriques stupéfiantes qui me parcouraient le corps, et ce pépé Gandalf continuait de dérouler sa théorie magique ridicule.

'Serait-ce la maladie de la vache folle ?'

Comment aurait-il pu écrire un roman de fantasy aussi posément s'il n'avait pas eu un problème à la tête ? Malgré la douleur, je ne pus m'empêcher de suspecter la maladie de la vache folle, toujours répandue en Europe.

« Mais l'âge fertile de la magie ne dura pas longtemps. Devenus dépendants du mana de la présente dimension, les mages des ténèbres ouvrirent une autre dimension et convoquèrent des monstres du monde démoniaque, faisant naître une terrible ambition dévorante qui allait engloutir le monde. Ainsi commença la longue, très longue guerre entre les hommes et les mages des ténèbres. On pourrait l'appeler une guerre par procuration entre les dieux et les diables : une guerre divine. »

À entendre ce vieux schnock de pépé Gandalf si pleinement gagné par l'émotion, comme s'il racontait une histoire d'autrefois, moi-même je me mis à l'écouter attentivement malgré ma douleur.

« Et alors, le dragon apparut. Un dragon d'une autre dimension fut convoqué avec la permission du grand dieu afin de préserver l'humanité, réduite presque à l'extinction. Ainsi prit fin la Première Guerre Divine. Les hommes, qui avaient jadis régné sur la terre, entrèrent dans une longue, très longue ère glaciaire de la magie, tout en subissant le mépris du dragon et des autres races. »

Comme s'il était réellement en colère, le pépé Gandalf grinçait des dents.

'Tss, tss, il est complètement à côté de ses pompes.'

On aurait dit que cet homme avait écrit un vrai roman de fantasy avec son imagination. Il était impossible qu'une chose pareille se fût produite dans l'histoire de la Terre. Bien sûr, le pépé Gandalf avait dit que des utilisateurs de magie avaient existé, mais aucun humain n'aurait eu le cran de faire la guerre à des diables. À part les guerriers fanfarons qui paradent dans les mythes grecs et romains, évidemment.

« Voilà pourquoi je suis devenu mage. Je voulais renvoyer d'où ils venaient tous ceux qui osaient troubler la terre sur laquelle l'humanité aurait dû régner : les démons, les diverses races, et le dragon lui-même. Pour moi, l'archimage Aidal ! »

Le vrai nom de ce papy tchèque qui déversait sa folie sans discontinuer était donc Aidal.

Ma peur se dissipa et, à la place, la pitié m'envahit le cœur.

'Après tout, dans ce monde rude, ce n'est peut-être pas si mal de devenir complètement fou.' Quand on n'est fou qu'à moitié, on se fait traiter de type bizarre ; mais quand on devient franchement cinglé, plus personne n'ose vous le reprocher. Pour un homme comme lui, même un hôpital psychiatrique paierait pour ne pas avoir à le prendre.

« Kékéké, je me suis entraîné à la magie comme un forcené, et je suis devenu mage du huitième Cercle, un stade que nul n'avait atteint dans toute l'histoire humaine. Et c'était très exactement à mes quatre-vingt-dix-neuf ans. »

'Tiens, c'est intéressant.'

Quand on écrit un roman, il faut y mettre des mensonges réalistes de ce genre pour que ce soit amusant. Malgré la douleur électrique, je sentais que j'étais captivé. C'était comme tomber sur une œuvre passionnante après une très longue disette.

De quelque façon qu'on le prît, ce vieux schnock de pépé Gandalf Aidal n'avait pas l'air d'avoir beaucoup plus de soixante-dix ans. Annoncer fièrement qu'il était devenu archimage à quatre-vingt-dix-neuf ans, ce monde mental-là était admirable. Malgré tout, il ne semblait pas fou au point de repeindre les murs avec ses excréments. Il donnait plutôt l'impression d'une âme pure et belle qui rêvait encore d'une fantaisie. Don Quichotte lui-même l'aurait appelé grand frère.

'Maintenant, il ne manque plus que le voyage dimensionnel.' Ravi, je tentai de deviner la suite de l'histoire.

« Mais je n'ai pas pu aller plus loin. Même durant l'Ère de la Magie perdue, le neuvième Cercle était un domaine divin interdit aux hommes. J'avais beau m'échiner, je ne parvenais pas à m'élever jusqu'au neuvième Cercle. Bordel de merde... »

Il cracha ces mots si familiers : bordel et merde. Une telle frustration était nécessaire pour faire avancer l'histoire.

« Alors que je voulais atteindre la magie du neuvième Cercle et tenter une mutation du mana ! Comme un dragon, je voulais devenir un bel homme par la magie de polymorphie et avoir toutes les femmes du monde... Arrrgh ! »

Voilà qu'il sortait soudain une idée très humaine.

'A-avoir toutes les femmes du monde... Argh !'

Tandis que je titubais de douleur sous la décharge qui suivit sa frustration, le pépé Gandalf Aidal ne regarda même pas dans quel état j'étais et enchaîna sur la suite de son histoire.

