« La Ruelle d'Or a été bâtie à l'origine pour loger les gardes et les portiers du château de Prague. Comme les métallurgistes et les alchimistes sont venus y habiter au seizième siècle avec le développement du commerce, on l'a officiellement nommée la Ruelle d'Or, telle qu'elle est aujourd'hui ! Bon, maintenant, tout le monde entre et regarde librement ! Vous avez une heure ! Veillez à vous rassembler ici de nouveau dans le temps imparti ! » cria la guide à des gamins qui n'écoutaient déjà plus.
'Héhéhé, où donc pourrais-je goûter à un tel luxe ? Un homme doit nager avec les gros poissons, après tout. Ouahahaha !'
Deux mois seulement après avoir battu la concurrence et être entré au lycée Daehan, l'établissement réputé le plus prestigieux de Corée, je montais dans un avion pour la première fois de ma vie.
Mon père était un gérant de fonds à l'aise et ma mère professeure de musique, mais tous deux étaient d'une avarice immense. Ils ne manquaient jamais de partir en voyage autour du monde un mois ou deux chaque année, et ils étaient extrêmement cruels envers leur précieux, précieux fils unique. Pendant ma période d'adolescence orageuse, quand je leur ai demandé pourquoi ils me traitaient comme quelqu'un qu'ils auraient ramassé dans la rue, mes parents se sont très simplement moqués de ma révolte et ont piétiné ma rage.
« Les mâles doivent être élevés d'une main ferme s'ils veulent survivre », telle était l'opinion ridicule de mon père.
Ma mère lui apportait son soutien : « Toutes les dépenses que tu fais en ce moment sont le sang et la sueur de ton père et de ta mère. Veux-tu devenir un enfant ingrat qui gaspille sans y penser ce sang et cette sueur ? »
Ce n'était pourtant pas un jeu de simulation de survie en pleine savane, et mes parents élevaient leur enfant unique avec une pareille sévérité.
Après cela, j'ai vu qu'il n'y avait personne au monde à qui je puisse faire confiance, et j'ai passé chacune de mes journées à étudier jusqu'à en saigner du nez.
Et puis le lycée que j'avais choisi, le lycée Daehan. C'était le lycée dont le président du groupe Daehan, la plus grande entreprise de Corée et l'une des premières au monde, était le directeur. De votre entrée à votre diplôme, toutes les dépenses et tout l'argent de poche nécessaires à la vie scolaire étaient fournis par le groupe Daehan.
On disait donc plus difficile d'y être admis qu'à l'université de Séoul, et j'avais pourtant réussi à entrer dans un tel établissement. En bénéfice de quoi je pouvais à présent savourer un voyage scolaire paradisiaque de onze jours et dix nuits en Europe de l'Est.
« Hyuk, allons visiter. Héhé. »
Alors que j'étais tout à mes pensées, Joong Hyun, un type à l'air aussi affable que le voisin de palier, m'entraîna à sa suite avec son arrière-train dodu.
« D'accord. Houhouhou. »
Mes parents pouvaient bien être avares, c'était le voyage scolaire de leur fils unique. J'avais la générosité de leur acheter au moins un ou deux souvenirs.
'Des alchimistes ? Ils ont vraiment vécu ici ?'
En entrant dans la Ruelle d'Or, je vis de charmantes bâtisses et, à travers les fenêtres, toutes sortes d'objets artisanaux qui valaient le coup d'œil. Peut-être parce que les ancêtres de ce lieu avaient été orfèvres et alchimistes, les innombrables sortes d'ornements que je voyais suffisaient amplement à retenir mon attention.
« Ouah, c'est joli ! »
« On dirait que c'est fait en or. »
« Hoho, cela m'irait parfaitement bien si je le portais. »
Des voix féminines claires, que j'entendis tandis que je regardais ceci et cela avec Joong Hyun.
Seo Ye-rin.
La déléguée des premières années du lycée Daehan, la beauté incarnée. Un mètre soixante-sept, de longs cheveux noirs, de grands yeux, et une peau laiteuse comme la porcelaine. Une déesse au maintien gracieux, une pièce rare que n'importe quel garçon aurait voulu pouvoir appeler sienne.
Aujourd'hui encore, elle s'épanouissait comme un lis élégant et particulièrement éclatant au milieu des mauvaises herbes bavardes. Ses longs cheveux noirs étaient soigneusement retenus par un bandeau bleu tout simple, et son sourire était plus beau que le clair de lune de mai.
