Aller au contenu principal

Villainess Level 99: I May Be the Hidden Boss but I'm Not the Demon Lord

Chapitre 1 : Comment j'en suis arrivée au niveau 99

Villainess Level 99: I May Be the Hidden Boss but I'm Not the Demon LordVillainess Level 99: I May Be the Hidden Boss but I'm Not the Demon Lord
Chapitre 1

Chapitre 1 : Comment j'en suis arrivée au niveau 99

Chapitre 1/1100%~13 min de lecture2 529 mots

« Fille aînée de la maison comtale Dolkness, Yumiella Dolkness. … Ni… niveau 99. »

Dans la grande salle de l'académie royale, à ces mots du professeur chargé de mesurer les niveaux, tout le monde en perd la parole et me dévisage.

Comprenant que je dois renoncer bien vite à mon objectif de passer inaperçue, je me réfugie dans le souvenir et repasse le chemin qui m'a menée au niveau 99.

C'est à cinq ans que j'ai retrouvé les souvenirs de ma vie antérieure et compris que j'étais réincarnée en demoiselle scélérate d'un jeu otome.

Tout est parti d'une impression bizarre : dans le miroir de ma chambre, mon reflet était celui d'une enfant.

Le visage que renvoyait la glace était d'une régularité de poupée ; mes cheveux et mes yeux étaient bien plus noirs que ceux de ma vie d'avant, au point de sembler absorber toute la lumière. Avec en plus des cheveux parfaitement lisses, en kimono j'aurais sans doute eu l'air d'une poupée japonaise.

Et à force de penser à mon apparence, je me suis rendu compte que je connaissais des mots — kimono, poupée japonaise — que je n'avais jamais entendus ici.

À partir de là, les souvenirs de ma vie antérieure sont remontés comme une guirlande de patates douces qu'on tire hors de terre.

Être née au Japon de l'ère Heisei. Avoir été une étudiante casanière. Avoir été percutée par une voiture qui montait sur le trottoir, et en être morte, probablement.

Plus de vingt ans de souvenirs ont défilé en un éclair dans ma tête ; ma respiration s'est emballée, mon cœur s'est affolé.

Je me suis accroupie sans même y penser, j'ai fermé les yeux et j'ai respiré profondément jusqu'à ce que cela passe.

Une fois à peu près calmée, j'ai réfléchi à ce que j'étais devenue, et j'ai découvert que je me souvenais d'une quantité anormalement faible de choses.

Le nom de Yumiella Dolkness, le fait d'avoir cinq ans et d'être noble : c'est à peu près tout. Je n'avais quasiment aucun souvenir d'être sortie de ma chambre, ni d'avoir vu mes parents.

La femme de chambre semblait m'éviter ; elle s'occupait de moi au strict minimum, et nous parlions peu. J'ignorais jusqu'au nom du pays où je vivais.

Privée de souvenirs comme de connaissances, j'ai balayé ma chambre du regard en quête du moindre renseignement.

Le mobilier et mes vêtements évoquaient l'Europe médiévale. Aucun appareil moderne, rien d'électrique ; pour l'éclairage, une chose que la femme de chambre avait un jour appelée un objet magique. Elle brillait en dégageant une sorte de poudre d'écailles scintillante, et si sa forme rappelait une lanterne, elle me paraissait impossible dans ma vie d'avant.

De tout cela, j'ai conclu que je n'étais pas sur Terre mais dans un autre monde, et j'ai décidé d'agir pour me renseigner.

J'ai commencé par assaillir la femme de chambre de questions. Moi qui ne parlais presque jamais de moi-même, je suis devenue subitement bavarde : elle en a paru surprise, mais elle a répondu correctement à tout.

Ce pays s'appelle le royaume de Balshine ; j'habite le manoir seigneurial du comté de Dolkness ; je suis la fille aînée de la maison comtale. Mes parents vivent dans leur hôtel de la capitale royale et ne seraient pas revenus sur leurs terres depuis avant ma naissance.

Si l'on m'a envoyée seule au domaine, c'est que mes parents ont pris en grippe l'enfant aux cheveux noirs que je suis. Dans ce pays, on dit les cheveux noirs de mauvais augure, et ils sont même un symbole du mal.

