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21st Century Archmage

Chapitre 10 : La chasse à la bête démoniaque

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Chapitre 10

Chapitre 10 : La chasse à la bête démoniaque

Chapitre 10/10100%~29 min de lecture5 670 mots

« Arrête-toi tout de suite, sanglier ! »

Couiii ! Couiiii ! Boum-boum-boum ! Boum-boum-boum-boum-boum !

Voilà donc ce qu'on ressent en devenant un maître. Sur Terre, j'avais souffert une demi-journée en haut d'un rocher, et me voilà maintenant à poursuivre un sanglier énorme. Je n'avais même pas lancé le sort de Hâte, mais dès que j'ai rassemblé du mana dans mes pieds, mon corps a volé comme une flèche.

Puis a commencé la grande poursuite. J'ai gagné les montagnes, à environ deux kilomètres derrière le village, et je me suis démené une trentaine de minutes. Après avoir trouvé un sanglier de la taille d'une maison qui fouissait le sol en prenant le soleil, je me suis lancé à ses trousses sans tarder.

'Pourquoi est-ce que je souffre comme ça, juste pour tester la Lame d'Aura ?!'

Cela faisait déjà plus d'un mois que je vivais au village de Luna. Pendant ce mois, j'avais longuement réfléchi à la façon de survivre dans ce monde comme un élastique increvable et de rentrer sur Terre. D'après ce que j'avais glané auprès des villageois, j'avais pu établir que, selon les voyous politiques qu'ils appelaient des nobles, la puissance et la force l'emportaient sur la loi.

Grâce à mon maître, qui m'avait envoyé ici par un voyage dimensionnel sans crier gare, il ne me restait que mon art de la magie. Comme je ne pourrais rentrer sur Terre et poursuivre mes rêves de paradis qu'en devenant plus fort, j'ai compris sur-le-champ qu'il me fallait développer mes compétences.

Je me suis donc jeté comme un fou dans l'apprentissage de la magie du quatrième Cercle, à charger mon mana et à travailler l'épée comme si ma vie en dépendait. Le tout avec un saignement de nez permanent. Pour la première fois de ma vie, j'ai serré les dents et j'ai travaillé ma magie et mon épée avec le sang qui me coulait du nez. À force de respiration de mana assidue, j'ai rempli le quatrième Cercle de tant de mana qu'il en ondulait, et j'ai gagné la capacité de lancer deux sorts du quatrième Cercle à la fois.

Je me suis surtout concentré sur l'entraînement à l'épée : le Style de l'Épée Rapide, que j'avais travaillé huit années entières à partir de l'école primaire. J'y avais investi beaucoup de temps et d'efforts sur une longue période, et je n'avais pourtant atteint que le troisième dan. Mais le jour où j'ai quitté le dojo, encore troisième dan, le grand maître de l'Épée Rapide est sorti en tenue de cérémonie et m'a tapoté la tête en disant qu'un génie venait de naître dans le monde du kumdo. Apparemment, j'avais ce talent-là pour l'épée.

'La Lame d'Aura, alors c'était ça, la Lame d'Aura ! Koukoukou.'

Rien que le nom donnait l'impression de quelque chose d'élégant. Cela m'a demandé un effort considérable au début. Le savoir que je tenais de mon maître ne couvrait que la magie, et apprendre l'épée était donc un vrai casse-tête. On m'avait dit que je pouvais produire une Lame d'Aura grâce à la nouvelle technique de respiration de mana créée par mon maître, mais en trouver la méthode posait problème. Un faux pas et mon mana pouvait déborder ou s'effondrer : il fallait être extrêmement prudent.

Et puis, il n'y a pas si longtemps, au bord d'une falaise en pleine tempête d'éclairs, j'ai eu une révélation. Comme enroulés autour de quelque chose, des traits de foudre bleue percutaient la mer sans relâche, comme on bat une épouse infidèle. En voyant cela, une idée m'a frappé.

'La Lame d'Aura... houhouhou.'

Aujourd'hui encore, rien que d'y penser, j'en frissonne d'excitation. Cette sensation quand j'ai fait circuler le mana dans le Cercle et que je l'ai lentement injecté dans mon épée... comme si je branchais la lame, elle s'est mise à émettre une énergie bleue. C'était comme quand l'énergie de l'épée, ainsi qu'on l'appelle dans les arts martiaux, passe de la main au monde. Cette sensation que mon père a dû éprouver quand il m'a pris dans ses bras à la maternité, dégoulinant de larmes et de morve.