« Hum, quoi qu'il en soit, la vie valait encore la peine d'être vécue. Sans que je m'en rende compte, j'étais devenu maître d'une tour de magie, et tous les empires et royaumes se disputaient mes faveurs. Kouku, les trésors du monde et des fonds de recherche sans fin affluaient au début de chaque année. J'ai passé le cap des cent ans et j'ai fini par y trouver une consolation. De toute façon, je pouvais me rendre un peu de ma jeunesse avec la magie du huitième Cercle, alors je m'entendais à merveille avec les jeunettes en un rien de temps ! Si seulement je n'avais pas croisé cette ordure. Urgh ! »

L'histoire de la vie d'Aidal devenait de plus en plus palpitante. Je savais que c'était une fiction, mais mes oreilles se tendaient vers son mélodrame appuyé. Il me restait un reste de picotements dans le corps, mais j'étais si absorbé par le récit que j'en oubliais la douleur.

« C'était un jour de grand vent. Je venais tout juste de finir d'écrire une lettre courtoise demandant à chaque royaume de m'envoyer au plus vite les princesses qui deviendraient mes épouses, quand cette ordure apparut. Une ordure de la pire espèce ! »

Moi-même, j'étais curieux de savoir de qui il s'agissait.

L'histoire tenait plutôt bien debout. J'avais l'impression que si je parvenais à rentrer en Corée, je pourrais même débuter comme écrivain en m'appuyant sur ce récit.

« Ce fut un choc. Une ordure qui n'avait même pas atteint la quarantaine me défia en duel de magie. Moi, l'archimage Aidal du huitième Cercle en personne ! »

Comme s'il revivait ce moment, la foudre grésillait dans les yeux du pépé Gandalf Aidal.

'Un dragon venu s'amuser ? Ou un diable ?' Je tâchai de deviner qui était apparu.

« Au début, j'ai cru que c'était un novice ridicule et je lui ai magnanimement accordé ma clémence. Mon caractère est tranchant comme une lame : d'ordinaire, je brûle vifs les petits merdeux qui me foncent dessus. Mais je me suis retenu, car c'était un jour heureux où je venais de faire mon premier pas vers le mariage. »

'P-peut-être qu'il n'est pas archimage, mais plutôt sorcier ? Et un de ceux qui faisaient trembler le monde, en plus...'

Sinon, il n'y aurait eu aucune raison pour que des empires et des royaumes lui envoient des pots-de-vin, et un vieillard comme lui n'aurait pas pu envoyer des invitations pour faire venir les princesses. S'il avait été un mage honorable et de bon caractère, il n'aurait même pas songé à se marier à cent ans.

« Mais l'ordure s'est contentée de me sourire en coin. Kya, j'étais fou. Avoir accepté le duel sans savoir qu'on me tendait un appât. »

Il aurait été agréable d'écouter une histoire pareille en mangeant du poulet et en buvant un cola, mais ma situation regrettable ne le permettait pas : il manquait tout juste trois pour cent.

« D'abord, j'ai très légèrement tenté de brûler vive cette ordure avec un Éclair du troisième Cercle. Mais le bougre l'a esquivé avec un Bouclier d'Air, comme s'il n'attendait que ça. Je me suis dit qu'il n'était pas mauvais. Être au quatrième Cercle à cet âge, c'était le niveau des génies. »

Pour un vieillard aussi mûr, il commandait un vocabulaire d'une rare richesse. Cela ne me paraissait pas maladroit du tout.

« Cela a un peu éveillé mon intérêt. Alors, cette fois, j'ai pris ma décision et j'ai déchaîné Flambée Ardente, une magie du cinquième Cercle. Comme j'étais sérieux, c'était une magie puissante, capable de détruire un beau mur de château, vois-tu. Mais non, ce pourri, ce moisi, ce fils de chienne l'a déviée avec une Boule de Feu ! Enfin, cela a-t-il un sens qu'une magie du cinquième Cercle lancée par un mage du huitième Cercle soit bloquée par une magie du deuxième Cercle ? »

À l'instant où le pépé Gandalf me posa la question, je me surpris à secouer la tête. D'après mes connaissances en fantasy, c'était impossible.

« J'ai bien senti que quelque chose clochait, et j'aurais dû m'arrêter là. Mais à cent ans, et encore dans la force de l'âge, je manquais de patience. »

« ... »

Aidal débitait sans se troubler des propos qui dépassaient de trois ou quatre fois le simple étonnement. J'attendais la suite de l'histoire avec impatience.

« Ma colère a débordé. Alors j'ai préparé la magie du septième Cercle que je passais plusieurs minutes à mémoriser chaque jour, au cas où. Comme les mages du septième Cercle étaient la limite supérieure dans toutes les tours de magie et toutes les cours impériales de l'époque, je pensais que cela s'arrêterait là. Mais non, cette ordure de merde s'est éventée de la main comme s'il faisait chaud à l'intérieur de ce Blizzard du septième Cercle, et elle a refusé de tomber ! Aaah, ça me met dans une rage folle. »

Je voyais toute la scène. Dire qu'il y avait un type capable de s'éventer à l'intérieur d'une magie du septième Cercle !

