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21st Century Archmage

Chapitre 175

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Chapitre 175

Chapitre 175

Chapitre 175/22179%~13 min de lecture2 454 mots

« Y a vraiment personne. »

Le Palais de l’Honneur était le théâtre des grands banquets, l’un des lieux les plus importants de la capitale puisqu’on y tenait les réunions de la noblesse. Pourtant, pas un seul Chevalier Impérial ni un seul soldat ne gardait l’entrée d’un endroit si crucial.

« Kukuku… kukukukuku. »

Mais il y avait quelqu’un à l’intérieur. Un rire désagréable s’échappait des portes monumentales.

Il était là.

L’épée nue, prêt à parer tout danger, je pris les devants et pénétrai à l’intérieur.

« Ah ! »

Dès que je franchis le seuil, l’odeur âcre du sang me heurta les narines.

« P-Poltviran ! »

Au fond du vaste Palais de l’Honneur, sur l’estrade intérieure où trônaient les sièges de l’Empereur, des Reines et des autres membres de la Famille Impériale — désormais complètement vide —, siégeait Poltviran. Il était affalé sur le trône avec arrogance, une épée dans une main, une couronne constellée de grosses gemmes sur la tête.

« Tu es fou… »

Il n’était pas le seul dans le Palais de l’Honneur. Je découvris des gorges tranchées, du sang encore chaud qui coulait à flots, comme si le massacre datait de quelques instants à peine. Dans le palais gisait le corps d’Elmiane, la mère de Poltviran, Reine de l’Empereur Havitron.

Et ce n’était pas tout. La 1re Princesse Elemia, qui m’avait déplu dans le Jardin Impérial, occupait l’un des trônes à côté de Poltviran, la gorge ouverte.

« Oh ! Bienvenue, mes chers frère et sœur. »

En voyant Igis et Razcion entrer derrière moi, Poltviran afficha un sourire d’accueil sincère. On aurait dit qu’il allait courir les enlacer, ces frère et sœur perdus de vue.

« Haha ! Mère Impériale, mes frères et sœurs sont revenus. Elemia, qu’est-ce que tu fabriques ? Igis et Razcion sont de retour, tu devrais les accueillir. »

Il avait définitivement pété un câble. C’était indubitablement lui qui les avait tués, pourtant Poltviran leur parlait comme s’ils étaient encore en vie.

« Asseyez-vous. J’ai préparé une fête somptueuse à l’annonce de votre venue. Dépêchez-vous de venir vous asseoir à mes côtés. Vous êtes de la Famille Impériale, tout comme moi. Allez, vite, asseyez-vous près de moi. »

« …… »

Notre groupe entra dans le palais un par un, les yeux rivés sur Poltviran. Personne ne trouva un mot à dire. C’était le comportement d’un vrai fou, quelque chose que nul n’avait jamais vu. Pis encore, cette tragédie était l’œuvre de l’Empereur Bajran lui-même, si bien que tout le monde en perdit la parole.

« Pourquoi, ça ne vous va pas ? Toujours pas satisfaits de votre grand frère d’une autre mère ? Oubliez ça, tournons la page. Je veux juste m’entendre avec vous deux. Je sais que le Père Impérial vous aime plus que moi, mais ce grand frère n’a jamais été jaloux. J’ai toujours su que vous lui ressemblez plus que moi. »

Comme pris de nostalgie, Poltviran continua son triste monologue.

« S’il vous plaît… arrêtez… Un membre de la Famille Impériale ne doit jamais oublier sa dignité, même dans la mort. »

La voix d’Igis tremblait. Quel que soit le mépris qu’inspirait Poltviran, c’était un frère qui partageait le sang de leur père. J’étais certain qu’Igis souffrait de la folie de son frère.