'Ahh ! Même maintenant, cela me touche.'

La sensation de cette énergie qui émettait de la lumière comme une créature vivante et faisait vibrer ma main chaque fois que j'y injectais du mana... Mon bébé, la Lame d'Aura, est venue au monde avec l'éclat d'un phare dans la nuit noire, quand j'ai rassemblé tout le mana du quatrième Cercle. Une sensation incroyable m'a traversé et j'ai exécuté une danse de l'épée comme un possédé, sous les rafales de la falaise.

'La Lame d'Aura est le meilleur moyen d'attaquer au corps à corps. Houhou.'

Elle n'était pas assez tranchante pour couper la pierre comme du tofu, à la manière des romans d'arts martiaux, mais elle pouvait creuser une belle entaille dans un rocher solide.

'Ce qu'il me faut, c'est un vrai combat ! Sanglier ! Je suis désolé, mais tu vas devoir mourir pour moi.'

Comme j'avais déjà eu une mauvaise expérience avec les sangliers, la vue de celui-ci qui fuyait à toute vitesse en dévastant la forêt, l'arrière-train frémissant d'insolence, a fait monter en moi un désir féroce. Je ne m'étais pas nourri correctement depuis un mois à cause de mon entraînement intense : ce sanglier était promis à une fin prématurée, et je ne pouvais absolument pas le perdre.

'Tss, la magie est plutôt inutile pour chasser ce qui bouge.'

J'ai soudain repensé à ces gamins amateurs de jeux vidéo qui se réunissaient en classe chaque matin pour expliquer que les mages galèrent au début et deviennent forts ensuite. J'étais devenu mage du quatrième Cercle, mais me cacher tranquillement pour lancer des sorts comme un assassin lâche n'était pas à mon goût. Je voulais éprouver cette décharge électrisante qu'on ressent en chargeant, la poignée en main, face à face avec son adversaire. Comme j'essayais de cuisiner le sanglier à l'épée plutôt qu'à la magie, la bête a dû sentir quelque chose à mon apparition, et elle fuyait maintenant désespérément.

'Espèce de jambon !'

J'ai été forcé de lancer le sort que j'avais gardé en réserve pour un danger imprévu. Si je continuais à le poursuivre ainsi, je risquais de perdre ce sanglier de niveau 100, doté d'une endurance illimitée. La magie du quatrième Cercle que j'avais mémorisée m'est revenue.

'Le sort le plus pratique en forêt, c'est le plus puissant des sorts de vent du quatrième Cercle, le Tranchant de Vent !'

J'étais à une dizaine de mètres du sanglier en fuite. Le Tranchant de Vent valait la peine d'être essayé, même à vingt mètres.

'Jambon ! Je vais te maaanger !' J'ai cessé de courir. « Tranchant de Vent ! »

À l'arrêt, j'ai écarté les mains et lancé le sort mémorisé.

Zing ! Un instant, ma volonté et mon mana sont entrés en résonance avec le mana de la terre. Une magie scintillante de mana bleu s'est manifestée le temps d'un battement de paupières.

Whoouuuuush !

Soudain, un rugissement a déchiré la forêt comme un motard qui passe sur son chopper.

« Nom de Dieu ! »

Dans une explosion, un demi-cercle de plusieurs lames de lumière bleue filait déjà au loin. Les lames de vent ont volé comme des flèches, déchiquetant en centaines de morceaux les grands arbres denses et les broussailles qui me barraient obstinément le passage un instant plus tôt, et les emportant.

« Im-impressionnant ! »

J'avais pratiqué la magie chez moi, sur la falaise, mais c'était la première fois que j'employais un sort mémorisé avec une telle force. J'avais pris soin de maîtriser mon mana, car cela pouvait choquer les villageois, craintifs et fragiles du cœur. Cela dit, le spectacle que j'ai vu après m'être préparé et avoir lancé cette magie du quatrième Cercle... tout sur vingt mètres devant moi avait été rasé.

« V-voilà donc pourquoi les mages ont droit à un traitement de faveur. » Manifester la magie est difficile, mais sa force tient à son panache et à sa puissance destructrice pure. J'étais soudain très fier de moi.

« Hein ! L-le sanglier ? »

Je hochais la tête devant le spectacle satisfaisant que je venais de créer et je méditais sur mon génie quand je me suis soudain rappelé l'objectif de mes efforts désespérés : monsieur Sanglier.

Il avait disparu.