Soit dit en passant, obtenir ce dernier point de la femme de chambre m'a demandé des trésors de patience. Le bras de fer entre moi, qui réclamais du direct, et elle, qui multipliait les détours, mériterait un récit à part.

Pas étonnant, dans ces conditions, que les domestiques du manoir soient si distants. Une enfant aux cheveux noirs et taciturne doit faire un effet sinistre, et mes parents, qui me détestent, sont leurs employeurs. Qu'ils me traitent comme une plaie à ne pas toucher n'a rien d'incompréhensible.

Une fois la situation éclaircie, j'ai décidé d'apprendre à lire. J'ai dit à la femme de chambre que je voulais déchiffrer les lettres, et aussitôt on m'a trouvé un précepteur : les leçons ont commencé.

Sachant lire, je me suis installée à demeure dans la bibliothèque du manoir et j'ai tout dévoré, des albums pour enfants aux ouvrages spécialisés d'histoire et de politique.

Résultat : j'ai acquis la certitude d'être dans le monde d'un jeu otome auquel j'avais joué dans ma vie antérieure. Le titre : « Magie de lumière et messire le Héros », surnommé « HikaYû ».

Un monde d'épées et de magie, où une héroïne roturière capable de manier la magie de lumière entre à l'académie royale, se renforce avec l'aide de ses prétendants à conquérir et finit par abattre le Roi Démon. Une histoire classique, pour dire les choses gentiment ; banale, pour les dire moins gentiment.

Le récit avance par l'alternance d'une partie « académie », où l'on fait monter l'intimité avec les prétendants, et d'une partie « jeu de rôle », où l'on abat des monstres avec eux.

Mon nom et celui du pays m'avaient mis la puce à l'oreille, mais qu'une chose pareille arrive pour de vrai…

Dans « HikaYû », moi, Yumiella Dolkness, je suis la demoiselle scélérate. Un second rôle qui apparaît de temps à autre dans la partie « académie » pour gêner l'héroïne par de petites mesquineries. À mesure que l'histoire avance, mes apparitions se raréfient, et quand vient le voyage vers le Roi Démon ressuscité, le joueur m'a complètement oubliée.

Sauf que Yumiella ne s'arrête pas là.

« HikaYû » comporte un bonus : après la fin, si l'on retourne au château du Roi Démon, un boss caché apparaît. En le voyant, le joueur a dû s'exclamer : « Quoi, le boss caché, c'est toi ?! » Eh oui : le boss caché, c'est moi, Yumiella Dolkness.

Qui dit boss caché dit évidemment plus fort que le Roi Démon. L'affronter avec un groupe qui a péniblement vaincu le Roi Démon, se faire démolir et rentrer en courant : presque tous les joueurs passent par là.

Équipement de résistance aux ténèbres et magie de lumière pour atténuer la magie des ténèbres — la tactique qui marchait contre le Roi Démon —, et l'on meurt sous les coups physiques. À l'inverse, blindez-vous contre le physique, et c'est une magie des ténèbres surpuissante qui vous tue.

Chose rare pour un jeu otome, « HikaYû » a une partie jeu de rôle bien équilibrée. Les ennemis ont des faiblesses — physique, magie, éléments — et savoir les exploiter fait tout. Mais pour le boss caché Yumiella, il n'existe aucune stratégie hormis monter les niveaux et forcer le passage.

Une incarnation de l'injustice, que les joueurs ont surnommée « le briseur d'équilibre ».

Selon l'équipe de développement : « Le jeu terminé, la demoiselle scélérate apparaissait trop peu, alors nous l'avons ajoutée. Comme c'est tout de même le dernier ennemi, nous l'avons rendue impossible à battre en dessous du niveau maximum. » À titre de comparaison, le niveau recommandé contre le Roi Démon tourne autour de 70.

La raison de son apparition en boss caché, dans le jeu, est tout aussi expéditive : « À force de haïr l'héroïne qui s'entend si bien avec les prétendants, elle a éveillé la magie des ténèbres. » Aucune profondeur : c'est un bonus rajouté après coup, l'équipe n'a pas dû y réfléchir davantage.