'La suite, la suite !'

La situation avait dérapé pendant mon sommeil. À l'heure qu'il était, le groupe du voyage scolaire devait être en émoi à cause de ma disparition, mais je ne pouvais pas m'arrêter là. L'histoire du papy Gandalf, gâteux en bonne et due forme, était si captivante qu'elle m'en faisait suer des mains.

'C'est un dragon. C'est sûr.'

Faire mes propres suppositions était un vrai plaisir.

« Quelle impudence. Qu'un veau à peine né, sans doute dans sa quarantaine, bloque une magie du septième Cercle... kya, je ne savais pas que cette ordure avait un talent qui n'était pas de la magie, mais tout autre chose. »

« Q-Qu'est-ce que c'était ? »

« Toi, tu t'es dit que c'était un dragon, pas vrai ? Haaa, l'idée m'a traversé aussi, à ce moment-là, que ce pouvait être le dragon venu s'amuser, mais non. Même si ç'avait été un dragon en train de jouer, mage du huitième Cercle, j'aurais reconnu cette énergie à coup sûr. »

'Ce n'est pas ça ? Alors qu'est-ce que c'est ?' Je maudis mon manque d'imagination et fixai sans rien dire la barbe blanche du pépé Gandalf.

« Il ne me restait plus qu'une option : employer la magie du huitième Cercle. À vrai dire, les sorts d'attaque du huitième Cercle ne sont pas très nombreux. Mais chacun d'eux possède une puissance énorme, capable de détruire un château de bonne taille. Haa, dire que j'ai mené une telle magie à son terme. »

Le papy se lançait des fleurs, et je pus une fois de plus constater qu'il n'y avait pas de remède pour cet homme.

'Sérieusement, comment se poursuit cette histoire !' Dussé-je en mourir, je voulais entendre la suite.

« C'est alors que. »

Comme s'il connaissait mon désir brûlant, le papy Gandalf rouvrit ses lèvres ridées.

« C'est alors que cette face de merde d'orc a formulé une proposition diabolique. »

Le pépé Gandalf, grossier comme un charretier, jurait comme les adolescents coréens. J'étais terriblement curieux d'entendre la proposition de cette andouille d'orc.

« Il a dit que si j'achevais son cercle magique inachevé, il reconnaîtrait sa défaite. À vrai dire, sans me vanter, je n'étais pas seulement le meilleur en magie des Cercles, mais aussi en cercles magiques et en théorie, alchimie comprise. »

Ce papy Gandalf se couvrait d'éloges chaque fois qu'il ouvrait la bouche.

« Vous avez accepté, bien entendu ? » Habitué désormais à l'énergie piquante qui me creusait le corps, j'exprimai franchement ma curiosité.

« Oui, bien entendu. Je connaissais tous les types de cercles magiques existant à l'époque. En vérité, il me suffisait d'en connaître le principe pour le percer à jour en réfléchissant un peu. Il n'existait pas de cercle magique que le merveilleusement brillant archimage Aidal ne pût résoudre. Keuhahahaha ! »

À présent, c'était parfaitement clair. Pour valoir la peine d'être combattu, il faut pouvoir être vaincu. Ce n'était qu'une supposition, mais je crois qu'ayant craint de ne rien pouvoir faire par la magie, le pépé Gandalf était tombé dans le piège de cette andouille d'orc.

« Ah ! Mais le cercle magique qui se trouvait dans la grotte étrange où cette pourriture m'avait conduit, je n'en avais jamais vu de tel de ma vie. Dire que c'était un cercle magique de l'Ère de la Magie perdue ! Ce scélérat ! »

'L'Ère de la Magie ? L'Ère de la Magie d'avant la Guerre Divine ?'

« Mais comme j'avais déjà promis, j'étais piégé là sans recours et je devais achever ce cercle magique. Non, ce cercle magique a réveillé ma passion de la recherche pour la première fois depuis des lustres. Il y avait largement de quoi m'exalter. »

C'était bien naturel. Pour un mage bloqué au stade le plus élevé et incapable d'aller plus loin, il allait de soi qu'une théorie magique insoluble l'intriguerait plus que les affaires du monde.

« Pendant quelques années, j'ai étudié ce cercle magique jusqu'à l'épuisement. Il faisait plusieurs bons mètres, et des dizaines de caractères runiques de haut niveau étaient gravés dans ce grand cercle. J'ai interprété les runes et les figures une à une et j'ai travaillé à nouer les fils qui pendaient. Et à une vitesse que ces petits morveux n'auraient même pas pu imaginer. »

'Des morveux ? Il n'y avait donc pas qu'une seule personne ?' Mes questions se multipliaient.