Elle regardait une épingle à cheveux à travers une petite fenêtre, avec quelques amies. Ses yeux d'ébène, qui s'accordaient à sa peau si nettement pâle, brillaient.
« Il y a quelque chose de bien ? Héhé. »
Plus proche des filles que des garçons, en raison de son naturel effronté, Joong Hyun me tira sans réfléchir droit au milieu d'elles.
Et puis. À cet instant, les filles tournèrent la tête et je croisai par hasard le regard de Ye-rin. En me voyant, un doux sourire vint sur ses lèvres.
'Ouah ? Elle est en train de sourire en me regardant, là ?'
J'étais un garçon qui avait obtenu son diplôme de l'enfer brutal de la savane que connaissent les lionceaux, précisément à l'âge où les gamins quittent l'école primaire et commencent à aspirer à la virilité. Ayant mis les filles de côté pour être admis au lycée Daehan, cet établissement était vraiment le lycée de mes rêves.
Contrairement à l'idée que les gens qui réussissent leurs études sont physiquement ingrats, ce lycée comptait des filles plutôt charmantes.
Le dicton selon lequel les enfants accomplis sortent des familles modestes appartenait entièrement au passé. De nos jours, avec des eaux aussi salies par la pollution, on ne peut élever un enfant accompli qu'en lui maintenant un environnement de qualité. Un monde vraiment impitoyable et spécialisé. Voilà comment se maintenait le monde où l'on élevait des enfants d'un tel calibre.
« Ouah ! C'est trop joli ! »
S'étant glissé de force entre les filles, Joong Hyun regardait l'épingle de platine, dans laquelle étaient serties de nombreuses pierres bleues.
« C'est bien fait. »
L'épingle était si exquise et si ancienne que la collection d'épingles à pierreries de ma mère ne pouvait pas même soutenir la comparaison. Taillée en forme de long coquillage, elle suffisait à faire envie même à un garçon comme moi.
« Ouh là ! »
Je m'exclamai cependant devant le prix, d'une logique implacable.
'Dix mille dollars... mon Dieu !'
L'épingle valait une fortune de dix mille dollars. Je n'arrivais plus à refermer la bouche.
« C'est joli, n'est-ce pas, Hyuk ? »
Comme je restais bouche bée, saisi, j'entendis à mon oreille ce qui devait assurément être une hallucination auditive. Une voix de femme, pareille au tintement d'une clochette d'argent mystique, prononçait mon nom avec affection.
« Hein ? »
C'était la voix de ce lis élégant qui commençait tout juste à s'ouvrir, Seo Ye-rin. L'être qui possédait un physique et une beauté intellectuelle bien plus délicieux que n'importe quel membre des populaires Génération Demoiselles ou Nuit des Filles venait de prononcer mon nom.
« Ça vaut le coup d'œil, je suppose. »
Mais je répondis d'une voix si détachée qu'elle me surprit moi-même.
« Vraiment ? Moi je la trouve vraiment jolie... »
Comme blessée par mes mots, le lis prit un air soucieux.
'Aïe, si tu la portais, tu serais la déesse absolue de la beauté.'
Ceux qui ont le physique et l'intelligence de Ye-rin devraient être protégés au niveau national.
'Dix mille dollars, quand même... tss.'
Si j'avais pu, j'aurais voulu lui en offrir une. Mais jeune lion que j'étais encore, je n'avais pas encore été élevé jusqu'au niveau où l'on gagne de l'argent.
« Seo Ye-rin, tu veux que je t'en achète une en souvenir ? »
'C'est quoi, cette voix mal élevée ?'
Tout près du lieu sacré de mon contact, là où je parlais à Ye-rin pour la première fois, j'entendis une voix arrogante et suffisante. Un petit lion mesquin était arrivé de ce côté d'un pas nonchalant, deux louveteaux à ses côtés.
'Hwang Sung-taek.'
Surnommé le Prince héritier parmi les premières années, c'était le gamin qui cherchait à dominer par son rang de fils aîné du groupe Ohsung. Il était encore jeune, et pourtant le visage de ce petit voyou était plein d'ennui. Le petit hyène ratissait le corps de mon lis d'un regard concupiscent.
« Non merci. »
Aux mots de Hwang Sung-taek, Seo Ye-rin se transforma en une rose garnie d'épines effrayantes. Sur ces mots glacés, elle s'éloigna.
