Fu Yanci saisit la main de Jiang Zao et monta à cheval avec une gestuelle des plus maladroites, bien qu’il cherchait à paraître maladroit.
Quoi d’plus difficile à jouer !
De plus, c’était sa première fois en couple sur un cheval, et il était assis devant.
Sa taille dépassait celle de Jiang Zao de plus d’une demi-tête et sa silhouette était plus large. Pour attraper les rênes par derrière, Jiang Zao devait passer ses bras autour de sa taille et incliner la tête pour apercevoir la route devant eux.
Bien que ce soit un peu délicat, Jiang Zao faisait preuve d’une grande patience et continuait à réconforter Fu Yanci.
« A-Ci, n’aie pas peur, fais-toi homme, avançons ensemble vers la ligne d’arrivée. »
Mais en réalité, quelle ligne d’arrivée au centre équestre ?
C’est juste un parcours en boucle.
Fu Yanci adorait ce système. Il joua l’inquiétude et la curiosité durant tout le trajet, en serrant fermement la main de Jiang Zao.
« Femme, allons-nous tomber ? »
« Femme, le cheval va-t-il s’emballer soudainement ? »
« Femme… »
La machine à répéter « Femme », Fu Yanci est de retour.
Jiang Zao serra contre lui sa taille depuis l’arrière. À cause des différences de taille et de carrure, son visage collait constamment au dos de Fu Yanci, ne se dégageant que rarement pour observer la route.
« A-Ci, n’aie pas peur. Tu étais un cavalier hors pair, mais tu as simplement oublié momentanément. Ferme les yeux et laisse ton corps s’adapter progressivement, tu retrouveras peut-être cette sensation. »
Elle avait déjà enquêté sur Fu Yanci et savait naturellement qu’il avait remporté nombre de championnats d’équitation et excellait dans cet art.
C’était aussi pour cette raison qu’elle l’avait conduit au centre équestre.
À ces mots, Fu Yanci cessa de jouer et lança son cheval au galop.
D’une main, il serrait les rênes tandis que l’autre veillait sur Jiang Zao depuis l’arrière. Même lors des virages, il glissait son bras devant elle pour la protéger, la gardant blottie contre lui. Le tintement des sabots s’accélérait graduellement et il franchissait même sans accroc plusieurs sauts compliqués.
Steven et les autres passionnés venus s’amuser ne purent s’empêcher d’applaudir et de siffler.
Jiang Zao n’était pas du genre à subir une provocation ; dès qu’un défi surgissait, elle entrait immédiatement en action.
Elle se hissa avec agilité sur la selle, étendit les bras et réussit à garder son équilibre à une telle vitesse.
Fu Yanci se leva à son tour et les deux reproduisirent littéralement la fameuse pose de *Titanic* sur le dos du cheval. Yeux fermés, ils affrontaient le vent, écoutant le hennissement du destrier et le souffle de l’air, comme absorbés par la nature toute entière.
Ils se tenaient solidement la main puis, lorsque le cheval pris un nouveau virage, Fu Yanci posa une main sur la taille de Jiang Zao avant de reprendre place correctement en selle.
Steven et les autres n’eurent d’autre choix que d’applaudir.
Quelqu’un avait même filmé la scène et diffusé la vidéo dans le groupe WeChat du centre équestre.
Immédiatement, une nuée de membres discrets fit son apparition avec leurs innombrables « 666 », leurs « Génial ! » ou leurs « J’regrette de ne pas être venu aujourd’hui » et autres félicitations.
Quant au cœur de Fu Yanci à cet instant : « … »
Oh non !
Il semble que j’ai un peu dépassé mes limites !
La Femme va-t-elle s’en douter ?
Jiang Zao mit pied à terre et annonça dans la joie : « A-Ci, tu es formidable. Je savais bien que cette méthode finirait par fonctionner. Les réflexes que tu avais sont gravés dans ton cerveau et se sont transformés en mémoire musculaire. Je n’imaginais pas seulement que ta maîtrise à cheval soit aussi parfaite. Une fois que tu seras totalement remis, organisons une petite course. »
Fu Yanci feignit également la stupéfaction : « Femme, j’étais si incroyable tout à l’heure, je suis vraiment fort ? »
Quoiqu’il advienne, il devait continuer son jeu.
Il lui était impossible de se faire repérer à présent.
Jiang Zao sourit et caressa son visage : « Oui, notre A-Ci est excellent. »
Constatant que Jiang Zao ne nourrissait le moindre doute, Fu Yanci soupira de soulagement.
« A-Ci, essaie maintenant de monter tout seul. » Jiang Zao eut subitement l’intuition que cette approche pourrait aider Fu Yanci à récupérer rapidement.
Fu Yanci joua encore l’effroi et vint se cramponner à Jiang Zao.
