«C'est vrai. » Rui acquiesça, avant de se tourner vers Kane et Fae.
« Désolé les gars, mais je dois vraiment passer voir le personnel d'accueil du service des admissions. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je suis venu ici aujourd'hui. »
« Sûr, pas de souci, à plus. On devrait se retrouver chez moi un de ces quatre. » répondit Kane, arrachant un hochement de tête à Rui.
« J'ai hâte de vous retrouver quand l'année académique commencera. » Fae prit congé courtoisement.
Tous deux lui firent un signe d'adieu avant de partir dans des directions opposées, comme s'ils ne voulaient pas passer une seconde de plus ensemble.
'Qu'est-ce qui leur prend, à ces deux ?' Rui ne put s'empêcher de se demander à ce stade.
« Tu te choisis des amis intéressants. » nota Julian, lui lançant un sourire en coin. « Mais ils n'ont pas l'air de s'entendre, pour une raison quelconque. »
« Ouais, c'est bizarre. Ce sont des connaissances, probablement parce qu'ils sont tous les deux issus directement de familles de Sages Martiaux. » Rui haussa les épaules. « Ils doivent avoir un passif commun. »
« Hum, bref, allons-y maintenant. » dit Julian en menant la voie le long d'un long, large et ostentatoire couloir. Le décor était si extravagant que Rui ne put s'empêcher de se demander s'il se trouvait dans une école ou au Palais Royal. L'or, le platine, l'argent striaient le décor. L'architecture était si inutilement tape-à-l'œil qu'elle amena Rui à s'interroger sur sa réelle fonction.
'C'est presque comme si l'Académie Martiale, non, l'Union Martiale faisait une déclaration à tous les étudiants qui foulent son Académie.'
C'est une chose d'afficher son prestige avec des équipements et des commodités qui ont une utilité réelle, c'en est une autre de gaspiller des ressources dans quelque chose d'aussi vain.
'C'est presque comme s'ils cherchaient délibérément à rivaliser avec les standards royaux.'
Il avait déjà vu à quoi ressemblait le faste royal lorsqu'il avait aperçu de loin les dépendances royales mantiennes quelques années plus tôt.
'Peut-être qu'ils sont en concurrence avec la Famille Royale.' Ce n'était que pure spéculation de la part de Rui. Mais il ne pensait pas que deux entités distinctes disposant d'un pouvoir économique et militariste immense au sein d'une même nation puissent s'entendre.
'Pas que je connaisse quoi que ce soit à la politique.' Il en connaissait les bases sur Terre, et seulement les bases parce qu'il ne s'en était jamais soucié, jamais. Il n'avait pas voté une seule fois de toute sa vie. Gouvernement démocrate ou républicain, quel impact concret au quotidien cela avait-il sur sa vie ?
En fin de compte, de riches ambitieux assoiffés de pouvoir se querellaient pour plus de pouvoir et plus d'argent, dont la majeure partie provenait au détriment de la classe la plus pauvre et la plus défavorisée de la société. Sur Terre, il n'avait même pas voulu tremper ne serait-ce qu'un orteil dans cette mare fangeuse de la société moderne.
Heureusement, il gagnait assez d'argent pour ne pas être trop affecté, quel que soit le changement de paysage politique. Ses revenus étaient dans la classe moyenne supérieure, et il menait une vie frugale et sans passif ; avec cet argent, il n'avait pas à en avoir quoi que ce soit à foutre et pouvait se consacrer à ce qui lui tenait le plus à cœur, la recherche sur le combat.
'Mais peut-être que je devrais m'intéresser à la politique de ce monde, dans une certaine mesure.'
La raison était simple :
L'existence, ainsi que l'impact de l'Art Martial.
Inutile d'être un expert politique pour voir que l'Art Martial avait un impact énorme sur les considérations politiques, sa simple existence en était la preuve. Il était hautement probable que le monde aurait une tout autre allure sans l'Art Martial.