« Haha ! Fais-moi signe, à n'importe quel moment. J'ai toujours de la place pour toi dans mon cœur généreux. » Hwang Sung-taek cracha cette réplique grossière dans le dos de Seo Ye-rin qui partait.
'Quel gâchis.'
C'était une occasion en or de me rapprocher de Ye-rin, une rencontre étrangement chargée avec Seo Ye-rin sur cette terre étrangère. Un nuisible avait débarqué avant même que notre entrevue n'ait pu commencer comme il faut.
« On y va, Joong Hyun. »
« Hm ? D-d'accord. »
Il n'y avait aucune raison de traîner auprès de Hwang Sung-taek et de ses sbires.
« Kang Hyuk, laisse-moi te donner un conseil. »
À l'instant où j'allais partir avec Joong Hyun, j'entendis la voix froide de Hwang Sung-taek.
« Quoi ? »
Il n'y avait aucune raison pour moi, un mètre quatre-vingt-cinq, quatrième dan de taekwondo et troisième dan de kumdo, de me faire tout petit. Je tournai la tête et baissai les yeux sur ce raté de Hwang Sung-taek, un mètre soixante-dix.
« Seo Ye-rin est à moi. Si tu veux traverser ta scolarité en paix, garde la tête basse. »
Enhardi par les deux louveteaux à ses côtés, Hwang Sung-taek se croyait tout permis. Il ne savait pas la moindre chose de moi. Les seules choses que je craignais en ce monde étaient mes parents et notre devise familiale, la vérité.
Avec un rictus, je tapotai légèrement l'épaule de Hwang Sung-taek.
« Hwang Sung-taek. Toi, sais-tu à qui tu dois de vivre aussi bien ? »
« ... »
À ces mots inattendus, Hwang Sung-taek resta un instant interdit.
« Si je devais le dire, je dirais que c'est à l'actionnaire majoritaire qui détient un bon dix pour cent des parts d'Ohsung. Tu lui dois ton train de vie, alors tu ne devrais pas vivre avec autant d'insouciance. »
Hwang Sung-taek prit une mine ahurie à mes paroles.
« Si tu continues à jeter ton argent par les fenêtres comme ça, ton pépé, qui a si joliment cultivé les actionnaires, va... »
Zip. Au lieu d'employer les mots, je fis glisser un doigt en travers de ma gorge.
« Fais de ton mieux, petit. »
Je tapotai une nouvelle fois l'épaule maigrichonne de Hwang Sung-taek avant de me retourner.
« A-arrête-toi tout de suite, espèce de sale merde de chien ! »
Mais je ne m'arrêtai pas, puisque je n'étais pas une merde de chien.
Vrrr !
C'est alors que je sentis l'énergie d'un poing filer vers mon dos.
Vlan !
Je pivotai d'instinct et lançai la jambe.
« Ougya ! »
Et, en voyant le pied qui s'était arrêté juste devant son menton, le petit louveteau se figea sans même respirer. Devant le lion dominant, les idiots tremblaient comme des chiens.
« Je ne vous avertirai qu'une fois. La prochaine fois... vous paierez. »
Il n'y avait pas besoin d'en dire beaucoup. Pour des types qu'on ne pouvait même pas qualifier de brutes, c'était du gâchis d'employer mon poing.
« Tss. »
Des centaines de gamins avaient été lâchés dans la Ruelle d'Or. De partout, ils criaient et s'amusaient. Joong Hyun avait lui aussi disparu je ne sais comment dans la presse de la foule. Fils dévoué comme toujours, il était parti choisir un cadeau pour sa mère.
'Pourquoi cette ruelle est-elle si calme ?'
Je m'étais séparé des gamins qui s'amusaient avec l'argent de poche généreux reçu de leurs parents, et je regardais autour de moi quand je remarquai une petite ruelle. Elle n'était pas très différente des autres, mais on ne voyait personne à l'intérieur. À vrai dire, les autres passaient devant sans s'arrêter, comme s'ils ne pouvaient même pas la voir.
'Houhou, les bonnes choses sont dans des endroits comme celui-là. Ces idiots.'
Mes parents pouvaient bien me traiter sans cœur, ils étaient mon père et ma mère, irremplaçables. Il était temps à présent d'acheter un cadeau pour eux. Nous devions rentrer en Corée demain, donc aujourd'hui était la dernière occasion de faire les boutiques.
« Ça alors, de nos jours on voit des lettres coréennes même dans un endroit comme celui-ci. »
Avant d'entrer dans la ruelle, j'avais vu les caractères familiers du grand roi Sejong écrits en grosses lettres devant les boutiques. Sans doute pour attester du nombre de Coréens venus ici, après l'anglais et le japonais, une phrase était écrite en coréen devant les portes des commerces.