« Femme, A-Ci a peur. »
Jiang Zao prit son visage entre ses mains et l’embrassa, l’encourageant de sa voix douce : « A-Ci, n’aie pas peur, tu es un homme, tout comme tout à l’heure, dompte ce cheval, ne t’en fais pas, je suis toujours là et je te protégerai. »
Fu Yanci eut l’impression que tout son corps s’envolait.
La Femme venait de l’embrasser !
Il l’avait embrassé sur le visage !
Sur la joue !
Son visage !
Fu Yanci leva la main pour effleurer l’endroit où posait ses lèvres, comme si une chaleur résiduelle et la température de son corps y avaient laissé trace.
◈◈◈
Submergé par l’émotion, il bondit sur sa monture et devint une nouvelle fois, sous les regards admiratifs de tous, le chevalier triomphant capable de dompter la bête.
Jiang Zao sortit son téléphone et activa l’enregistrement vidéo. À un instant précis, elle crut discerner à travers l’objectif le Troisième Maître Fu revenu à la normale, celui de son intelligence tranchante et de son regard perçant.
« Femme ! »
Fu Yanci effectua une pirouette élégante en selle, enchaînant ensuite sur un pont arrière.
« Femme, c’est tellement amusant ! »
« Femme, revient-on la prochaine fois ? »
Revenu après sa manœuvre, Fu Yanci filait précipitamment vers elle.
S’il tardait trop et qu’on le découvrait, la perte serait bien plus lourde que ses gains.
Il approcha de Jiang Zao, le visage rayonnant et les yeux brillants d’impatience.
Il saisit les mains de Jiang Zao des deux siens et les agita tendrement : « Femme, achèterions-nous un poney ? »
Il dressa un doigt : « Un seul suffira. »
Son air suppliait presque.
« N’est-ce pas ? »
Il donnait l’apparence d’un enfant réclamant son jouet préféré, faisant la moue et le câlin à l’intention de ses parents.
Le vrai dilemne, c’est qu’il mesure presque un mètre quatre-vingt-dix, aux épaules larges et aux hanches étroites, offrant des proportions corporelles quasi parfaites. Son allure relève également du somptueux. Et cet homme-là, précisément, jouait les mignons auprès d’elle.
L’effet de contraste était si adorable qu’elle ne put contenir sa fascination.
Au fond, ce fut exactement ce qu’apprécia Jiang Zao.
« Ça marche ! »
Jiang Zao transféra directement des fonds à Steven et commanda un poney.
Ce jour-là, une rumeur gagna encore une fois les salons de la jeunesse dorée et de l’élite dirigeante de la ville de Lin.
Le Troisième Maître Fu et la Troisième Madame Fu entretenaient des liens d’une profondeur remarquable. Lui aimait créer des situations, elle adorait rire ; il prodiguait ses attentions, elle les multipliait. Ils aimaient surtout jouer la comédie scénarisée ensemble.
Le lendemain, Jiang Zao tomba sur le personnel du secrétariat en train de débattre de l’événement.
« De quel scénario parlez-vous ? » interrogea Jiang Zao, circonspecte.
Ses subordonnées parlaient-elles ainsi ouvertement de leurs conversations internes ?
Personne ne osa répondre.
Qin He entreprit alors d’expliquer à Jiang Zao les commérages qui circulaient dans le milieu.
« Ignorant la véritable condition du Troisième Maître, ils supposent qu’il met en scène des rôles en votre compagnie. Apparemment, beaucoup tentent déjà de les imiter. »
Jiang Zao : « … »
Les gens aisés savaient vraiment profiter de la vie, et les Citadins maîtrisaient parfaitement l’art du divertissement.
Mais qu’ils disent ce qu’ils veulent. Cette légende valait mieux que le bruit voulant que l’esprit du Troisième Maître fût celui d’un enfant.
« Qin He, revise à nouveau ces titres fonciers. Dès confirmation de leur conformité, assemble les dossiers correspondants, prévient la hiérarchie et organise une conférence de presse dédiée à l’utilité publique. Le Groupe Fu projette de tracer des routes au sud de la ville. »
Jiang Zao lui remit les papiers qu’elle tenait.
« Une conférence de presse caritative ? » Qin He n’avait nullement envisagé cette option.
Le Groupe Fu avait acquis discrètement l’ensemble des terrains entourant le Complexe à thème Zui Hua Jian, en vue de les valoriser. Puisqu’une mise en valeur nécessitait des voies de circulation, celles-ci figuraient initialement dans le projet global. Maintenant que Jiang Zao les détachait de ce dossier pour les présenter sous un angle d’utilité publique, l’impact en serait radicalement amélioré.
Quel dirigeant refuserait une entreprise construisant gratuitement des infrastructures ?
Qui oserait priver de soutien un groupe offrant bénévolement ces mêmes routes ?
Par ailleurs, grâce à une communication habile orchestrée par le service des relations publiques, le Groupe Fu remporta un franc succès sur le plan médiatique.
Les manœuvres de la Troisième Madame étaient véritablement magistrales.
À voir les choses ainsi, le Petit Fu de trois ans n’était plus très loin d’abandonner sa simulation…