Comme, dans ma vie antérieure, j'aimais bien le grind, j'avais tout de même fini le jeu. La Yumiella qui tient tête à quatre héros de niveau 99 n'était plus vraiment une demoiselle scélérate, cela dit ; c'était autre chose.

Quand j'ai compris que j'étais ce boss caché briseur d'équilibre — et que je pourrais peut-être manier la magie des ténèbres, réservée dans le jeu aux personnages ennemis —, mon sang de joueuse n'a fait qu'un tour.

Il fallait monter mes niveaux.

J'ai lu un manuel de magie trouvé à la bibliothèque et j'ai commencé, comme l'indiquait l'ouvrage, par m'exercer à percevoir ma force magique.

Trente minutes plus tard, je maniais la magie des ténèbres.

Je n'aurais jamais cru que ce serait si simple. Yumiella doit vraiment être douée pour la magie des ténèbres. La haine envers l'héroïne n'avait, semble-t-il, rien à voir là-dedans.

Le lendemain, après le petit déjeuner, j'ai décidé de m'échapper du manoir. Il me fallait un grand espace pour m'entraîner.

La veille au soir, j'avais glissé à la femme de chambre que j'aimerais sortir, et j'avais appris que mon père avait ordonné que je ne quitte jamais l'enceinte. Il tient décidément à cacher qu'il a une fille aux cheveux noirs.

Mon repas terminé, j'ai fait mine de me rendre à la bibliothèque comme d'habitude, et je suis sortie. Le mur d'enceinte s'est franchi sans difficulté. Il semblerait que j'aie aussi des capacités physiques anormales. Tout ça au niveau 1 : le surnom de briseur d'équilibre n'est pas usurpé.

J'ai caché mes cheveux sous un chapeau prévu à cet effet et j'ai pris la direction de la sortie de la ville. Aucune muraille n'entoure l'agglomération, je suis sortie sans peine. Je me suis enfoncée dans un petit bois tout proche et j'ai enchaîné les sorts d'une ampleur que la bibliothèque ne me permettait pas.

Emportée par mon élan, j'ai fini par remarquer que j'avais faim. En me disant qu'il fallait rentrer avant le déjeuner, j'ai levé les yeux et j'ai vu un magnifique ciel de crépuscule.

J'avais commencé vers neuf heures ; s'il est dix-sept heures, cela fait près de huit heures que j'envoie des sorts.

Ma capacité de concentration a de quoi étonner, mais surtout : je n'ai pas eu de panne de magie. Il est vrai qu'un boss ne tombe jamais en panne de magie, mais de là à disposer d'une réserve inépuisable… De telles caractéristiques au niveau 1, c'est bien d'un boss caché. Je me fais peur à moi-même.

Tout en rentrant en catastrophe, j'ai réfléchi à la suite. Impossible de camoufler mon escapade, me disais-je en courant ; j'ai sauté le mur, je suis entrée et j'ai regagné la bibliothèque. Le déjeuner qu'on m'avait apporté y était resté intact. Incapable de résister à la faim, j'ai englouti ce repas froid.

À peine avais-je fini que la femme de chambre est entrée pour annoncer que le dîner était servi, et elle a remporté la vaisselle. Elle avait son air de tous les jours, sans rien qui laisse croire qu'elle savait pour ma sortie. À bien y réfléchir, depuis que je m'enfermais à la bibliothèque, je me faisais apporter le déjeuner sur place.

Aurait-elle simplement conclu que je n'étais pas là au moment de la livraison, et que j'y étais restée tout le reste du temps ? Pour une fois, j'ai remercié les domestiques d'éviter au maximum tout contact avec moi.

Dès le lendemain, sous prétexte que je ne voulais personne dans la bibliothèque, je me suis fait préparer un panier-repas, et mes escapades quotidiennes ont commencé. J'abattais des monstres dans la montagne proche de la ville de Dolkness et je m'acharnais à monter mes niveaux. Avec l'argent de la revente des matériaux, je me suis procuré des vêtements que je pouvais salir. Les marchands ont dû m'acheter mes matériaux à vil prix, mais vue de l'extérieur je n'étais qu'une enfant suspecte : c'était inévitable.