La phrase était celle-ci : « C'est pas cher. Venez voir. En revanche, on ne marchande pas. »
Mon visage s'empourpra. Je ne saurais expliquer mon sentiment de honte.
« Grand sorcier ? Archmage ? »
En relevant mon visage rougissant, j'inspectai la ruelle déserte et vis une petite boutique. Elle avait des vitres teintées de bleu, si bien que je ne pouvais pas voir à l'intérieur. Mais un mot anglais, Archmage, était écrit sur la porte.
'Qu'est-ce que c'est ? Ce sont les descendants d'un alchimiste ?'
Pour je ne sais quelle raison, ma curiosité était piquée.
'Est-ce que j'entre ?'
Même si cet endroit n'était pas connu, il y avait forcément quelque chose de bien dans une petite boutique comme celle-là, où les gens ne vont pas. Cela ne pouvait pas être autrement. Pour l'heure, mon portefeuille était si léger qu'il contenait plus de poussière que d'argent.
Dring.
Une clochette claire sonna quand j'ouvris la lourde porte de bois.
'Ouah !'
Une exclamation jaillit de moi tout seule.
De l'extérieur, cela avait l'air d'une petite boutique dont on ne pouvait rien espérer, mais elle était pleine d'objets artisanaux dont on voyait d'un seul coup d'œil qu'ils étaient de remarquables chefs-d'œuvre. Des coffrets à pierreries aux boucles d'oreilles, colliers, épingles à cheveux et accessoires de toutes sortes, il y avait même des céramiques qui avaient nettement l'air anciennes et des babioles qu'on eût dit employées par des nobles du Moyen Âge.
Glop. J'avalai ma salive.
'Le gros lot.'
De plus, je vis un vieil homme à l'air généreux qui somnolait. Avec une barbe blanche qui lui descendait jusqu'au ventre et une robe couleur ivoire portée avec élégance, il était vraiment comme le Gandalf qui apparaît dans les films.
'Si ça se passe bien, ça peut devenir sacrément énorme.'
J'avais entendu, dans les nouvelles sur internet, que l'on trouvait dans des boutiques d'antiquités comme celle-ci des trésors capables de changer une vie. Un frisson d'attente m'emplit d'excitation.
'Koukou, ça va être du gâteau.'
Le pépé tchèque avait l'air sympathique, à n'en pas douter. Il faisait un somme, une grande boule de cristal posée devant lui.
« Hum ! Hum ! »
Pour commencer, je réveillai le pépé en me raclant la gorge. Peut-être parce que j'avais grandi dans le pays de la courtoisie, à l'est, je voulais d'abord lui faire savoir qu'un client était arrivé.
'Hein ?'
Mais malgré mon raclement de gorge, Gandalf n'ouvrit pas les yeux le moins du monde. Il prit une mine agacée, comme s'il entendait un chien aboyer, et continua de dormir en se frottant l'oreille.
'Es-es-est-ce un maître ?'
On dit que lorsqu'un commerçant atteint le plus haut niveau, il peut dire à la seule odeur si un client est riche ou non. S'il ne s'était pas levé alors que j'étais entré, c'était assurément parce qu'il avait déterminé avec exactitude que j'étais pauvre.
Mais je n'étais pas homme à battre en retraite ainsi.
Il était certain que si j'obtenais ne fût-ce qu'un seul des articles de cette boutique, mes parents ne me traiteraient plus de gamin mal élevé.
« H-Hallo ! »
Je levai la main et décochai un sourire amical, à l'occidentale. Je prévoyais que si je n'avais pas d'argent, je pourrais peut-être obtenir quelque chose en me montrant aimable.
À cet instant, les yeux du Gandalf somnolent s'ouvrirent grand. Et il délivra un message stupéfiant.
« Qu'est-ce que c'est que ce "salut" mal élevé ? Devant un adulte, on baisse la tête immédiatement. Tsk tsk, les gamins de maintenant... »
Ce qui entrait dans mes oreilles, c'était un coréen bien trop familier, parfaitement prononcé. Sans son apparence, Gandalf maniait si remarquablement le parler coréen d'un ancien qu'on aurait pu le croire vieux du village.
« Toi, tu n'as pas d'argent, hein ? »
Là-dessus, Gandalf lâcha un coup critique.
