« Ah ah ah ah ! »
Le petit du Fenrir traversa le village comme s'il glissait sur la glace.
La puissance des ressorts de son corps tout entier était d'un tout autre niveau que celle des autres créatures.
Mais cet enfant ne cherchait pas à me semer ; il courait en se retournant de temps en temps. Il ne voulait pas fuir, il avait envie de jouer vraiment. Pour qu'il s'amuse lui aussi, je devais moi aussi me donner à fond.
« Fabrication automatique, mur de terre ! »
Je fis apparaître un mur sur la trajectoire du Fenrir.
Je connaissais bien la structure du village. J'avais déjà prévu quels endroits bloquer pour couper les voies de fuite.
Si je le poussais dans ses retranchements…… pensai-je, mais le Fenrir fit un bond et sauta sur le toit d'une maison.
« Il n'y allait pas si facilement, hein…… Mais ! »
Je courus vers la maison sur laquelle se tenait le Fenrir.
Impossible de sauter sur un toit comme cet enfant. Mais je pouvais créer un chemin pour y accéder.
« Fabrication automatique, escalier ! »
Un escalier de pierre apparut en un instant, complétant la voie jusqu'au toit.
Sans doute surpris, le Fenrir qui observait la situation poussa un « Gau!? » et s'enfuit en hâte.
« C'est bon, continuons tant que tu veux…… »
Le Fenrir redescendit au sol et se mit à fuir.
Je ne le poursuivis pas, et depuis le toit j'activai la fabrication automatique.
Ce que je créai ensuite fut une passerelle aérienne. Une structure simple reliant les toits entre eux, soutenue par des piliers à mi-chemin. Le chemin pouvait se diviser ou s'allonger en cours de route. Ainsi je pouvais traquer le Fenrir sans être gêné par les obstacles.
« C'est ici ! »
Courant dans les airs, j'atteignis le-dessus du Fenrir, visai et sautai de la passerelle.
Mais le Fenrir le sentit venir, accéléra brutalement et évita mon plongeon.
« Ho, fabrication automatique, lit ! »
Juste avant de m'écraser au sol, je fis apparaître un lit pour amortir la chute.
Phew, j'ai peut-être un peu trop forcé. Se blesser serait embêtant, faut faire attention.
« Ah ah ah ah…… »
Le Fenrir me regardait, depuis un peu plus loin, avec des yeux qui semblaient attendre la suite.
Il a l'air de s'amuser. Je ne vais pas le décevoir.
« Bon, on y va ! »
« Waf ! »
Ensuite, nous continuâmes à sillonner le village dans tous les sens.
J'essayai aussi de bloquer des passages à l'avance pour l'y piéger, mais l'enfant était très malin : il repérait les pièges immédiatement et les évitait.
« Phew, phew, ça commence à fatiguer sérieusement…… »
Quand je m'en rendis compte, une heure s'était écoulée depuis le début de la course-poursuite.
Même si mon endurance a augmenté par rapport à avant, le souffle me montait.
Lui non plus n'avait pas l'air en meilleur état, son haletement était visible. Mieux vaudrait faire une pause…… c'est ce que je pensais quand l'incident survint.
« Wouh !? »
Le Fenrir qui courait sur le toit glissa du pied.
Et il tomba tels quels sur le sol, quelques mètres plus bas.
En pleine forme, il aurait pu se retourner en l'air et atterrir correctement. Mais là, l'enfant est épuisé. Il risque de se blesser comme ça.
J'obligeai mes jambes qui tremblaient de fatigue à sprinter.
« Fabrication automatique, tremplin ! »
Ce que je créai fut un grand tremplin à ressort intégré.
En posant les deux pieds sur sa surface inclinée, le ressort se libéra violemment et je fus propulsé.
« À temps ! »
Sur cet élan, j'attrapai le Fenrir en plein vol. Et avant de m'écraser au sol, je créai l'objet suivant.
« Fabrication automatique, lit (grand) ! »
Je fis apparaître un lit king-size où nous pouvions dormir à deux à l'aise, et nous y atterrîmes mollement. Vu sa taille, l'élasticité était supérieure à celle d'un lit normal. Tout le choc fut absorbé et nous pûmes atterrir en sécurité.
« Ça va ? Tu n'es pas blessé ? »
Je me redressai pour examiner le Fenrir.
À première vue, pas de blessure visible, et il ne semble pas avoir mal.
Comme je me disais que ça allait, le Fenrir me lécha le visage d'un coup de langue.
« Wah, ça chatouille ! »
« Waf, waf. »
Le Fenrir jouait, me léchant et frottant sa tête contre moi.
Tiend, le chien qu'on avait chez mes parents faisait pareil quand il voulait des câlins. En repensant à ça, je caressai la tête et le cou du Fenrir en ébouriffant son poil.
« C'est incroyablement doux. Et pourtant c'est soyeux comme de la soie. Je pourrais le toucher indéfiniment. »
« Waf. »
Content d'être complimenté, le Fenrir montra son ventre pour en réclamer davantage.
Tandis que je lui gratouillais le ventre, Luna-san s'approcha.
« La course a l'air finie. Ceci dit…… tu t'es fait adopter à une vitesse folle. T'as du talent pour charmer les Fenrirs. »
« C'est quoi, ça. On est juste devenus amis. »
Sur quoi le Fenrir aboya « Wan ! » comme pour approuver.
Ça fait plaisir de sentir qu'on se comprend.
« Dis donc, Theodor. Tu ne voudrais pas donner un nom à cet enfant ? Si c'est toi, il sera ravi. »
« Hein ? Il n'en a pas ? »
« Les Fenrirs ne s'appellent pas entre eux par des noms. On ne reçoit un nom que quand on tisse des liens profonds avec les humains ou les dieux. Moi aussi, j'ai reçu le mien un bon moment après ma naissance. »
Ah, c'est comme ça.
En effet, sans nom c'est pas pratique dans le monde des humains. Et vu qu'il y a neuf Fenrirs, les noms sont indispensants.
« ……Mais même si vous me le demandez d'un coup, je n'ai pas d'idée sur le champ. »
« Choisis selon ton inspiration. Moi, comme j'étais belle comme la lune, on m'a nommée "Luna". Toi aussi, donne le nom qui correspond à l'image que tu as de cet enfant. »
« L'image, hein. »
Je réfléchissais en caressant son poil.
Sa vitesse est marquante, mais c'est surtout ce beau poil qui m'a le plus impressionné. Alors……
« Comme son poil a un toucher de soie, "Silk" ça irait pas ? »
« Hou, pas mal. Toi, qu'en penses-tu ? »
Quand Luna-san demanda au Fenrir, il répondit d'un « Wan ! » plein d'entrain.
Apparemment, ça lui plaît.
« Phew, soulagé. Donner un nom, ça stresse. »
« Kukku, qu'est-ce qui te soulage ? Ton rôle n'est pas fini. »
« Euh ? »
Sur les mots de Luna-san, je regardai autour de moi.
Les huit autres Fenrirs s'étaient rassemblés près du lit. Et tous me fixaient avec des yeux pleins d'attente. Ça veut dire que……
« Ils ont tous l'air de vouloir un nom de ta part. Réfléchis bien pour chacun, d'accord. »
« Uuuh, je vais faire de mon mieux…… »
Je finis par passer un long moment à me creuser la tête pour trouver un nom à tous les Fenrirs.