« Arrêter ? Même toi, tu oses dire à l’Empereur du Grand Empire Bajran d’arrêter, qui crois-tu être ?! Vous êtes rentrés au pays après une longue absence, j’étais prêt à tout vous pardonner, mais vous osez Nous outrager ?! Razcion, Igis ! Venez ici sur-le-champ ! Si vous n’obtempérez pas, vous porterez le crime grave de désobéissance à un ordre impérial ! »

La voix enragée de Poltviran résonna sèchement dans le Palais de l’Honneur. Mais pas une seule personne ne bougea pour obéir. Tous savaient pertinemment qu’au moment où ils s’approcheraient, ils finiraient comme la Reine et la Princesse qui avaient vidé tout leur sang.

« Y a fou, et y a Poltviran. Soupir. »

Avant de me retrouver face à Poltviran, je comptais l’envoyer valser pour le dérangement qu’il m’avait causé, à moi et à Nerman. Mais Poltviran avait déjà perdu la raison. Quelle que soit ma rancune, je n’étais pas assez bas pour tabasser un malade mental.

« Vous avez vraiment l’intention de défier Notre parole ?! »

Poltviran bondit de son siège.

À cette vue, les nobles et les chevaliers dégainèrent prestement, dans un cliquetis d’acier.

« Kukukukukukuku. Kekekekekekeke…. kikikikikiki. »

Une gamme variée de rires s’échappa des lèvres de Poltviran, si bizarres qu’ils me hérissèrent le poil.

« Je suis l’Empereur du Grand Empire Bajran ! Qui oserait me défier ?! Kuhahahahahaha ! »

Poltviran jouait une pièce à lui tout seul.

Plouf !

« Putain ! »

« Ah ! »

« Ahh… »

Au bruit de cuir fendu, Poltviran s’enfonça sa propre épée dans le ventre.

« Huhu… c’est, c’est du sang. »

Il avait utilisé son mana pour s’ouvrir l’abdomen. Les organes et les tripes jaillirent dans un déluge de sang bouillant qui s’étala au sol en fumant.

« Je suis… l-l’Empereur… »

Thud.

Je savais qu’il était cinglé, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il mette fin à ses jours. Porteur de folie ou non, je pensais qu’il tiendrait à sa vie, mais Poltviran s’était éventré sans la moindre hésitation.

« On dit que le trône est bâti sur le sang… »

Un dicton lu je ne sais où me revint en mémoire. Le trône est le siège du pouvoir suprême, élevé sur le sang d’innombrables gens. L’Empire Bajran n’échappait pas à la règle.

« G-Grand Frère… heuk. »

Igis appela l’Effondré sur son siège, les yeux fous encore grands ouverts dans la mort, son grand frère. Son cœur pur, capable de haïr le crime mais non la personne qui l’avait commis, s’offrait à nu devant moi.

« Chevaliers de la Garde Impériale, qu’attendez-vous ?! Récupérez immédiatement les dépouilles du défunt Empereur Poltviran et des membres de la Famille Impériale ! »

« Selon vos ordres ! »

Le Duc Garvit passa de l’observation à l’action, galvanisant les Chevaliers Impériaux hébétés, sa voix chargée d’émotions complexes.

Plusieurs Chevaliers du Ciel Impériaux accoururent et recouvrirent les corps de Poltviran, d’Elmiane et d’Elemia d’un claquement des manteaux cramoisis qui marquent la Famille Impériale de l’Empire Bajran.

« Toi aussi, tu as souffert, pas vrai. »

C’est à cet instant que je le vis. Aux lèvres de l’homme qui venait de s’ôter la vie flottait un mince sourire.

« Des wyvernes de la Coalition des Royaumes approchent ? »

Avec la mort de Poltviran, le rideau tombait sur le chaos de l’Empire Bajran. La Famille Impériale fut rapidement remise en ordre sous les ordres du Duc Garvit. Puisque le successeur légitime, Razcion, et Igis étaient là, les Chevaliers et Soldats de la Garde Impériale ne furent pas ébranlés. Bien au contraire, des sourires fleurirent sur certains visages, comme s’ils avaient attendu la mort de Poltviran. Pendant ce remue-ménage, nous apprîmes l’invasion des wyvernes des royaumes.

« Ils osent… en un jour comme celui-ci. »

Razcion semblait avoir grandi d’un coup. Une intention meurtrière brillait dans ses yeux. L’Empire avait tort, mais les royaumes étaient tout aussi méprisables de vouloir transformer la crise en occasion d’anéantir l’Empire. Il était tout naturel que le prochain empereur de Bajran soit en rage.