Pas le moindre gros tas de sanglier à trouver dans la forêt, rasée aussi net qu'une route d'asphalte.

Boum-boum-boum ! J'ai couru dans la direction où le sanglier s'était enfui.

« Ç-ça, c'est... zut. »

De fait, le sanglier avait couru une vingtaine de mètres. Comme des pièces de viande joliment débitées chez le boucher, la dizaine de morceaux du sanglier gisaient bien sagement parmi les arbres abattus.

« Je ne vois pas un seul monstre, et encore moins une bête démoniaque. »

Sans doute à cause de leur passé effroyable, les villageois avaient refusé de quitter le village pendant tout le mois qui a suivi le lever de la Lune de Luena. Je voulais jeter un œil à ces bêtes démoniaques dont ils parlaient, mais seul ce pauvre sanglier a été pris et envoyé dans l'autre monde.

« Houhou, Cécile sera sans doute contente, non ? »

J'ai prélevé quelques morceaux de côtes et de cuissot sur le sanglier découpé, je les ai attachés avec les branches solides d'un arbre épais et j'ai pris la direction du village. Les villageois qui mangeaient des pommes de terre et du pain d'orge tous les jours me piquaient la conscience.

« Tiens ? Il y a des champignons ici ? » Le cœur joyeux, j'ai repéré des champignons dès que je suis repassé à l'endroit où j'avais trouvé le sanglier. Plusieurs champignons bruns avaient été déterrés par la bête qui fouissait le sol. « Ha, ils étaient couverts par les feuilles. Ils sentent très bon ! »

L'odeur puissante de la forêt m'avait assailli dès que j'y avais mis le pied, si bien que je n'avais pas détecté le parfum des champignons. Une fois les feuilles écartées, ces champignons bruns marbrés, gros comme le poing, dégageaient une odeur sucrée.

« Du porc grillé et des champignons, c'est parfait ! » J'aurais bien aimé un panier, mais je n'avais que les deux petites poches de mes vêtements. J'ai cueilli quelques-uns des plus appétissants et je les y ai fourrés. « Deux nuits et trois jours, l'émission de survie en pleine nature ! Il ne manquerait plus que j'invite Kang Ho-dong. »

Si j'étais encore en Corée, je regarderais toujours Deux nuits et trois jours chaque week-end. J'aurais aimé faire goûter aux vedettes de l'émission la réalité brutale que j'endurais en ce moment.

'Mais c'est quoi, cette sensation ?' Tandis que je marchais vers le village avec la viande, plutôt lourde, un frisson m'a saisi et m'a fait m'arrêter un instant. Je sentais des yeux dans mon dos, comme si on m'observait. 'Est-ce que je me fais des idées ?'

Depuis que le mana avait développé mes sens, je percevais toutes sortes d'énergies autour de moi.

'C'est étrange...'

J'ai penché la tête et pressé le pas. J'avais les cheveux dressés sur la tête, comme quand j'écoutais des histoires de fantômes dans mon enfance. Ce n'était pas une bonne sensation.

« Q-qu'est-ce que c'est ? »

« Tu ne le vois pas rien qu'en regardant ? Cela s'appelle de la viande, cela contient divers nutriments, dont des protéines et des lipides, et c'est un aliment absolument nécessaire à la survie. »

« D-des protéines ? Des lipides ? Des nutriments ? » Devant mon vocabulaire terrien, Hans a cligné lentement des yeux comme une vache.

« Grand frère, grand frère, comment tu savais ? Cette nuit, j'ai rêvé que je mangeais de la viande ! Youpi ! Tu es bien mon grand frère Kyre, la personne que j'admire le plus après une autre ! »

'Petit garnement, tu reconnais enfin le mérite de ton grand frère.' J'ai tapoté la tête de Deron. Ses yeux s'étaient arrondis devant la viande.

« Toi, tu es allé dans la forêt ? C'est dangereux... »

Dès que je suis entré dans la maison avec la viande, j'ai vu Hans, qui sculptait du bois pour en faire divers objets, et Cécile. Ayant entendu la rumeur que j'étais apparu avec de la viande, Deron avait accouru, et tous trois fixaient maintenant le sanglier frais, les yeux ronds.

« Toi, qui es-tu vraiment ? Le mois dernier tu as attrapé un madir, et maintenant tu as chassé seul un sanglier dans cette forêt dangereuse... tu étais mercenaire, autrefois ? »

Incapable d'envisager que je puisse être mage, Hans me soupçonnait tout au plus d'être un simple mercenaire.