« Et puis, un jour, j'ai pu achever le cercle magique. Pouhahahaha ! J'ai parfaitement analysé et achevé un cercle magique de la grande Ère de la Magie, que le dragon légendaire lui-même n'aurait pas su terminer. »

'Quelle ténacité impressionnante !'

J'étais rempli d'admiration pour la copieuse imagination du pépé Gandalf Aidal, qui lui permettait de débiter des fantaisies si vives qu'on aurait juré qu'il les avait vécues. Il y avait de quoi me faire prendre la résolution de devenir parfaitement fou comme lui, si jamais je devais perdre la raison un jour.

« C'est alors que les ordures sont apparues. Euuurgh ! Ces ignobles ordures, qui ont enjôlé le grand archimage Aidal pour qu'il serve leurs propres ambitions ! C'est là que j'ai compris. Que celui qui m'avait attiré dans ce duel était Yasmahal, le maître de la Tour de Magie Dorée, un groupe secret, et que les mages de cour de tous les royaumes et de tous les empires étaient dans le coup. C'était un complot ourdi par ces sous-mages de merde pour éliminer un grand archimage ! Keuaaaaah ! »

À rire puis à pleurer ainsi, ce mage de pépé Gandalf Aidal allait sûrement finir avec le derrière poilu. Il versa même des larmes dans son tourment.

'Ouah ! Il joue vraiment bien la comédie !'

Il livrait la panoplie complète et parfaite de l'empathie. C'était si convaincant qu'on aurait pu le croire véritablement archimage.

« Keuhaha. Mais je ne pouvais pas faire ce que voulaient ces ordures. S'ils apprenaient l'existence du cercle magique achevé, il était certain que toutes les techniques magiques de l'Ère de la Magie tomberaient entre leurs mains mauvaises. Ces stupides morveux... » La foudre jaillit de ses yeux comme des lasers. « Les ordures ont ri. Elles ont ri de moi, qui avais gaspillé plusieurs années piégé comme un imbécile dans leur machination, sous la garde de chevaliers de rang de maître. Mais je leur ai ri au nez à mon tour. Elles n'avaient aucune idée que le cercle magique vers lequel elles m'avaient conduit était un cercle magique de Voyage Dimensionnel. Houhouhou. »

« Ah ! »

En entendant qu'il s'agissait d'un cercle magique de Voyage Dimensionnel, une exclamation m'échappa malgré moi.

'P-peut-être qu'il est vraiment mage ?' Je pensais que non, mais le pressentiment dans mon cœur hurlait un avertissement.

« Et sous leurs yeux, j'ai activé le cercle magique de Voyage Dimensionnel. En serrant les dents en silence... Keuhaha, ces idiots. Ils n'avaient aucune chance de percer ce cercle magique, quoi qu'ils fissent. Après que moi, le grand archimage Aidal, l'eus parfaitement maîtrisé, je l'avais modifié pour qu'il ne s'active que par ma méthode. Kouhahahaha ! » Aidal se tenait le ventre en riant de bon cœur. Je ne savais pas pourquoi il me parut si pitoyable à ce moment-là.

'Idiot, au bout du compte, ça veut dire que tu t'es servi du voyage dimensionnel pour t'enfuir, non ?'

Il semblait que le pauvre fou n'eût pas encore trouvé le chemin du retour. Si tout cela était vrai, bien sûr.

'Mais existe-t-il vraiment un monde pareil ?'

Ma curiosité grandissait, grandissait dans mon cœur. Si ce que disait le pépé Gandalf Aidal était vrai, alors je voulais y aller au moins une fois. Un monde totalement différent, qu'Aidal avait secoué après être devenu archimage. Pour tous les Coréens qui vivaient une réalité douloureuse, un tel monde pouvait faire envie.

« Et donc, tu as été choisi. »

'Hein ?'

Tandis que je m'étais brièvement perdu dans mes pensées, la voix calme d'Aidal me tomba dessus comme un seau d'eau froide. Aidal avait retrouvé son sang-froid je ne sais comment, et me regardait de ses yeux dorés étincelants.

« Q-Quoi ? »

« Houhouhou. Tu iras à ma place et tu prendras ma revanche. »

« Aller, aller où ? »

« Où donc ? Tu croyais que je racontais des mensonges jusqu'à présent ? Je te parle du continent de Kallian, où j'ai vécu ! »

Ce pépé Gandalf au sale caractère s'était soudain fâché et houspillait quelqu'un qui n'avait rien fait de mal.

« Pourquoi faut-il que ce soit moi qui y aille ? Si quelqu'un doit y aller, ne devrait-ce pas être Gandal... non, maître Aidal ? On ne peut couler des vieux jours paisibles qu'en réglant ses propres problèmes et en finissant ce que l'on a commencé ! »

Je voulais m'éloigner de ce vieux fou. J'avais le mauvais pressentiment qu'il m'enverrait dans cet autre monde s'il était vraiment un Gandalf.