« Hardaim, tu t’impatientes de vouloir en finir. »

L’image de Poltviran se suicidant était encore vive dans mon esprit. Du coup, j’étais d’humeur massacrante.

Je n’avais plongé dans les arcanes de l’Empire Bajran que par mes liens avec Igis et Razcion et la requête de l’Empereur Havitron. Cela ne concernait pas directement Nerman, mais tant de gens étaient morts que je ne voulais plus voir verser une goutte de sang. Pourtant, contrairement à mon vœu, la Coalition des Royaumes fonçait sur la capitale pour tuer.

C’est pour ça qu’on dit qu’il n’y a ni ennemis ni alliés éternels entre nations. Quand l’Empire se portait bien, ils se bousculaient pour se prosterner au moindre éternuement impérial ; maintenant que Bajran est malade et chancelant, ils se ruent pour le chasser. Le Duc Hardaim, qui avait même reçu un avertissement de ma part, allait maintenant assumer les conséquences de sa propre cupidité.

« Je vous demande de me prêter les Chevaliers du Ciel de la Garde Impériale. »

« Les Chevaliers du Ciel de la Garde Impériale… » répéta le Duc Garvit, surpris. Actuellement, plus de 500 Chevaliers du Ciel stationnaient dans la capitale. Seuls 50 appartenaient à la Garde Impériale, ma demande devait donc lui paraître étrange.

« Montrez-leur… que la Famille Impériale Bajran n’a pas encore rendu son dernier souffle. »

Cependant, Igis comprit mon intention. Elle autorisa ma requête, les yeux froids de rage.

« Je reviens. »

Inutile d’en dire plus. La Coalition des Royaumes avait pénétré si loin en territoire bajran qu’elle n’était pas loin de la Cité Impériale. L’heure de les régler proprement avait sonné.

« Comme prévu, y a pas mieux que la maison. »

Chaque fois que je quittais le foyer, c’était la galère. Je languissais désespérément du manoir paradisiaque qu’on m’avait bâti à Nerman. Une fois tout ça fini, je voulais dormir des jours entiers dans ma chambre, où des rayons de soleil blanc entraient avec une lueur agréable.

* * *

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Hardaim avait ouï dire qu’il ne restait pas beaucoup de Chevaliers du Ciel dans la capitale. Après la chute des deux forts clés et l’engagement même du Duc Garvit, peu étaient prêts à jeter leur vie pour l’Empereur Poltviran. Du coup, hormis la Garde Impériale, il ne devait plus y avoir de Chevaliers du Ciel auprès de l’Empereur.

Mais à sa surprise, le Duc Hardaim aperçut des wyvernes bajranes en vol de patrouille. Le groupe gardait ses distances, comme s’il observait la Coalition des Royaumes de loin. Tout comme au temps où l’Empire allait bien, wyvernes et Chevaliers du Ciel effectuaient leurs patrouilles sans la moindre peur. En les voyant, Hardaim eut un mauvais pressentiment.

« Même so, c’est déjà trop tard. Même si l’Empire rassemble toutes ses forces restantes, elles ne feront pas le poids face à moi. »

Tant que le Duc Garvit au Nord et le Comte Kyre insaisissable n’étaient pas là, du moins.

Swooooooooosh.

Les deux armées de la Coalition des Royaumes volèrent vite vers la Cité Impériale Bajrane, chaque royaume adoptant la grande formation d’attaque qu’il maîtrisait. Ce fut un moment glorieux : ils allaient s’emparer de la capitale de l’Empire Bajran, la nation qui avait régné en maître sur le Continent pendant des centaines d’années. Tous les Chevaliers du Ciel serraient fermement les rênes de leurs wyvernes, excités.

« Ah ! »

Mais juste à ce moment, le Duc Hardaim, qui volait en tête, repéra un groupe de wyvernes fondant sur eux depuis la direction de la Cité Impériale.