À partir de mes sept ans, un précepteur est venu trois fois par semaine me donner des leçons de bonnes manières et d'histoire. Comme mon temps de sortie diminuait, je me suis mise à optimiser ma montée de niveaux.

À force de vivre ainsi, j'ai eu quinze ans, et une lettre de mon père est arrivée. Le premier message de mes parents en quinze ans d'existence. En résumé : « Entre à l'académie royale. Là-bas, lie-toi avec le fils d'une maison noble aussi haut placée que possible. Nous le ferons entrer dans la famille comme gendre pour qu'il hérite, donc peu importe qu'il soit ou non l'aîné légitime. » Pour qui prend-il sa fille ? Bon, c'est sans doute cela, la noblesse. Mais s'il veut me marier à une grande maison, il aurait peut-être fallu m'habituer au monde plutôt que m'abandonner.

Me voilà donc en route pour la capitale royale, en voiture.

Officiellement, c'est la première fois que je quitte le manoir : devrais-je jouer la comédie de l'émerveillement ?

Cela dit, la voiture est lente, elle cahote, et le confort est déplorable. Ce serait bien plus rapide en courant.

Après deux jours de route, arrivée dans la capitale, je ne suis même pas passée par l'hôtel des Dolkness : je suis allée directement à l'internat de l'académie. Cela vous convient, chers parents ? Je ne connais même pas vos visages.

L'académie royale accueille, à partir de quinze ans et pour trois ans, tous les enfants de la noblesse. Sa particularité est de mettre l'accent sur le combat plus que sur les études. Cela tient à la fondation du pays, établi, dit-on, par le Héros et la Sainte qui ont abattu le Roi Démon. C'est pourquoi, en cas de crise, on attend ici des nobles qu'ils marchent en tête. Bon, la chose paraît largement vidée de sa substance.

Je suis arrivée à l'académie de justesse : la cérémonie d'entrée avait lieu le lendemain.

En uniforme neuf, je me rends à la salle, et je sens beaucoup trop de regards. Mes manières sont censées être assez correctes pour qu'on n'en rie pas, et si j'ai pris en grandissant un visage un peu dur, je ne suis pas non plus une brute.

Au bout d'un moment, je comprends que les regards convergent vers le haut de ma tête, et je me dis que ce sont mes cheveux noirs. Certains affichent ouvertement leur dégoût, et l'avenir de ma vie scolaire m'inquiète.

À l'académie, j'avais prévu de cacher ma puissance pour ne pas me faire remarquer et d'éviter autant que possible l'héroïne et ses prétendants. Je comptais laisser l'héroïne et son groupe abattre le Roi Démon comme le veut l'histoire. Si cela échoue, tant pis : je tuerai le Roi Démon d'un seul coup.

La cérémonie se déroule sans accroc puis, pour finir, on procède à la mesure des niveaux, qui tient lieu de présentation des nouveaux élèves. Personne ne m'avait prévenue. Cela existait, donc. Tout est devenu noir devant moi.

Les nouveaux élèves se succèdent, posent la main sur l'objet magique et font mesurer leur niveau : presque tous sont à un chiffre, et un seul dépasse le niveau 10. Moi, j'ignore mon niveau. Je ne l'ai jamais mesuré, et comme j'étais déjà forte au niveau 1, je n'arrive même pas à l'estimer.

Mon tour arrive sans pitié. J'avance, et je me fige devant l'objet magique. Le directeur, un vieux monsieur, me lance gentiment qu'il n'y a aucune honte à être encore niveau 1 à l'entrée. Non, ce n'est pas ça du tout.

Résolue, je pose la main sur l'objet magique en priant pour la panne providentielle.

Mais mon vœu n'a pas été exaucé, et nous voilà revenus au début de ce récit…

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour Villainess Level 99: I May Be the Hidden Boss but I'm Not the Demon Lord.

Découvrir d'autres œuvres
Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.