« Pas envie. Je compte vivre confortablement, désormais. Maintenant que j'approche des deux cents ans, mes articulations grincent et je n'ai même plus beaucoup d'appétit. Où prétends-tu envoyer ton vieux maître ? »

« M-Maître ? »

« C'est cela, maître. Tu as accepté ma proposition et tu as même reçu un cadeau. »

« Quand ? Quand ai-je reçu un cadeau... ah ! C'est pas vrai ? »

Je sentis soudain quelque chose de froid à mon poignet. Le bracelet d'argent s'était enroulé, allez savoir comment, autour de mon poignet gauche.

« Toi et moi avons déjà accompli un rituel de succession du mana. Tu n'es plus rien d'autre qu'un clone de moi, Aidal. Kouhahaha ! »

Ce pépé Gandalf de fou riait même à gorge déployée.

'Père ! Mère !'

Je pensai soudain aux visages peu amènes de mes parents. Pourquoi j'avais tant envie de les voir ce jour-là restait un mystère.

« Si tu t'es reposé, alors reprenons. »

« R-Reprendre quoi ? »

Les actes d'Aidal étaient si imprévisibles.

« Quoi d'autre ? Le cercle magique original d'Injection de Mana que j'ai mis au point pour ce jour. Bien, prépare-toi. Je l'active pour de bon, cette fois. »

« Attendez ! S'il vous plaît, attendez ! » lançai-je au pépé Gandalf, qui avait levé un bâton d'un air effrayant, un sourire mauvais aux lèvres. « Il a bien passé un contrôle de sécurité, celui-là ? »

Luisant de plusieurs couleurs opaques, cette chose qu'on appelait un cercle magique ne semblait pas avoir été fabriquée dans les règles, vu l'état d'Aidal.

« Aucune idée. Certains cristaux de magie ont été fabriqués en Chine, alors rien n'est garanti. Bon, c'est parti ! Pleine puissance ! »

Vziiiiiiiiing !

« Gaaaargh ! »

Sans même avoir le temps d'être surpris par ses mots sur la fabrication chinoise, je fus assailli par une énergie déferlante. La dernière chose dont je me souvienne, c'est le visage démoniaque du pépé Gandalf. Puis je sombrai, tout en priant Dieu de toutes mes forces que ce ne fût qu'un rêve.

« Trait de Feu ! »

Je me concentrai et déchaînai Trait de Feu, une magie d'attaque du premier Cercle, sur un lapin.

Bam bam bam !

Mais quel lapin assez gentil se laisserait toucher par le Trait de Feu d'un mage minable ? Surpris par la magie qui frappa le sol, le lapin détala.

« Arrête ! Hé ! Laisse-moi au moins une patte ! Petit lapin ! Petit lapin ! »

Pour toutes armes, j'avais reçu une dague ébréchée et quelques magies d'attaque minables du premier Cercle.

Je poursuivais bêtement le lapin qui filait à travers la prairie, l'arrière-train tremblotant, comme s'il était pourchassé par un pervers.

'ARRÊTE ! J'ai dit arrête ! Waaah !'

Si je n'attrapais pas le lapin, je jeûnerais pour le deuxième jour d'affilée. Même Lineage, un jeu populaire ces temps-ci, ne devait pas tourmenter ainsi ses joueurs débutants.

« Han... han... ! »

Mais le lapin ne prêta aucune attention à mon souhait désespéré et s'enfuit au loin.

Flop.

Je respirais lourdement, allongé dans les fleurs sauvages qui poussaient dru.

« Bon sang... Je vais devenir fou. »

J'avais l'impression que j'allais devenir fou devant cette réalité absolument incroyable. En pleine souffrance après avoir rencontré un mage cinglé durant mon chouette voyage scolaire en Europe de l'Est, à cet instant, et bien qu'elle calculât toujours le prix de la nourriture, le ragoût de kimchi de ma mère me manquait à en pleurer.

'Haa, voilà donc ce qu'il en est, tout cela était prévu.'

Pour l'heure, je me trouvais dans une prairie inconnue d'Islande, en Europe. Cela faisait un mois que je m'étais réveillé après avoir trépassé sur le cercle magique original d'Injection de Mana, celui aux cristaux de magie fabriqués en Chine. Épuisé, j'avais ouvert les yeux en cet endroit.

'Dire qu'un mage existe pour de bon... Et que c'est un mage venu d'un autre monde par voyage dimensionnel, en plus...'

Tout cela était incroyable. Que le pépé Gandalf fût un archimage était particulièrement inimaginable.

'Il a donc truqué un cercle magique d'illusion dans la Ruelle d'Or et s'amusait à pêcher, afin de repérer parmi les touristes les seules personnes sensibles au mana.'

Pendant que je gisais sur le cercle magique d'Injection de Mana et que je me reposais, il m'avait raconté d'innombrables choses. Maître pépé Gandalf Aidal avait voyagé par la dimension jusqu'à une planète inconnue. Il me raconta qu'à l'époque, une civilisation fondée sur la science avait commencé à se développer, la planète entière se trouvant au sommet de la révolution industrielle.

