Fauche Viril passait une bonne journée.
Il s'était retrouvé au cœur d'une bonne affaire, avec seulement deux issues possibles, et toutes deux lui convenaient parfaitement.
Si l'Écuyer Falken finissait par réussir, il aurait réussi à déstabiliser considérablement la loyauté des actionnaires et des parties prenantes envers le président. Peu importait l'absence de preuves, le moment de la tentative, compte tenu des frictions entre le président et Herguson Meine, ferait naître, au minimum, d'importants doutes et une méfiance marquée à l'égard du président.
Si Rui échouait, la situation serait moins idéale, bien que plus volatile, puisque le directeur serait encore en vie et soupçonnerait lui aussi le président avant tout le monde.
Personne n'oserait soupçonner Fauche, l'un des plus fervents soutiens du directeur et un ami proche de celui-ci.
Par ailleurs, si Rui échouait, Fauche obtiendrait dix commissions gratuites de sa part. Ce n'était pas une mince affaire !
Bien que Fauche fût riche, faire appel à des Écuyers Martiaux de l'Union Martiale de Kandrie n'était pas une mince affaire. Des taxes s'appliquaient à toute transaction et échange de services qu'il devait verser tant à l'Empire kandrien qu'à l'Union Martiale de Kandrie, en plus des frais de commission réels pour la mission.
Qui plus est, la monnaie kandrienne était une valeur forte comparée à la monnaie dérisoire de sa nation. Un seul sou kandrien équivalait à cent vingt-sept crolls ! Ces derniers permettaient de se payer trois repas par jour dans la République de Mernea.
Engager Rui lui avait coûté plus d'une douzaine de millions de crolls ! Même pour un multi-millionnaire, dans la République de Mernea, ce n'était pas une somme négligeable.
C'est pourquoi il avait du mal à croire que Rui promette dix commissions gratuites. Il avait examiné tous les documents avec une minutie extrême, cherchant une faille que Rui aurait pu songer à exploiter pour se soustraire aux dix commissions gratuites promises, mais n'avait rien trouvé.
Il semblait que Rui soit en réalité sérieux et sincère.
Une infime partie de Fauche priait pour que Rui échoue. C'est dire à quel point la fortune que Rui offrait était alléchante.
Il ne comprenait pas pourquoi ce jeune homme manifestement jeune faisait un pari aussi téméraire, mais il l'attribua à l'inconscience de la jeunesse. Il supposa que Rui était probablement un Artiste Martial jeune mais talentueux qui avait récemment percé au Royaume d'Écuyer. Il était assez clair qu'il avait laissé son pouvoir et son statut naissants lui monter à la tête et gonfler son ego.
Fauche ne connaissait pas intimement la puissance d'un Écuyer Martial, après tout, la République de Mernea n'avait obtenu le secret de la percée que depuis moins de dix ans. Cependant, il était relativement certain que les Écuyers Martiaux n'étaient pas capables de l'exploit que Rui prétendait accomplir. Selon lui, il était possible que des vétérans Écuyers Martiaux de grade extrêmement élevé, spécialisés dans la précision à longue portée, puissent snipers des cibles à près d'un kilomètre, malgré des conditions atmosphériques hautement défavorables. Mais qu'un misérable Écuyer Martial polyvalent de grade quatre soit capable de cet exploit ?
('C'est impossible.') Fauche secoua légèrement la tête.
« J'invite maintenant le président Herguson Meine à la tribune. » Un sénateur l'invita, et Herguson s'y rendit avec aisance.
Fauche porta la main sur sa poche, où le bouton de l'appareil de communication, une fois pressé, enverrait le signal à Rui pour assassiner Herguson. Rui lui avait déjà communiqué le délai, aussi Fauche devait-il anticiper le timing.
Il écouta attentivement les paroles de l'homme tandis que celui-ci psalmodiait une déclaration officielle.
« Enfin et surtout, je souhaiterais soulever la question concernant l'actuel président de la compagnie Caruntel, Herguson Meine... »
Fauche avait déjà pressé le bouton dès que l'homme avait commencé à prononcer le nom du président.
« ... mauvais jugement et igno- »
BANG
Le mur vola en éclats.
Les Écuyers Martiaux aux alentours reculèrent d'un bond, saisis. Ils se mirent à bouger selon le protocole dès qu'ils virent que quelque chose avait réussi à contourner leurs sens et à s'introduire.
Pourtant, c'était trop peu, trop tard. Même s'ils pouvaient atteindre la vitesse du son eux-mêmes, c'était à vitesse maximale, pas à l'arrêt.
Sans compter qu'ils ne savaient même pas qu'un projectile invisible se déplaçait à la vitesse du son.
SPLAT
La tête d'Herguson, qui était encore en train de faire un point passionné contre le président, explosa.
La cervelle gicla violemment dans toute la salle, couvrant chaque dignitaire présent.
« AAAAAAAAH ! »
« OH MON DIEU ! »
« PUTAIN DE MERDE ! »
À cet instant, le choc pur et la panique qui s'abattirent sur ces individus hautement importants firent s'effondrer leur contenance par ailleurs entraînée. C'étaient des gens habitués à se sentir personnellement en sécurité grâce aux mesures de protection en place. Les têtes qui explosent n'étaient pas quelque chose auquel ils étaient accoutumés.
Les Écuyers Martiaux des deux échelons formèrent immédiatement une sorte de barrière physique entre la direction d'où provenait le tir et les dignitaires qu'ils étaient tenus de protéger. Tant que leurs protégés n'étaient pas évacués en sécurité, ils ne pouvaient pas se permettre de bouger.
Plus facile à dire qu'à faire, avec le chaos total dans la salle. La seule personne qui ne courait pas dans tous les sens ou ne paniquait pas était Fauche. Son visage était couvert de stupéfaction, et de sang, mais surtout de stupéfaction.
('Il a réussi !') Fauche était pétrifié. ('Presque un kilomètre ! Des vents violents ! Des douzaines d'Écuyers Martiaux !')
Il ressentit un profond regret, a posteriori. Il souhaita ardemment que Rui ait échoué, il aurait obtenu dix commissions de cet Écuyer Martial insondable !
('BORDEL !') maudit-il en lui-même. ('Dix commissions gratuites de sa part m'auraient donné un pouvoir considérable ! Rien n'aurait pu m'arrêter s'il avait échoué !')
« MONSIEUR ! BAISSEZ-VOUS ! »
Fauche tressaillit quand un Écuyer Martial lui hurla dessus en plein visage.
« Je sais que vous êtes sous le choc ! Mais votre vie est en danger ! »
L'Écuyer Martial eut une forte envie de plaquer l'homme au sol, mais il n'était pas sûr de pouvoir s'en tirer.