« J'ai beau avoir cette allure, j'ai été plutôt remarquable à une époque. Cécile, j'attends le dîner de ce soir avec impatience, moi aussi. »

« Oui... »

J'ai esquivé la question de Hans avec légèreté. 'Qu'est-ce qu'elle est mignonne quand elle fait sa timide !' J'ai regardé avec tendresse Cécile, dont le visage avait rougi.

« Hans, ce champignon, il serait comestible, par hasard ? » J'ai sorti les champignons cueillis en forêt.

« Hein ! Ç-ça, c'est ! »

« Un ch-champignon sharif ! »

'Quoi ? Ils sont vénéneux ?'

Hans et Cécile étaient bouleversés par ce champignon. « Toi, où as-tu trouvé ça ? »

« Dans la forêt, bien sûr. Le sanglier en mangeait, alors je me suis dit qu'ils étaient comestibles et j'en ai cueilli quelques-uns, mais ils sont vénéneux ? » Devant l'air stupéfait de Hans, j'ai commencé à croire que j'avais perdu mon temps.

« Allons-y. Vite, chez le chef ! » Les pupilles rivées sur les champignons, Hans m'a entraîné avec excitation.

'Quoi, pourquoi s'emballe-t-il pour quelques champignons ? J'ai une faim de loup.' Des pensées de porc rôti dansaient dans ma tête. Rien que d'imaginer le goût de la viande grillée à la poêle avec des oignons et des champignons, j'en salivais.

« Ohhh ! Grand Dieu ! Merci ! » En sortant, Hans a tracé un signe de croix et a remercié Dieu.

Je l'ai suivi, quelques champignons à la main. 'Est-ce que je dois donner un peu de viande à la maison du chef ?'

J'entretenais, à ma façon, quelques pensées généreuses.

« Ce ne sont pas, ce ne sont pas des sharifs ? »

« Si, chef. Ce sont bel et bien des champignons sharif. »

En voyant les champignons, le chef s'est excité tout autant. « Ma parole ! Avec un sharif de cette taille, cela se vendra quelques pièces d'or en un clin d'œil ! »

« Nous n'avons rien trouvé de cette taille dans la forêt depuis dix ans... Je ne pensais pas revoir un champignon sharif de mon vivant ! »

'Hein ! Quelques pièces d'or ?' En apprenant que les champignons que le sanglier grignotait tranquillement en apéritif pouvaient se vendre plusieurs pièces d'or, les pièces d'or me sont naturellement venues à l'esprit. Le village était si pauvre que je n'avais pas vu la moindre pièce d'or, si bien que le mot « or » n'était pas sans poids.

« Combien vous avez dit que cela se vendrait ? » ai-je demandé.

« Toi, où as-tu trouvé ça ? »

« Dans la forêt, bien sûr. Il n'y en avait pas un ou deux, mais facilement plusieurs centaines... »

« Plusieurs centaines ?! »

Un coup d'œil rapide me l'avait appris.

'Ouah ! Mais c'est quoi, cet endroit ?' Il y avait les poissons, qui rapportaient quelques pièces d'or chacun, et voilà les champignons. Mon esprit tournait vite. 'Je ne peux pas partir dans le monde les mains vides, si ? Il me faudra de la poudre de cristal magique pour tracer mes cercles magiques, et je n'ai pas de bâton... Il faudra aussi acheter une épée solide.' Les occasions de dépenser mon argent ne manquaient pas.

'Houhou, j'attrape quelques thons, je cueille quelques champignons et je serai paré.' Les villageois avaient peur et ne pouvaient pas y aller, mais moi, la forêt ne m'effrayait pas le moins du monde.

« À part ces champignons, y a-t-il d'autres choses qui se vendent bien ? » L'information, c'est de l'argent.

« Depuis longtemps, notre village est réputé pour ses champignons sharif. Même les soldats ne pouvaient pas s'enfoncer dans la forêt à cause des bêtes démoniaques, alors nous ne pouvions survivre qu'avec des sharifs médiocres et le madir que nous attrapions de temps en temps. Outre le sharif, il y a aussi le champignon rudi, qui vit de la sève des arbres. Et le puiden, que les mages emploient dans leurs recherches, et diverses herbes comme le casol : il y a là-bas pas mal de choses de valeur. »

'Inutile d'être trop gourmand. Ils ont dit que le madir ne quitterait pas les eaux du village avant deux mois, et je n'ai besoin que d'un panier pour les champignons. Koukou.' Je pouvais attraper un faisan, récupérer ses œufs, me servir de ses plumes comme calames et balayer par terre pour gagner de l'argent. Voilà exactement ce que je ressentais.