Dans un tel monde, il s'était servi de la magie pour s'adapter sans peine et faire fortune. En ce temps-là, la Terre n'était pas encore si polluée et le mana y était plutôt abondant : il avait donc pu, semble-t-il, faire toutes sortes de choses avec la magie.

Il avait usé de la magie pour devenir colporteur de remèdes en vendant une panacée, était entré à l'université pour y devenir professeur grâce à son intelligence remarquable, avait rencontré Rockefeller et avait même essayé de creuser pour trouver du pétrole avec la détection du mana. Il me raconta même qu'il avait croisé Einstein par hasard au restaurant et lui avait indirectement parlé de la théorie de la corrélation du mana, selon laquelle le temps et l'espace sont étroitement liés, l'amenant ainsi à publier la théorie de la relativité générale et faisant de lui un grand savant.

Ces faits étaient invérifiables, mais je n'avais d'autre choix que d'y croire.

Aidal, qui se disait mon maître. Chose assez surprenante, je pus confirmer par divers indices qu'il possédait des richesses énormes, supérieures à celles de Bill Gates, entassées en plusieurs endroits.

Il y avait une tour de magie souterraine de plusieurs dizaines d'étages non loin de l'endroit où je m'entraînais, et à l'intérieur, des trésors et toutes sortes d'objets rares que je n'avais jamais vus ni entendu nommer traînaient là comme des détritus.

'Quel avare, ce pépé Gandalf !'

Rien que d'y penser, cela me mettait en colère. Il avait amassé une fortune dans ce monde pendant une centaine d'années. Mais pour l'instant, à mes yeux, il n'était qu'un mage vraiment cruel et détraqué.

Je pouvais tout pardonner jusqu'au cercle magique qu'il avait fabriqué. Je savais, de mes connaissances approximatives en fantasy, que la magie commençait par sentir le mana et l'accumuler. Mais l'entraînement spécial qui avait suivi... Je n'étais pourtant pas un personnage de jeu vidéo, et il me faisait subir cet entraînement spécial de survie avec une dague et la magie d'attaque du premier Cercle que je venais tout juste d'apprendre.

Grrrouille.

'J'ai faim. Merde.'

Les nuages qui passaient dans le ciel se mirent à ressembler aux plats du stand devant l'école : des odeng, des kimbap et toutes sortes de beignets.

'Si ça continue, je pourrais mourir de faim.'

Mon maître insensible, le pépé Gandalf, dont la raison allait et venait... Survivre sous ses ordres était pour l'heure ma toute première priorité.

'Mais oui, c'est ça ! Houhouhou. Je n'y avais pas pensé.' Tandis que je perdais la raison sous l'effet de la faim, un sort me revint soudain à l'esprit.

« Petit lapin, tu es mort. »

Beaucoup de lapins s'étaient reproduits dans cette prairie. En pensant à la magie qui venait de me traverser l'esprit, je cherchai un lapin. Puis, ma main traçant maladroitement une incantation, ma volonté magique se manifesta.

« Oh ! Un lapin ! »

Je repérai justement un lapin bien dodu qui broutait l'herbe à quelques mètres. Au moment où le lapin se tourna vers moi, j'achevai l'incantation.

Bam bam bam !

« Ouah ! Il l'a eu ! »

Vroush !

'Aïe ! Dire qu'il en est déjà à ce stade.'

Kang Hyuk était le premier disciple qu'il parvenait à se trouver depuis des années. Dissimulé par une magie d'invisibilité, Aidal tournait autour de son disciple. Dans cette contrée sauvage, il y avait des prédateurs féroces, dont des ours noirs. En un tel lieu, un désastre pouvait arriver à son disciple, qui venait tout juste d'apprendre la magie du premier Cercle.

'Je me doutais qu'il serait doué, mais dire qu'il se familiariserait aussi vite avec la magie.'

Les mages du premier Cercle étaient plus que nombreux sur le continent de Kallian. Pour peu qu'on eût la moindre affinité avec le mana, on pouvait apprendre la magie du premier Cercle. Mais Kang Hyuk était fondamentalement différent de ces mages bâclés. Bien qu'il ne fût parvenu à sentir le mana que grâce au cercle magique d'Injection de Mana, rares étaient ceux qui pouvaient apprendre la magie du premier Cercle aussi vite. Lui-même, Aidal, qu'on avait appelé un génie de la magie d'une trempe peu commune, n'avait vraiment su employer le mana qu'au bout de trois mois. Or ce garçon coréen nommé Kang Hyuk avait usé de la respiration du mana en un mois pour employer le mana. Non seulement cela, mais il avait tout bonnement fabriqué et employé une Boule de Feu sans qu'on la lui eût enseignée.

« Kouhahaha ! Je suis un génie, après tout ! »

Ayant réussi à chasser un lapin en embrasant une zone, Kang Hyuk riait de bon cœur.

