Le gamin continua de me pointer du doigt pendant de bonnes secondes. Il portait trois chemises superposées. Les deux couches intérieures affichaient des motifs bleus et noirs, tandis que la veste extérieure était d'un gris uni bourré de poches.
Ses lunettes brillaient d'un bleu chaud et doux. La lumière n'avait rien d'agressif, et je distinguais encore ses yeux verts, écarquillés.
Il devait avoir une vingtaine d'années et s'était coiffé en lissant ses mèches en couches.
Mis à part la façon grossière dont il avait décidé de me montrer du doigt, il ne m'avait pas encore agacé. S'il y avait bien une impression qu'il donnait, c'était qu'il était terrifié par moi. Alors que je n'avais même rien fait !
(« Tu vas l'effacer ? »)
Mais putain, non ! Pourquoi tu suggères même ça ?
(« Pour voir comment tu réagirais »)
(« Je suis une planète. Je ne peux pas exactement "creuser" un trou, sans parler d'un trou assez grand pour moi »)
J'ai pas dit pour toi, juste que tu devrais en creuser un, tu peux probablement en faire apparaître un sur ta planète, non ?
« Assieds-toi, gamin. Je vais pas te faire de mal. » Je désignai le sol à côté de moi. « Tu piges, non, à quel point chaque putain d'endroit est bondé et bruyant ? Je voulais juste un coin tranquille. »
« Heu… » Le gamin bredouilla, confus.
Je soufflai. « Ce que je veux dire, c'est que t'as bien choisi ton coin pour te poser. »
En réalisant enfin mon attitude décontractée, le gamin se calma.
« Euh… ben, tu peux pas partir, s'il te plaît ? » Mais visiblement, il n'était toujours pas assez calme.
« Non, j'ai assez marché pour aujourd'hui. » Je mentis sur la raison, mais mon vrai motif restait de ne pas bouger mon cul.
Le gamin finit par s'asseoir. Puis, au bout d'un moment, il sortit son téléphone, l'étira, en retira l'arrière, et se mit à jouer avec l'appareil posé au sol. Ses mouvements de doigts étaient lus par l'écran comme s'il appuyait sur des boutons.
Je demandai : « Tu vas pas utiliser une vraie manette, gamin ? »
« ...Non, comme ça c'est facile à trimballer. »
« C'est vrai, mais je trouve que d'appuyer physiquement sur les boutons, c'est plus fun. »
Je ne l'interrompis plus pendant un bon moment, et il fit de son mieux pour ne pas me fixer, mais je le surpris à jeter des coups d'œil de temps en temps.
Je profitai de mon moment de détente. J'en avais eu l'occasion avant, mais pouvoir regarder les étoiles changeait tout. Je ne crois pas que je saurai jamais exactement d'où vient ma fascination pour les étoiles. Je pourrais en lister mille raisons et des millions de moments qui ont construit cet attachement, mais pas un seul instant ou souvenir précis.
Ma Lumière Stellaire récupérait bien ; je devais la maintenir au maximum en permanence au cas où je me retrouverais en combat ou que j'aie besoin d'utiliser [Cartographie Stellaire] ou [Lumière Stellaire Perturbatrice].
J'aurais pu profiter de l'occasion pour planifier comment atteindre le premier segment ou trouver un moyen de rejoindre Metous ou la Terre une fois fini ici, mais ce moment pour vider ma tête était exactement le répit dont j'avais besoin.
Cependant, je ne pouvais pas me reposer éternellement, alors au bout de quelques heures, je demandai au gamin : « Hé gamin, tu connais des bons magasins de fringues pas chers dans le coin ? »
Le gamin tressaillit et se figea une seconde avant de se tourner vers moi. « Tu peux pas m'appeler gamin… Je m'appelle Jack. »
« Bah maintenant que je le sais, Jack, y a des bons magasins de fringues par ici ? »
Toujours vexé, il répondit : « T'aurais pu juste regarder avec une compétence d'évaluation. »
Interloquée, je demandai : « Qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai une ? »
D'une voix tremblante, il dit : « Je croyais que tous les chasseurs en avaient. »
« Ce genre de supposition te tuera un jour. »
Il recula, effrayé. « Quoi ? »
Je continuai : « Non, Jack, non seulement tous les chasseurs n'ont pas de compétences d'évaluation, mais la grande majorité n'en a pas. »
« Comment ça pourrait me tuer… ? »
(« Tout le monde n'a pas affronté la mort presque autant de fois que toi »)
C'est juste l'idée de base de ne pas faire de mauvaises suppositions. Enfin, la mort c'est exagéré, mais la leçon est la même.
« Jack, je fais une remarque sur le fait que faire des suppositions basées sur des preuves dont tu ne sais même pas si elles sont vraies peut se retourner contre toi violemment. »
« Ouais… » Jack acquiesça un instant avant de dire : « Mais putain, tu racontes n'importe quoi. »
« Écoute, t'inquiète, soit tu piges ce que je dis, soit tu piges pas. » J'abandonnai. « Maintenant, tu vas me répondre ? »
« J'en connais quelques-uns… » Jack finit par me donner des réponses.
Une fois qu'il m'eut donné quelques noms et directions, je partis faire du shopping. Je vérifiai aussi avec Jack lesquels acceptaient ma monnaie.
J'examinai les boutiques et en trouvai une pour mes achats. Je parcourai la sélection, il y avait une large gamme de styles différents, mais la gamme de couleurs laissait à désirer.
Pour les vêtements que j'allais choisir, je me fichais un peu de l'allure de la combinaison, vu que je m'inquiétais surtout du prix. J'avais assez pour tout acheter, mais je voulais quand même garder une partie de ma monnaie limitée au cas où j'en aurais besoin plus tard.
Au bout d'un moment, je fus satisfaite de mon choix et payai le vendeur ; je m'en allai me détendre pour le reste de la journée.
Ce que j'avais acheté : une veste qui pouvait passer par-dessus mon armure, un large pantalon pour le bas, et un masque qui pouvait s'attacher à mon casque. Je ne dissimulais pas complètement l'armure, puisque je laissais la veste ouverte, mais ça se mariait bien avec le design vu que je portais un casque de toute façon. Le masque ressemblait aux lunettes de Jack tout à l'heure, et il pouvait briller. L'appareil fonctionnait en définissant un motif et en y injectant du mana ou de l'énergie pour le faire luire. J'y versai un peu de Lumière Stellaire et créai un visage masqué en forme d'étoile avec des zones noires pour les yeux.
C'était un style bizarre, mais ça faisait office de vrais vêtements, au moins. Le simple fait qu'on ne dirait plus que je me baladais en tenue de combat complète était l'aspect le plus important pour moi.
J'aurais peut-être pu obtenir un look encore moins voyant si j'avais pu retirer mon casque, mais avec les cornes qui en sortaient… ce n'était pas une option.
Au bout de quelques minutes, je revins me poser en silence sur mon coin de détente et demandai : « T'es encore là ? »
« Ah ! » Jack fit un bond. « Pourquoi t'es revenue ? »
« Parce que je voulais me poser ? »
Je devais encore recharger ma Lumière Stellaire, après tout, et j'étais bien décidée à profiter de cette dernière journée de détente.