« P-pensez-vous que les villageois pourraient vous accompagner demain ? » a demandé le chef avec précaution.

Depuis près d'un mois, le chef soupirait en regardant les grains récoltés. Avec moins de terres cultivables, la récolte semblait insuffisante pour payer les impôts et acheter des potions par-dessus le marché.

« Mais chef, ce ne sera pas trop dangereux ? Le jeune Kyre est revenu sain et sauf de la forêt grâce à la Déesse de la Fortune, mais il arrivera malheur s'il emmène les villageois aussi », a dit Hans en freinant les paroles du chef.

« Hélas, je sais. Mais que voulez-vous que nous fassions ? Je dois me rendre au château dans quelques jours pour payer les impôts, et tout ce que nous avons, ce sont des pommes de terre et de l'orge... Si nous ne pouvons pas payer nos impôts et acheter au moins dix potions cette fois, tous nos villageois devront devenir serfs l'an prochain. »

Apparemment, gagner sa croûte est une plaie, qu'on soit ici ou au vingt et unième siècle. Ceux qui en ont les moyens peuvent dépenser sans compter, mais les gens du commun, tout en bas, doivent s'échiner chaque jour pour vivre.

'Tant pis, cela ne me coûtera rien, alors autant les aider.'

De toute façon, je voulais partir dans le monde avant l'hiver. Il me fallait voir le vaste monde pour gagner l'illumination qui n'était pas venue après le quatrième Cercle.

« Ce pourrait être dangereux si les villageois m'accompagnent, alors j'irai seul. »

« Seul ? Non. Je sais qu'il y a chez toi quelque chose de très fiable, mais le mois du lever de la lune de Luena est dangereux », a dit le chef en agitant la main pour m'en dissuader.

« Y aller seul est plus confortable pour moi. Et il faut aller assez loin pour trouver les champignons sharif. Les villageois seraient blessés pour rien si nous tombions sur un monstre ou autre chose. »

« Malgré tout... » Le chef pesait les impôts contre ma sécurité.

« Chef, on dit que ceux qui croient seront récompensés », ai-je dit, le regard empli d'une conviction inébranlable. J'étais mal à l'aise, car si je partais avec les villageois, les capacités que je ne voulais pas encore dévoiler seraient mises au jour.

« Cela ira ? » Avec une mine désolée, il s'est assuré une nouvelle fois que je m'en sortirais. Le vieil homme avait l'air de vouloir me suivre s'il avait eu dix ans de moins.

« Haha ! Faites-moi confiance, c'est tout. Demain, je cueillerai bien assez de champignons sharif pour qu'il reste de l'argent une fois les impôts payés. »

J'ai bombé le torse et ri de bon cœur.

« La jolie Cécile est si gentille~ lala~ lalala~ »

Les compliments sur Cécile sortaient tout seuls. Dès notre retour de chez le chef, j'ai découvert que la bonne cuisinière qu'est Cécile avait préparé un ragoût de viande facile à manger et du porc grillé. Mieux : elle avait mis de côté la viande que nous mangerions et partagé un gros morceau avec les villageois qui rôdaient autour.

Puis le matin est venu. Avec un immense panier, moitié aussi grand que moi, sanglé dans le dos, j'ai marché vers la forêt.

'Houhou, qui aurait cru que les champignons sharif auraient ce goût-là !' Ils avaient le parfum et le moelleux des matsutakes du Gangwon que j'avais mangés autrefois. À force de demander avec insistance combien un seul pouvait se vendre, j'avais pu goûter un champignon sharif, un mets de nobles, grillé avec le porc. 'Kyaa, ce serait le paradis avec un verre d'alcool.'

Aujourd'hui encore, je regrette ce détail. Sans doute parce que le village était effroyablement pauvre, ils n'avaient ni orge ni blé pour faire de la bière. Ils ne pouvaient sans doute pas gâcher le peu qu'ils avaient en boisson alors que la survie était déjà si difficile.

'Je ferais bien d'acheter de l'alcool en allant au château.'

J'étais peut-être mineur en Corée, mais ici, on me traitait en adulte capable. Comment oublier le goût de l'alcool que je sirotais parfois en cachette dans le verre de mon père ? J'imaginais toutes sortes de choses agréables en entrant dans la forêt.

