« Attention ! Ton [Renforcement du Corps] va s'épuiser. »
« Aaah… »
Nina laissa filer sa compétence avec un petit cri pitoyable.
« Guigui-guik… »
« Crève ! »
Elle esquiva l'attaque d'un gobelin soldat et sa dague droite se planta dans son cou. Elle porta aussi un second coup au corps du gobelin avec le couteau qu'elle tenait de la main gauche.
« C'est très difficile de tenir le [Renforcement du Corps] en combattant. »
« C'est bien pour ça qu'on s'entraîne. Il faut aussi que tu t'habitues à te battre avec deux armes. »
« Héhéhé… C'est vrai. »
D'ordinaire, Nina n'employait qu'une seule dague. Obtiendrait-elle une nouvelle compétence à force de manier deux armes ?
Nous nous trouvons en ce moment dans la grotte de la montagne. Nina ne s'était jamais aventurée plus loin, alors nous avons décidé d'essayer le deuxième niveau. La grotte compte en réalité trois niveaux, et nous chassons d'habitude au premier.
« Il n'y a pas beaucoup d'ennemis, à ce deuxième niveau. »
« Ne te relâche pas. Il y a un boss au troisième. »
« Un boss ? »
Dans les donjons et les labyrinthes vivent des monstres puissants, différents des monstres ordinaires. Même quand on les tue, ils réapparaissent au bout d'un certain temps. Ici, cependant, les monstres se disputent le territoire avec ceux de leur propre espèce.
« Nina, je suis occupé à faire des potions. C'est toi qui vas tuer tous les monstres. »
« Hein ? Tous ? »
« Moi, je perce à jour les faiblesses et les mouvements de l'adversaire. Toi, tu ne te sers même pas de ta tête, tu te bats au réflexe. Il faut surveiller les habitudes de ton adversaire, Nina. »
Tout en disant cela, j'en étais déjà à ma septième potion.
Après que nous eûmes tué les bandits, Nina avait acheté tout ce dont j'avais besoin pour préparer des potions. L'équipement nous avait rapporté dix-sept pièces de lune d'or et deux d'argent, et je n'en avais dépensé que cinq et demie.
Le plus étrange, c'est l'eau pure. On peut la remplacer par de l'eau de source, et la qualité des potions augmente. Je pourrais en vendre dans une plus grande ville, ou à un marchand. Peut-être que je pourrais devenir vendeur de potions ambulant ?
« Nina, tu vas te faire tuer si tu ne fais pas attention. »
« Il n'y a que trois gobelins soldats. »
Plus nous avons d'ennemis en face, meilleurs sont les mouvements de Nina. Parce qu'ils ne peuvent pas bouger librement en surveillant leurs compagnons.
« [Frappe de dague] ! » Nina activa sa compétence. Un des gobelins soldats ne put l'esquiver et mourut sur le coup.
« Tu ne devrais pas crier le nom de ta compétence. Si l'adversaire est un humain, il se préparera à la bloquer. »
« Hii… Ce n'est pas ma faute ! Je n'ai pas encore l'habitude d'employer mes compétences sans incantation. »
Nina était capable d'incanter sa [Frappe de dague] en pensée, mais elle la prononçait toujours à voix haute au moment de l'activer. L'avantage de l'incantation mentale, c'est qu'il n'y a aucun moyen de deviner quelle compétence va partir. Dans un combat contre d'autres aventuriers, ce serait un bel atout. Elle continue pourtant de la dire à voix haute.
Entre-temps, elle avait déjà tué les gobelins.
« Ah… J'ai réussi à les avoir. »
« Très bien. Alors, on s'arrête là pour aujourd'hui ? »
« Oui. Mon rang de guilde va bientôt passer à E grâce à Yu. »
Évidemment, puisque c'est Nina qui rend les quêtes quand nous tuons des monstres.
Comme toujours, je chasse des lapins cornus sur le chemin du retour. Le bain est enfin au point. Il est temps de le faire essayer à grand-mère Stella.
« Je suis rentré. »
« Bon retour, Yu. Nina-chan, entre donc, toi aussi. »
Je fais aussitôt chauffer l'eau du bain.
« Grand-mère Stella, prenez ceci, s'il vous plaît. »
Je lui tendis une potion que j'avais préparée un peu plus tôt.
La potion datait du jour même, mais je lui avais caché que je savais en faire. Elle refuse d'en prendre, parce qu'elle trouve que c'est de l'argent gaspillé.
« Mais tu l'as achetée ? »
« Ne vous inquiétez pas. Les herbes que j'ai ramassées aujourd'hui étaient de très bonne qualité, alors on m'a payé un supplément. Et je l'ai eue à prix réduit chez un marchand ambulant. Buvez-la tout de suite, s'il vous plaît. »
« Merci… »
Ce soir, c'est pain et ragoût de lapin. Mais j'ai beau la voir manger un nombre incalculable de fois, Nina mange vraiment beaucoup.
Après le dîner, j'ai emmené grand-mère Stella au bain.
« Yu, c'est une cuve ? C'est ça que tu fabriquais ? »
« Oui. Il fait froid aujourd'hui, alors entrez pendant que c'est encore chaud, s'il vous plaît. »
« Merci. Cela me fait vraiment plaisir. »
Comme il y a une source tout près, nous n'avons pas eu à aller loin pour puiser l'eau.
« Grand-mère, l'eau est déjà à la température parfaite. Entrez, s'il vous plaît. »
« C'est moi qui l'étrenne ? »
« Bien sûr. Je l'ai fabriquée pour vous, avant tout. C'est donc à vous d'entrer la première. »
Les yeux de grand-mère Stella se mouillèrent. Rien que pour voir ça, l'effort en valait la peine. Pendant l'achèvement du bain, mes compétences [Forgeron] et [Alchimie] sont toutes deux montées au niveau 2.
Au bout d'un moment, grand-mère Stella sortit du bain.
« Yu, c'était parfait. Cette eau chaude… je me sens presque reine. »
« Je suis content que cela vous plaise. Je vais me baigner à mon tour, alors. »
« Attends ! Je viens avec toi. » Cela sortit d'un coup de la bouche de Nina. Ces derniers temps, elle dîne ici, elle dort ici, et voilà maintenant qu'elle va aussi se baigner ici. Avec moi ?
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Yu, une femme et un homme de moins de dix-huit ans qui se baignent ensemble, ça ne pose aucun problème. »
« C'est vrai, ça ? Et même si c'était vrai, on ne tiendra jamais à deux là-dedans ! »
« J'ai le devoir de veiller sur toi, puisque je suis l'aînée. Écoute-moi ! »
Pendant que je restais interdit, Nina m'avait déjà traîné jusqu'au bain. Je n'ai pas d'autre choix que de me déshabiller.
« Quoi ? Tu ne te baignes pas ? »
« Non… Ce n'est rien… »
Cette femme est étrange.
Je regardais le corps de Yu pendant qu'il retirait ses vêtements. Je n'avais pas remarqué jusqu'ici qu'il était couvert de cicatrices et de marques de brûlures. Il y en avait partout sur son corps.
Combien d'années a-t-il souffert ? Quels supplices a-t-il endurés ? Pourquoi, alors que tu as tant souffert, tu ne l'as ni montré ni dit ?
Mes larmes se sont mises à couler. Je suis entrée dans le bain en catastrophe pour les cacher.