Un léger sourire apparut sur les lèvres d'Aidal. Il commençait à éprouver plus de chaleur pour Kang Hyuk, qui n'abandonnait pas et faisait de son mieux, alors qu'on l'avait forcé à devenir son disciple.

'Petit garnement, tu te crois peut-être un génie, mais dès demain, je te ferai ravaler ces mots. Kouku.'

Aidal aussi avait appris la magie ainsi. Il avait commencé comme mage de combat plutôt que comme mage théoricien, et avait reçu le titre de Faucheuse aux Yeux d'Or. Il savait qu'il n'y avait rien de plus important, dans l'entraînement magique, que d'être aux abois. Le mana n'accordait pas facilement le bonheur à qui ne s'échinait pas jusqu'à la mort pour l'obtenir. Tout est ainsi en ce monde, mais la magie plus encore.

Le mana : plus on l'aimait, plus il dansait pour vous.

« Comme tu le sais, le cercle a été ajouté au champ de mana de ton corps. »

'Ça aussi je le sais, espèce d'archimage démoniaque !'

Assis en tailleur, j'enfonçai profondément dans ma mémoire les paroles de maître pépé Gandalf.

« La respiration du mana existe aussi sur le continent de Kallian. Les chevaliers ont une technique de respiration réservée aux chevaliers, les mages une technique réservée aux seuls mages, et les invocateurs une pour les invocateurs. Les techniques se transmettent séparément. Moi-même, je n'ai pas pu découvrir pourquoi chacune diffère tant que j'étais sur le continent. Mais sur la Terre, après l'avoir rencontré, cela m'est apparu avec une clarté aveuglante. »

Depuis que j'étais sûr qu'il était mage, je ne négligeais plus les paroles de maître Aidal. Quelle qu'en fût la raison, du moment que j'étais certain qu'il ne me relâcherait pas dans le monde, il me fallait tout ce que je pouvais obtenir pour survivre. En outre, j'étais par nature du genre à m'accrocher et à mener les choses jusqu'au bout coûte que coûte : j'étais donc résolu à relever ce défi venu d'Andromède et de la quatrième dimension.

« Pendant que je voyageais en Asie du Sud-Est, après mon arrivée en ce monde, la Chine se trouvait dans un chaos extrême. C'était l'époque où l'empire s'était effondré, où le Japon envahissait la Chine, et où le pays gisait en ruine entre les rangs du Parti communiste et du Guomindang. Alors que je voyageais en Chine déguisé en contremaître britannique, je l'ai rencontré. Dans un lieu appelé Zhangjiajie, j'ai rencontré un moine ascète qui se laissait mourir de faim en déplorant la corruption du monde. »

'Il avait dit qu'il pouvait parler la plupart des langues étrangères, coréen compris ; il y a donc une raison à cela.'

« La technique de respiration du mana que tu as travaillée en profondeur ce mois-ci vient de ce que j'ai appris de ce moine ascète, et qui s'appelle la méditation du chi interne. Je l'ai ensuite réinterprétée et transformée en technique de respiration du mana. J'ai pu comprendre une fois que j'ai rencontré la méditation du chi interne chez le moine ascète. Pourquoi les mages devaient subir un entraînement du mana si difficile, et pourquoi les chevaliers ne pouvaient employer que la Lame d'Aura malgré leur mana abondant. Et aussi comment les invocateurs pouvaient ouvrir des dimensions et invoquer des esprits avec leur faible mana. »

Cette leçon de magie n'était pas comparable à un bourrage de crâne ordinaire. Je concentrai mon esprit pour saisir chaque mot.

« La différence tenait au danjeon. Ce que m'a dit le moine ascète, c'est que toute énergie naturelle, ou mana, n'a pas de forme et pourtant existe. Elle existe, mais on ne peut pas dire qu'elle soit une existence : voilà la véritable essence de l'énergie naturelle. Les hommes ont choisi au hasard cette énergie naturelle, l'ont stockée dans leur danjeon, et ont commencé l'accumulation du chi, c'est-à-dire l'accumulation du mana. »

Devant l'explication paisible et bienveillante de mon maître, une petite flamme s'alluma dans mon cœur.

'Serais-je devenu mage, moi aussi ?'

Un mois plus tôt à peine, je n'étais qu'un élève ordinaire qui ne savait rien. Et cette même personne s'entraînait à présent à une magie inconnue, qui n'avait jamais existé dans ce monde.

« Désirant une grande force physique, les chevaliers se corrompent facilement par instinct, mais ils accumulent le mana dans leur danjeon inférieur, qui peut produire un vaste champ de mana, et au fil de nombreuses générations, ils ont trouvé un moyen de manipuler le mana. Voilà la technique de respiration du mana des chevaliers. Et les mages, qui souhaitaient tirer puissamment la force de la nature dans des lois établies plutôt que la force physique, accumulaient le mana non dans le danjeon inférieur, mais dans le danjeon médian, autour du cœur, qui peut emmagasiner l'énergie pure. Privilégiant la communication avec les esprits plutôt que le mana, les invocateurs accumulaient le mana dans le danjeon supérieur, près du sommet du crâne, là où ils pouvaient sentir le plus purement l'énergie diffuse dans la nature. C'est là ce qui distingue les chevaliers, les mages et les invocateurs. »

'Mm, il y avait donc une raison si profonde.'