Zing.

'Hein ?'

Soudain, j'ai senti une subtile acuité. Tout en avançant, je suis resté sur mes gardes. J'avais adopté une doctrine de vigilance permanente depuis mon coup de couteau par le voyou des Triades, alors j'ai aiguisé mes sens et je me suis préparé à un monstre ou à une bête démoniaque.

'Il y a quelque chose.' Je n'en étais pas sûr hier, mais maintenant j'en étais certain : quelque chose m'observait de quelque part. 'Un monstre ? Ou une bête démoniaque... ?'

Même les chevaliers qui manient la Lame d'Aura ont du mal contre les bêtes démoniaques. J'avais envie d'en rencontrer une pour éprouver mes capacités, alors j'étais tendu, mais sans la moindre terreur.

'C'est malin.' Dès que je me suis raidi, la créature a caché sa présence, comme pour me proposer une partie de cache-cache. 'J'attendrai. Rien ne presse.'

J'avais tout le temps du monde, après tout. Le cœur léger, je me suis dirigé lentement vers l'emplacement des champignons sharif. Une épée à la main, et dans la tête les sorts que j'avais préparés pour le combat...

« Flèche ! »

Vlan !

« Houhou, la magie est vraiment pratique. » Touché par ma Flèche, un champignon gros comme une tête est tombé proprement au sol. Même sans employer le Vol ou la Lévitation, je pouvais cueillir les champignons rudi à au moins dix mètres du sol. « Les champignons sanghwang ne ressemblent pas à ça ? »

Sans regarder de près, on ne distinguait pas les champignons rudi de l'arbre lui-même. Ils ressemblaient à ces champignons sanghwang que mon père faisait macérer dans l'alcool à la maison.

« Ils sont cent pour cent naturels et ils ont même grandi en suçant la force vitale de ces arbres, alors ce doit être un plutôt bon remède, non ? »

À Séoul, je n'avais jamais eu l'occasion de consommer de fortifiants. Mes parents, eux, se servaient de leur âge comme prétexte pour manger régulièrement du ginseng rouge et du miel coréen naturel. Mais à moi, ils sortaient des absurdités du genre « à ton âge, on digère l'acier » (je suis un homme de cirque, moi ?) et ils me donnaient de la nourriture ordinaire.

'J'ai tapé dans le mille aujourd'hui.'

J'ai cueilli le reste des champignons sharif que le sanglier mangeait, ce qui a pris une place considérable, et j'ai aussi rempli mon panier de champignons qui semblaient précieux, dont les rudi.

« Tiens ? Il y a un sentier ici ? » Après m'être démené un moment sur la montagne et avoir rempli mon panier, j'ai découvert un petit sentier. « Aïe ! Ç-ça, c'est ? »

Le bref instant où je fixais le sentier en réfléchissant, une odeur métallique m'a assailli les narines. « L'odeur du sang ! »

Cette odeur inoubliable qu'on connaît pendant un bon saignement de nez, l'odeur du sang, m'a pris à la gorge.

Je me suis vite ressaisi. Une pensée funeste m'est venue. 'Avec une odeur pareille, ce doit être...' Il fallait beaucoup de sang répandu pour qu'une odeur perce celle de la forêt.

Boum-boum-boum ! En activant mon mana, j'ai filé le long du sentier. Puis j'ai été forcé de m'arrêter devant le spectacle qui s'est offert à moi.

« ... »

L'immense forêt s'arrêtait et s'ouvrait sur un espace dégagé, en haut d'une crête assez large. Des maisons de bois et des clôtures s'y serraient.

« D-des orcs ! » La race que je rencontrais pour la première fois, les orcs. Je les avais vus si souvent dans les romans et les films de fantasy que je les ai reconnus au premier regard. Ils étaient tous couchés. Les cadavres d'une centaine d'orcs, déchiquetés, jonchaient le sol entre les huttes et les clôtures.

'Ils sont morts sans pouvoir se défendre !'

Les orcs étaient nettement petits, mais paraissaient robustes. Bien qu'ils aient eu des lances, des épées et même des boucliers comme les humains, ils avaient tous péri en répandant leur sang bleu. Et chaque orc portait une seule plaie, comme s'ils avaient été tués un par un.

Whoouush.

Puis j'ai senti un souffle unique. Tous les poils de mon corps se sont hérissés. Sans même me retourner, j'ai éprouvé une peur inconnue.

'Une bête démoniaque !'

