Clic. Clic.
Le bruit de métal raclant sur le métal résonna dans mes oreilles.
Avec un son rappelant un ressort de montre qu'on remonte, ma vision vacilla.
Ce ne fut qu'après un certain temps que je parvins à ouvrir les yeux.
Qu'est-ce qui s'était passé au juste ?
Je balayai rapidement les lieux du regard, cherchant à saisir la situation.
— Sau, sauve-moi !
— Tuez ces salauds de démons !
Avant que j'aie le temps de réagir, je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils face aux cris et aux hurlements qui retentissaient de toutes parts.
'Qu'est-ce qui se passe…….'
Je tentai de bouger, saisi de stupeur.
Peine perdue.
Mon corps, qui aurait dû obéir à ma volonté, restait figé de raideur.
J'essayai d'user de mes autres capacités pour sortir de cette impasse.
Mais je dus me rendre à l'évidence : même la manifestation de mana m'était impossible.
J'avais l'impression que mon corps m'appartenait, sans m'appartenir.
C'est alors.
Vshhh.
Mon regard s'abaissa.
Mes yeux se mirent à scruter ma main.
Au même instant.
Vshhh.
Ma tête pivota d'elle-même.
Ce n'était pas un mouvement de ma part, mais un geste déjà gravé dans mon corps.
Et ce qui se présenta au bout de mon champ de vision fut.
Un miroir.
Pour être exact, les éclats brisés d'un miroir en pièces.
'Ce type.'
Je le connaissais bien.
L'enfant réfléchi dans le miroir était Samuel.
J'étais devenu Samuel.
Est-ce dû au pouvoir du collier ?
Au vu de la situation, il semblait que je vive le passé de Samuel.
……
Le visage de Samuel, donc le mien, était blême de terreur.
Je l'observai calmement et pus estimer grossièrement l'âge de Samuel.
Cela remontait à une dizaine d'années environ.
Attends, si c'est il y a dix ans.
'La Guerre Humains-Démons.'
C'était l'époque où les humains avaient envahi le Royaume des Démons pour le conquérir.
Les humains, qui avaient piétiné le territoire du Royaume des Démons sous les sabots de leurs chevaux, menaçaient jusqu'aux familles des Sept Péchés Capitaux.
Finalement, le sort s'abattit sur la famille de Samuel, la « famille Bares ».
On disait que la famille de Samuel avait été exterminée pendant la Guerre Humains-Démons, ce devait donc être ce moment-là.
En d'autres termes.
'Cet endroit est le passé de Samuel.'
Et il était évident qu'il s'agissait de l'époque où la famille de Samuel était exterminée.
Cette scène ne figurait pas dans l'œuvre originale, je ne l'avais pas écrite moi-même.
J'avais seulement mentionné que le Royaume des Démons avait subi d'immenses dégâts à cause des humains.
Je n'avais pas décrit les détails de l'extermination des familles des Sept Péchés Capitaux.
Le processus détaillé de l'extermination des familles des Sept Péchés Capitaux n'avait pas été décrit.
Je fus un instant déstabilisé par l'apparition d'un élément de background absent de l'œuvre originale.
Grinc.
La porte de la pièce s'ouvrit.
Le corps de Samuel tressaillit de peur et ses épaules se relevèrent réflexivement.
Puis le visage de Samuel s'illumina en apercevant la silhouette qui apparaissait.
« Maman ! »
Une voix jeune, inconnue, s'échappa de ma gorge.
La femme qui ouvrait la porte était la mère de Samuel.
Ses cheveux verts émeraude avaient perdu leur vitalité, devenus ternes, et ses yeux perdaient leur éclat, s'éteignant.
Samuel ne semblait pas remarquer ces changements tandis qu'il enlacçait simplement sa mère.
« Maman... »
Samuel serrait sa mère contre lui, tremblant de peur.
Il sentit une chaleur douce.
Le jeune Samuel ne réalisa pas qu'une unique larme coulait le long de son dos.
Sa mère pleurait.
« Maman, et Papa ? »
Samuel, insensible aux émotions de sa mère, cherchait son père, confus.
Mais sa mère ne lui dit pas où était son père.
Elle ne fit que s'excuser auprès de Samuel.
« Mon enfant, je suis désolée... »
« Maman ? »
Les yeux de Samuel s'écarquillèrent en voyant sa mère répéter ses excuses encore et encore.
Samuel était jeune, mais il pouvait deviner grossièrement la situation.
Les griffes des humains avaient atteint sa famille et la menaçaient.
Un.
Parce que Samuel était jeune.
« …… »
Crac.
Il ne pouvait rien faire d'autre que resserrer ses bras autour de sa mère.
Un long moment passa ainsi.
Toc.
Un bruit sourd traversa l'entrebâillement de la porte, mêlé à des voix humaines.
« Ce Seigneur est définitivement fort. »
« Mais le Duc Leon a gagné, non ? Il lui a tranché le cou. »
De qui avait-il tranché le cou ?
Les humains se vantaient fièrement auprès de leur chef d'avoir vaincu et tué son père.
À cet instant, j'eus l'impression qu'un feu embrasait sa poitrine.
Sans qu'il s'en rende compte, Samuel fut saisi par la colère.
« Aah... ! »
Sa mère, qui avait écouté aux portes la conversation des humains, fondit en larmes et s'effondra sur place.
Il n'y avait rien que Samuel puisse faire pour elle.
Lui aussi était encore un être faible qui avait besoin de l'aide de quelqu'un.
Toc, toc.
Vint alors le moment où les pas des humains se rapprochèrent progressivement.
Les humains approchaient de la pièce où se trouvaient Samuel et sa mère.
Clac.
Sa mère, qui avait essuyé ses larmes sans qu'il s'en aperçoive, posa la main sur l'épaule de Samuel et parla d'une voix tremblante.
« Mon enfant, écoute bien ce que j'ai à te dire. »
« …… Oui, Maman. »
Samuel savait ce que sa mère allait dire.
Il savait aussi qu'elle ne l'écouterait pas, même s'il donnait son avis.
C'est pourquoi Samuel obéit aux paroles de sa mère.
« Reste ici, et ne sors sous aucun prétexte. »
Sa mère dit cela en cachant Samuel au fond du placard.
Samuel acquiesça, se recouvrant le corps de vêtements.
« N'ouvre ni les yeux ni les oreilles. Cinq minutes suffiront. »
« Pourquoi ? »
« C'est un jeu. Un jeu pour adultes. Je suis sûre que tu sauras bien le faire puisque tu es mature, Samuel. »
« …… »
Samuel voulait argumenter qu'il n'existait pas de tel jeu.
Mais au moment où il croisa les yeux de sa mère, prêts à se remplir de larmes.
Il n'eut d'autre choix que de faire ce qu'elle souhaitait.
« Je comprends. Je compte jusqu'à cinq. »
« Oui, c'est bien, mon garçon. »
Frou, frou.
Elle caressa une dernière fois le front de Samuel, referma la porte du placard et tourna la tête.
Mon enfant, tu dois survivre.