J'avais beau apprendre encore et encore, cette magie était sans fin. C'était si passionnant que mon cœur en bouillait.

« Par hasard, la circulation du chi interne que tu as apprise du moine ascète comprenait-elle aussi le terme de circulation du multi-chi ? »

« Hein ? Comment le savez-vous ? »

'Oh, quoi ! Alors cette circulation du multi-chi que j'ai vue dans les romans de wuxia était vraie ?'

Je ne raffolais pas des romans de fantasy ou de wuxia, mais j'aimais bien en lire de temps en temps pour me rafraîchir l'esprit. Ce monde imaginaire dont je profitais sur mon lit en mangeant une bonne collation : voilà un art du repos céleste que seuls les initiés savent goûter. Mais la fantasy et le wuxia, que j'avais tenus pour cent pour cent faux, étaient passés de la fiction à la réalité.

« J'ignore comment tu le sais, mais dans le traité que m'a donné le moine ascète, c'était consigné sous le nom de Circulation Mystique du Multi-Chi. C'est une technique de mana étonnante, introuvable sur le continent de Kallian. »

'Vraiment, où sont les limites de ce maître pépé Gandalf ?'

Il me surprenait chaque jour, mais après avoir vu le loisir auquel s'adonnait mon maître pépé Gandalf, j'en restai totalement pantois.

Il y avait des dizaines de téléviseurs géants installés dans le hall central de la tour souterraine. Le hall était rempli à ras bord d'écrans plasma dernier cri de plus de cent vingt centimètres. Et sur ces écrans, les émissions de presque toutes les nations de la planète braillaient bruyamment dans leurs langues d'origine. Maître pépé Gandalf passait son temps à pleurer et à rire devant ces émissions. Pour quelqu'un qui n'avait pas beaucoup de talent pour les langues, il y avait là de quoi forcer mon respect.

« Le mana le plus pur du monde se rassemble ici, là où se dresse la tour de magie. Comme tu le sais, au fil de nombreuses années d'industrialisation, le mana de la Terre a été gravement pollué. C'est pourquoi, comparé à mon arrivée sur la Terre, au moins la moitié du mana a été polluée ou perdue. Comme le mana de la Terre était au départ bien inférieur à celui du continent de Kallian en qualité comme en quantité, cette pollution a un effet énorme sur ceux qui s'entraînent à la magie. Mais puisque tu as rencontré un bon maître, tu peux écarter ces soucis. Tu n'as qu'à croire en moi et me suivre ; moi, ton maître. »

Voilà bien la phrase théâtrale dont un homme se sert pour amadouer une femme. Maître pépé Gandalf caressait sa barbe blanche en crachant un cliché du genre « crois en moi et suis-moi ». Il avait l'air d'un enfant de maternelle affamé de compliments.

'Faut-il en pleurer ou en rire ? Bonté divine !'

« Maître un jour, maître toujours ! De toute ma sincérité, je chérirai la grâce de mon maître au plus profond de mon cœur ! » dis-je en appuyant lourdement sur le mot « chérirai ».

Qui aurait cru que je deviendrais mage ? À l'heure qu'il était, j'aurais dû mener une vie scolaire de rêve en échangeant des regards langoureux avec Seo Ye-rin, à qui je venais tout juste de commencer à parler. Le pépé Gandalf, hôte importun, était apparu à ce moment-là de ma vie. J'avais voulu le faire emprisonner pour enlèvement, mais après plus d'un mois, je m'étais plutôt attaché à lui.

Maître pépé Gandalf avait un peu l'air d'un grand-père incrusté chez lui, à cultiver son lopin à la campagne. De temps à autre, il montrait une nostalgie indescriptible. Parfois, je percevais une nostalgie et une solitude insondables dans ses yeux dorés.

Seulement.

« Si tu le prends ainsi, alors je ne peux pas rester les bras croisés en tant que ton maître. Oui, aujourd'hui, j'ai ouvert un nouveau terrain de chasse rien que pour toi. Tu peux t'en réjouir d'avance. Houhouhou... »

'Ah, mais bien sûr. Bon sang, cet air nostalgique, c'était...'

Ce maître détraqué crachait joyeusement un rire mauvais qui ne convenait pas à son âge. J'en voulus à ma candeur, qui m'avait fait mal juger cet homme l'espace d'un instant.

'C'est la discipline de ma famille qui est responsable de tout cela !'

La discipline de ma famille, qui n'avait absolument aucun rapport avec notre tradition domestique de « la vérité ». Elle était la coupable principale d'avoir amené en ce monde une âme aussi pure que la mienne.

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C'était le dernier chapitre disponible pour 21st Century Archmage.

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