En tant qu'aspirant Artiste Martial et amoureux de l'Art Martial. L'impact de la politique sur Gaïa aurait probablement une incidence bien plus grande sur lui, s'il parvenait à devenir Artiste Martial, que sur Terre. Après tout, sur Terre, il n'était personne. Juste un rouage parmi 320 000 000 d'Américains environ. Mais en tant qu'Artiste Martial, il ferait partie de l'« élite » militariste du un pour cent.
Rui n'était pas arrogant, mais les Artistes Martiaux influençaient la politique bien plus que les autres citoyens, c'étaient des armées entièrement autonomes sur deux jambes. Impossible qu'un tel pouvoir ne se mélange pas à la fange politique, avec ou sans leur consentement, tant qu'ils vivaient en société.
'Si c'est le cas, je devrais faire attention. Je devrais aussi me tenir mieux informé sur le climat politique actuel. À l'avenir.'
Rui haussa les épaules. Faire des plans de précaution vagues et génériques était le mieux qu'il puisse faire. Il manquait trop d'informations et trop de pouvoir pour même s'embêter avec quelque chose de plus.
« On a l'air d'être arrivés. » lui dit Julian. Ils étaient parvenus dans une pièce ressemblant à un grand hall de réception.
« Toujours aussi chic. » nota Rui. La pièce était remplie d'une série de guichets avec le personnel d'un côté et les étudiants de l'autre, éclaircissant leurs doutes.
« Il y a une place libre là-bas, allons-y. » fit Julian en gesticulant. Ils occupèrent les sièges face à un guichet vide tandis qu'un membre du personnel les accueillait.
« Comment puis-je vous aider. »
« Il y a plusieurs choses sur lesquelles j'aimerais en savoir plus, mais plus particulièrement, j'espérais que vous pourriez m'en dire plus sur le programme de bourses. » répondit Rui. C'était la question la plus importante pour lui à l'heure actuelle. Il devait se qualifier pour obtenir une bourse, et pour cela, il devait en apprendre davantage.
Le membre du personnel acquiesça avant de répondre.
« Absolument. Le programme de bourses a été mis en place pour aider les étudiants qui ne peuvent pas assumer les frais de scolarité, de logement et autres frais qui finissent par s'accumuler en une somme plutôt conséquente par année académique. Vous pouvez contracter ces frais comme une dette et la rembourser quand vous deviendrez Artiste Martial. »
« Le livret d'information fourni précise un mode de paiement spécifique, c'est bien ça ? Pouvez-vous nous en dire plus ? »
« En effet. Laissez-moi vous donner un bref aperçu du système de contrats de l'Union Martiale avant de parler du remboursement de la dette de bourse. Une fois diplômé de l'Académie en tant qu'Écuyer Martial, vous négocierez un contrat avec l'Union Martiale qui décrira la structure de paiement et les taux auxquels vous serez rémunéré, en échange de l'accomplissement de missions commanditées à l'Union Martiale par des clients. Par exemple, un contrat courant proposé par l'Union est le contrat à commission, plus connu sous le nom de Contrat à Reedevances. Vous toucherez une proportion précise des honoraires de commission payés par les clients pour une mission. Quelque chose comme, disons, quarante pour cent. Donc, si un client commande une mission de garde du corps pour cent silvers, par exemple, vous en recevrez quarante, et les soixante restants iront à l'Union Martiale. »
« Dans ce cas, si vous avez une dette de bourse, vous pourrez la rembourser en acceptant un Contrat à Reedevances inférieur de vingt pour cent. » continua-t-il.
« Le Contrat à Reedevances n'est qu'un type de contrat que l'Union propose, mais entrer dans les détails du système contractuel n'est pas nécessaire. L'essentiel est que, quelle que soit la structure de contrat que vous négociez avec l'Union Martiale lors de votre inscription, votre dette sera prise en compte dans le contrat et vous signerez un contrat qui réduira effectivement vos revenus jusqu'au remboursement de votre dette. »
'Intéressant...'