C'était la créature.

Boum, boum.

Mon cœur s'est emballé. J'ai senti une aura si tranchante qu'elle n'avait rien de comparable avec ma rencontre des voyous des Triades.

Je me suis retourné lentement.

« ... Ah ! »

Un grognement sourd m'a échappé. À exactement quinze mètres de moi se tenait un animal semblable à une panthère, aux rayures dorées. Mais contrairement à une panthère, ses crocs saillants paraissaient assez acérés pour expédier presque n'importe quoi dans l'autre monde d'un seul coup.

GRRRAOU !

'C'est ce type qui les a tués.'

C'était lui qui avait mis en pièces une centaine d'orcs. J'ignorais son nom, mais son corps, qui dépassait largement les trois mètres, était barbouillé du sang bleu des orcs.

« Salut ! On se rencontre pour la première fois, n'est-ce pas, l'ami ? Hahaha ! »

Il n'y a pas de meilleur remède à la peur que le rire. J'ai posé le panier au sol, puisqu'il gênerait le combat, et j'ai empoigné mon épée à deux mains.

'Alors comme ça, il a un cuir assez dur pour bloquer la Lame d'Aura et la plupart des sorts ?'

D'après le chef, qui avait chassé une bête démoniaque avec des chevaliers dans sa jeunesse, le cuir d'une de ces bêtes est assez dur et résistant pour dévier tout simplement la magie des cercles inférieurs et les Lames d'Aura faibles.

Chling.

'Ces griffes ne sont pas une plaisanterie.' Il devait entrer en mode combat, car de longues griffes noires se sont déployées comme les griffes rétractiles d'un chat. 'La plupart des gens auraient le cœur glacé rien qu'en voyant ça.'

Je comprenais maintenant pourquoi les villageois craignaient tant les bêtes démoniaques.

'Sa sauvagerie n'est pas une plaisanterie non plus.' Il semblait que les créatures sauvages devenaient effectivement plus fortes pendant la Lune de Luena, cette vilaine saison de la lune noire qui agite le sang des bêtes démoniaques et des monstres.

Grrraou ! Les yeux de la bête se sont allumés d'un rouge vif.

Bam ! Soudain, elle a disparu de mon champ de vision.

« Ah ! Bouclier d'Air ! »

CRAC !

J'ai lancé le sort de bouclier à activation rapide à l'instant même où elle disparaissait, et les griffes de la bête ont plongé dans le Bouclier d'Air juste comme il commençait à se former.

'E-elle est rapide !'

Elle avait une mobilité incroyable, indigne de sa taille, comme un moteur de Porsche sur une petite Tico.

Crounch ! Crac ! Crac !

'Hé, espèce de...!' La bête déchirait de ses griffes acérées le Bouclier d'Air presque achevé et l'amenait au point de rupture.

« Prends ça ! »

On serait un imbécile de rester là à regarder son bouclier voler en éclats. J'ai fait entrer le mana dans mon épée et j'ai frappé de toutes mes forces vers le ventre de la bête.

CLANG !

'BON SANG ! M-mais qu'est-ce que c'est !'

Je la savais monstrueuse, mais j'ignorais qu'elle serait forte à ce point. La bête a bloqué de ses griffes la Lame d'Aura lancée de toute ma force. Le problème n'était pas qu'elle ait bloqué, mais que les griffes de cette bête démoniaque étaient comme de l'acier, et que je n'avais qu'une épée quand la créature avait quatre griffes par patte.

CRAC !

Le bouclier a volé en éclats et, dans un chlingement, les griffes noires et métalliques de la bête ont fusé vers moi à cet instant.

« Hya ! » En ramenant mon épée, je me suis baissé et j'ai porté une taille horizontale vers son ventre.

Hop ! Mais la panthère dorée, dotée d'une grande détente, a bondi en arrière. En laissant derrière elle une image rémanente, elle s'est retirée comme un fantôme.

'Hum, ça ne va pas être coton avec le quatrième Cercle ?'

Contrairement à l'assurance que j'avais en entrant dans la forêt, un sentiment de crise m'a frappé.

GRRRAOOOU !

Comme mécontente de ce que je venais de lui faire subir, la bête a grondé en léchant sa patte. Cela n'allait pas se terminer facilement.

'Il est déjà presque soir. Si la lune se lève... ce sera dangereux.'