Mon corps se raidit sous le choc. Sous les cieux inconnus de l'Europe de l'Est, je venais de rencontrer un pépé qui n'était tchèque que d'apparence. Même moi, qui ne craignais rien, je fis une surcharge mentale devant cette situation soudaine.
'C-comment savait-il que j'étais coréen ? Et c'est quoi, cet accent de natif si naturel ?'
Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai la sensation d'être frappé par la foudre. Non, après la remarque sur la simulation de savane de mes parents, c'était la deuxième fois. Je fixai les yeux dorés de Gandalf d'un regard vide.
« Koukou. Tu te demandes comment j'ai su que tu étais coréen, pas vrai ? Et comment je peux parler aussi bien le coréen, pas vrai ? »
'C'est peut-être un chaman occidental ?'
S'il ne m'avait pas possédé, alors comment pouvait-il connaître aussi bien mes pensées intimes ? Je me rendis compte que je hochais la tête sans le vouloir et je revins à moi.
'Es-est-ce vraiment un mage ? Hé, impossible...'
Le nom de la boutique écrit sur l'enseigne, Archmage, me traversa la tête. Mais quelle que fût ma façon d'y penser, il n'y avait aucune chance qu'un mage existât dans un monde où l'on construit des tombeaux sur la Lune.
« C'est bien cela, je suis un mage. »
« Ah ! »
'C'est... ridicule !'
Voulait-il dire qu'il existait des gens capables de lire dans les pensées ? Ce chaman étranger se disait hardiment magicien, et pas de ceux qui usent seulement de tours de passe-passe. Il avait décidément un problème à la tête.
« Qui êtes-vous ? »
J'avalai ma salive, anxieux, en lui demandant son identité. Je n'avais pas reçu d'éducation formelle en matière de fantaisie, mais il n'y avait pas une personne saine d'esprit en ce monde qui se dirait sérieusement mage. Surtout si cette personne avait l'air d'avoir passé son heure de gloire depuis longtemps.
« Tsk, tsk. Les gamins de maintenant ne croient pas ce que disent les adultes. Tu crois que je mentirais, à un âge comme le mien ? »
Sa maîtrise populaire de la langue continuait de couler de sa bouche. On avait l'impression que ce n'était pas une boutique de la République tchèque, mais de Corée.
'Je suis possédé par un fantôme. C'est probablement parce que je n'ai pas mangé de kimchi depuis quelques jours.'
Je pouvais bien l'entendre encore et encore, je n'arrivais pas à m'habituer à l'aisance native de Gandalf.
'C'est dangereux.'
Un avertissement grésilla le long de ma colonne et lança des étincelles dans tout mon corps. Je sentais une impression bizarre émaner de ce Tchèque fou qui se disait mage. Et je remarquais à présent, dans la boutique, des lettres et des figures d'une langue inconnue. Il me vint à l'esprit qu'il s'agissait peut-être de la langue runique qui apparaît dans les romans de fantaisie.
Je me dirigeai vers la porte avec hésitation.
« Quoi, tu t'en vas comme ça ? Si tu n'as pas d'argent, je pourrais simplement te le donner... »
À ces mots, mes jambes ignorèrent la volonté de leur propriétaire et s'arrêtèrent net.
'GRATUIT !'
Une quête à récompense qui valait bien le danger !
'C'est vrai, dans un monde aussi mondialisé qu'aujourd'hui, il pourrait très bien parler une langue étrangère. Et il pourrait très bien lire un peu les intentions des gens. Vieux comme il est, il a dû apprendre la lecture de pensée ou quelque chose du genre.'
Mon esprit se démena soudain pour se rassurer lui-même.
Je décochai mon sourire détaché caractéristique à Gandalf, qui me scrutait de ses yeux singuliers et indéchiffrables.
« Ha, haha ! Vous parlez vraiment très bien le coréen. »
Tout en parlant, mes yeux s'employaient à passer chaque partie des lieux au crible. À cet âge, il ne mentirait probablement pas. Mon regard se verrouilla sur l'article qui devait coûter le plus cher.
'Ma chance est bonne aujourd'hui.'
Cela avait commencé par une conversation avec Ye-rin, et j'avais trébuché par hasard dans une boutique nommée Archmage. Le seul problème, c'était que le propriétaire avait une manie de fantaisie de fanatique, mais à part cela, il n'y avait aucun problème.