« W-Wyvernes Noires ! Chevaliers du Ciel de la Garde Impériale Bajrane ! »

Leurs effectifs avaient été réduits de moitié en suivant l’Empereur dans sa tentative ratée de prendre Nerman, puis beaucoup avaient été envoyés au front sur ordre de l’Empereur, ne laissant que quelques douzaines de Wyvernes Noires symboles de l’Empire Bajran. Elles volaient même en formation d’attaque proactive, pleines d’assurance.

« Ça veut dire que Poltviran est sorti ? »

Il était déjà fin d’après-midi — le soleil commençait à baisser la tête pour la nuit. Hardaim plongea dans une profonde réflexion en regardant les quelques dizaines de Chevaliers du Ciel Impériaux Bajrans apparaître dans le ciel du nord. C’étaient des êtres qui n’osaient jamais bouger sans ordre de leur maître, l’Empereur. S’ils étaient là, cela ne pouvait signifier qu’une chose : l’Empereur de l’Empire Bajran ou quelqu’un de rang équivalent les accompagnait.

« Celui qui vole en tête est… »

En activant la lunette de mana de son casque, Hardaim examina l’identité des ennemis qui arrivaient.

« Ah !! » Quand il concentra son mana pour utiliser sa lunette, un cri jaillit de ses lèvres et s’échappa de son casque. « W-Wyverne hybride ! »

Le simple fait d’entendre ces deux mots suffit à vous réveiller d’un sommeil de mort. Le Seigneur de Nerman, Kyre, était le maître des cieux, la personne que Hardaim redoutait le plus parmi tous ses ennemis. La wyverne noire à rayures dorées que chevauchait Kyre volait en tête des Wyvernes Noires, s’approchant rapidement.

« Merde ! »

Son visage se crispa en une grimace alors qu’il lança une malédiction. Il aurait voulu faire demi-tour sur-le-champ, mais il ne le pouvait pas. Le maître du Royaume de Kerpe et son suzerain, le roi, avaient supplié Hardaim à maintes reprises d’accomplir une seule chose : mener l’Empire sur la voie de la ruine et élever le statut du Royaume de Kerpe sur le Continent. Hardaim avait pleinement l’intention d’exécuter fidèlement cet ordre. Il serra les dents et leva la main haut.

« Toutes les forces, formation de combat ! »

Usant de son mana, il hurla l’ordre de formation de combat aux Chevaliers du Ciel de la Coalition des Royaumes qui adoptaient déjà des formations de combat parfaites sans qu’on leur dise.

* * *

« Huhu… »

Je leur ai laissé une dernière chance. Si les royaumes faisaient demi-tour et partaient, j’allais prétexter ma mauvaise humeur pour ne pas les poursuivre. Mais les Chevaliers du Ciel de la Coalition des Royaumes repoussèrent ma dernière offre de bonne volonté et se mirent en formation de combat. Conformément aux infos reçues, les 700 wyvernes emplissaient le ciel comme un nuage sombre.

« Tout le monde doit être prêt. »

Je me retournai pour regarder derrière moi le vol de Wyvernes Noires de l’Empire Bajran qui me suivait comme des chiens de chasse bêtement zélés. L’heure était venue pour eux de renaître. À l’image de l’honneur de l’Empire Bajran qui avait marchandé avec la mort pour finir dans la boue, les Chevaliers du Ciel de la Garde Impériale devaient renaître… en redevenant le symbole du courage et de la loyauté qui avait jadis fait trembler le Continent.

« Allons-y, alors ! »

J’ai toujours ressenti ça, mais le monde impitoyable de la victoire et de la défaite est un monde où il faut tuer ou être tué. J’ai encore tant à faire, je ne peux pas mourir. Mon noyau de mana, qui ne souhaite pas non plus ma mort, se mit en branle.

Whiiiiiiiiir.

Ce qui ressemblait à un mana illimité dans mon noyau de mana se mit à bourdonner agréablement, et je poussai un soupir de regret vers les wyvernes ennemies qui chargeaient en formation éparse. Comme leurs maîtres, elles avaient jeté toute once de miséricorde bien loin, très loin.

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