La Lune de Luena était devenue visible un mois plus tôt. Luena, une lune de couleur noire, se dressait à côté d'une lune d'argent suspendue au ciel comme un plateau d'argent. Son clair de lune donnait une impression si sinistre qu'il suffisait de la regarder pour trembler. Et cette lune-là allait bientôt se lever. Je m'étais enfoncé assez loin dans la forêt en cueillant mes champignons et je n'avais pas vu le temps passer.

Chliiing !

La bête n'avait même pas besoin que la lune se lève. Impatiente, elle a projeté ses quatre pattes et s'est de nouveau rapprochée.

« Entrave ! » J'ai lancé le sort d'Entrave du troisième Cercle que j'avais mémorisé.

Comme il convient à une Entrave lancée par un mage du quatrième Cercle, elle a agi vite. Le corps de la bête démoniaque a tressailli un instant.

'Une occasion !'

C'était un salopard rusé, mais il ne savait rien de moi. À l'instant où son corps s'est figé en plein vol sous l'effet d'un sort invisible, j'ai tiré mana et force dans mon épée et j'ai frappé de toutes mes forces vers son ventre.

Dans un bruit de chair déchirée, j'ai senti la lame s'enfoncer profondément. La sensation dans ma main était si puissante que j'en ai eu la chair de poule.

GRAAAOUR !

CHLING.

'Aïe !'

Mais ce salopard n'allait pas mourir d'une broutille comme un coup d'épée dans le ventre. Un immense rugissement a jailli de sa gueule et une griffe a fusé vers ma tête.

« Haa ! » J'ai crié à pleins poumons en battant des bras comme un moulin pour esquiver vers l'arrière.

'C'était juste !' Il était formidable que mon épée à Lame d'Aura se soit enfoncée si profond dans le ventre de la bête, mais il semblait que la vitalité de ce salopard dépassait celle d'un troll, dont je n'avais qu'entendu parler.

ROOOAAR ! Comme son attaque n'avait pas marché, la bête a rugi vers le ciel.

'Je vois, c'est ça !'

J'avais perdu mon épée, mais l'occasion allait de pair avec la crise. Un sort m'a traversé l'esprit.

Vroum ! Hors d'elle de frustration, la bête s'est jetée en avant malgré son ventre transpercé.

« FOUDRE ! » Une incantation a résonné dans l'air.

Le cuir de la bête résistait à la magie, mais son intérieur, probablement pas.

ZZZZZZT !

La magie de Foudre a jailli vers le ventre de la bête, en plein vol vers moi.

Kaï ! Kaï kaï kaï kaï !

'Hein ? Pourquoi on dirait un chien ?'

Quelle que soit sa douleur, une panthère ne devrait pas pousser des cris de chien. Frappée au ventre par la foudre, la bête démoniaque est tombée au sol et a pleuré sans la moindre dignité, comme un corniaud geignard.

Sursaut ! Sursauuut !

Mais cela même n'a pas duré. Après avoir écumé et convulsé violemment, la panthère dorée qu'on appelait bête démoniaque a perdu sa volonté de vivre et la lumière s'est éteinte dans ses yeux.

J'ai essayé de la pousser du pied, mais ce n'était plus qu'un gros tas de chair immobile.

« OUHAHAHAHAHA ! Je suis bien un génie de la magie ! »

Après avoir vérifié que la bête démoniaque avait bel et bien traversé le Styx, une acclamation m'a échappé. De quelque façon qu'on y réfléchisse, c'était une combinaison de sorts parfaite. Qui au monde pourrait s'élever au quatrième Cercle après moins d'un an d'apprentissage ? Même mon maître n'y serait pas arrivé s'il était venu ici en simple caleçon.

« Lala~ J'ai gagné de l'argent~ J'ai gagné de l'argent~ »

On disait qu'une bête démoniaque ne pouvait pas être dépecée avec un couteau ordinaire : cela ne se faisait sans danger qu'avec une Lame d'Aura.

« On va essayer de gagner un peu d'argent ? » Je me suis léché les lèvres en approchant du corps de la bête, dont l'âme devait déjà sangloter aux portes de l'enfer. « Je suppose que les gens laissent une assurance-vie en mourant et que les bêtes démoniaques laissent des billets de loterie ! »

La joie m'emplissait le cœur. En confirmant une fois de plus que le ciel récompense ceux qui travaillent dur, je me suis mis à l'ouvrage. Je voulais partager vite cette bonne nouvelle avec Cécile, Hans et le chef, qui devaient tous m'attendre avec inquiétude.

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour 21st Century Archmage.

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