« Je ne mens pas. Parmi les articles qui sont ici, choisis celui que tu veux le plus. Je te l'offrirai en cadeau. »
Ce pépé mage, qui avait l'air aussi débonnaire que le Gandalf du Seigneur des Anneaux ! Devant son offre incroyable, mes lèvres s'étirèrent d'une oreille à l'autre.
'Kouhaha ! Le gros loooot !'
Je n'avais aucune idée qu'une chose pareille puisse arriver dans ce monde si dur.
« Vous n'avez pas à en faire tant, mais puisqu'un adulte l'a dit, je vais ravaler mon sens de l'honneur et en choisir un. »
Avant qu'il ne revînt sur sa parole, je pris un bracelet d'argent qui m'avait attiré à l'instant même où j'avais posé les yeux dessus.
'Même si ce gros truc est un faux, je crois que ça fera de l'argent. Houhou, c'est sacrément énorme !'
Le bracelet d'argent était gravé de motifs et de lettres inconnus. Luisant d'une couleur d'argent et de platine, c'était clairement un objet rare de haute classe. De plus, des pierres brillantes qui ressemblaient à des diamants étaient serties à l'intérieur. Même s'il s'agissait d'un faux, il avait l'air de pouvoir se vendre à bon prix.
'Il m'attire étrangement.'
Il y avait bien d'autres ornements et objets faits d'or, mais j'étais singulièrement attiré par ce bracelet d'argent. Je sentais s'en dégager une énergie chatoyante, si faible que je l'imaginais peut-être.
« Koukoukou. Bien, je vois. Évidemment. »
Dès que je soulevai le bracelet, le pépé Gandalf hocha la tête en disant quelque chose d'incompréhensible.
'Filons !'
Maintenant que j'en avais choisi un, le pépé Gandalf pouvait changer d'avis. Avec mes pensées de fuite, ma tête descendit à un angle de quatre-vingt-dix degrés.
« Merci pour le repas. »
Comme j'avais été élevé dans une discipline familiale polie, je lui transmis mes remerciements avec sincérité. Puis je me retournai.
'Pouhaha ! C'est trop génial !'
J'aimais vraiment ce bracelet. Le simple fait de le tenir me donnait le sentiment d'être devenu riche.
Cloc.
'Hein ?'
Mais je n'allai pas plus loin. La porte de la boutique refusait de s'ouvrir, quelle que fût ma force. Malgré ma vigueur physique, la porte ne bougeait pas d'un pouce, comme collée avec la plus puissante des colles.
« Houhou... »
Et puis, un rire sinistre.
Tous mes poils se hérissèrent.
'R-radin. Il ne va pas me demander de le rendre, si ?'
Si cela devenait une épreuve de force, le pépé Gandalf ne faisait pas le poids contre moi. Mais comme je ne pouvais pas faire une chose pareille, il faudrait bien le rendre. J'avais beau le vouloir, je voulais éviter de me retrouver emprisonné comme voleur dans une geôle tchèque.
« Puisque tu as reçu un cadeau, allons-y. »
« Quoi ? »
Surpris par ces mots soudains du pépé Gandalf, je tournai la tête.
« Ah ! »
Là, à cet instant précis, je me sentis figé de nouveau.
Pchhhh.
À un moment, le pépé Gandalf avait levé un étrange bâton. Une lumière bleue intense se déversait dans la pièce.
« Pourquoi, pourquoi faites-vous ça ? Ce n'est pas gratuit ? »
Mes lèvres tremblèrent au mépris de ma volonté.
« Gratuit ? Bien sûr que c'est gratuit. C'est-à-dire, si tu survis. Kouhahahahahaha ! »
Cette fois, mes mains commencèrent à trembler. Le pépé Gandalf avait soudain changé. Il émanait de lui un éclat qui était vraiment celui d'un archimage.
'Merde ! C'est quoi, cette situation ridicule ?'
Devant la force puissante que Gandalf exhalait, je ne pouvais plus parler. Je n'entendis qu'un seul mot, amical, à mon oreille.
« Dors ! »
Une incantation magique, de celles qui n'apparaissent que dans les romans de fantaisie ! Je sentis mon corps entier s'envelopper dans une vague d'énergie énorme.
Puis je fermai les yeux de toutes mes forces. Incapable de rejeter l'illusion du gratuit, je serrais encore le bracelet d'argent.
'Ah, merde...'
Épouvanté au dernier degré, je toussai un souffle court et fus plongé dans un sommeil profond.
Je n'aurais même pas pu imaginer ce tout premier goût grisant de la magie, ni l'avenir qui m'attendait.