Rui aurait menti s'il avait affirmé ne pas être profondément attiré par l'idée de faire évoluer son sang grâce à l'espèce du tourbillonneur sanguin. Il devint évident que le Culte du Sang avait bel et bien pris contact avec le Médecin Divin il y a bien longtemps, ce qui expliquait comment ils avaient mis la main sur un tel spécimen, que son Illumination de l'Arbre de Vie reconnut comme une espèce artificielle créée avec de multiples branches évolutives dans le règne végétal.
Il fut émerveillé d'apprendre que le Médecin Divin était parvenu à créer des espèces artificielles dans le but précis de faire évoluer le sang, au point que le Culte du Sang les utilisait encore des siècles plus tard.
'Quand je rentrerai, il faudra que je m'assure qu'on l'exploite à bon escient.'
La biotechnologie était une arme puissante que ce monde n'exploitait guère. Rui se rappela comment le Médecin Divin avait survécu pendant des années dans les profondeurs du Domaine des Bêtes grâce à ses seules connaissances et son habileté. Ce fut d'autant plus vrai lorsqu'il traversa des zones que même les Seniors auraient trouvées extrêmement dangereuses.
Il réalisa que l'Empire kandrien pourrait bien mieux l'employer. Quoi qu'il en soit, il se recentra sur le présent.
« …Je suis intéressé. » Rui riporta son regard sur le Seigneur du Sang Vrukshus. L'homme sourit avec une compréhension entendue. « Je m'en doutais, vu ton penchant pour les trésors nationaux des nations. Et quel Artiste Martial ne voudrait pas voir le sang de son Corps évoluer vers un niveau encore supérieur ? Mais, malheureusement, je ne peux pas te l'offrir gratuitement. »
Rui haussa un sourcil. « Vous avez parlé d'une faveur… »
« Exact », remarqua le Sage Martial. « Si tu t'acquittes de cette faveur, je te laisserai consommer cette ressource et devenir encore plus fort que tu ne l'es maintenant. »
« …Évidemment, ça dépend de la faveur », fit Rui sur un ton suspicieux. « Si c'est quelque chose que je suis capable et disposé à faire, alors c'est entendu. »
Le sourire du Seigneur du Sang Vrukshus devint mystérieux tandis qu'il dévisageait Rui avec une pointe de cupidité. « Viens, laisse-moi te présenter la Déesse du Sang. »
L'homme lui fit signe de le suivre tout en continuant de descendre plus profondément dans le trésor du Culte du Sang.
Rui haussa un sourcil. « Déesse du Sang ? »
Les yeux d'Amare s'illuminèrent quand elle reconnut le nom. « Je me souviens d'elle. C'est une Maître Martiale du Culte du Sang. Une sorte de princesse. »
Rui fronça les sourcils. « Princesse ? Du Culte du Sang ? »
Le Seigneur du Sang éclata de rire. « Je comprends que tu aies eu cette idée, mais je suppose qu'elle n'est pas tout à fait fausse. Tu vois, elle est bien plus qu'une princesse. Elle est, comme son titre l'indique, notre déesse. »
Rui fronça encore plus les sourcils.
Déesse du Sang était un titre étrange pour une Maître Martiale du Culte du Sang alors que le Dieu du Sang était un Transcendant Martial. L'écart entre les deux était si énorme qu'il en était franchement insultant pour le Transcendant Martial de voir le titre d'une Maître Martiale être Déesse du Sang.
Le Seigneur du Sang parut comprendre ce qui lui passait par la tête. « Son titre lui a été donné par le Dieu du Sang lui-même. »
Les yeux de Rui s'écarquillèrent.
« …Et c'est amplement justifié, tu verras. » Le Seigneur du Sang sourit. « Son sang est la clé pour élever le sang de l'humanité toute entière. Pas jusqu'à la divinité, pas par elle seule, mais tout de même davantage de progrès que tout le Culte du Sang réuni. Tu vois, c'est le membre le plus haut placé du Culte du Sang, même au-dessus de moi, du fait de ses contributions immenses à notre but ultime. Elle a accompli bien plus pour lui que moi-même. »
Rui devint de plus en plus perplexe au fur et à mesure que le Seigneur du Sang s'épanchait sur la Déesse du Sang. Ils s'enfoncèrent toujours plus loin dans le trésor, jusqu'à déboucher sur une porte géante au fond.
CLAC
La porte s'ouvrit sur un laboratoire sphérique qui tournait autour d'une immense colonne cylindrique de verre remplie à ras bord d'un liquide transparent.
En son centre, une femme inconsciente flottait dans le liquide, un appareil respiratoire fixé au visage et de multiples tubes et aiguilles plantés dans sa peau bronzée et son corps nu.
Ses cheveux couleur sang ondulaient lentement, en apesanteur dans le liquide.
Il était clair que tout le laboratoire gravissait autour d'elle. Les chercheurs et savants réunis surveillaient son état avec une attention de faucon et le plus grand soin. Rien que leur langage corporel disait à Rui qu'ils lui vouaient une révérence, et il pouvait percevoir nettement leur profond respect grâce à son sens mental.
« Vois… » sa voix devint profondément grave. « La Déesse du Sang. »
À ce stade, Rui comme Amare étaient très confus.
« Dis-moi… » commença le Seigneur du Sang sur un souffle tremblant. « Sais-tu pourquoi les Corps Martiaux ne peuvent pas se reproduire avec des humains normaux à moins de renoncer à faire évoluer les parties clés de leurs organes reproducteurs ? »
Rui haussa un sourcil. « …Parce que leur ADN et leur constitution chromosomique divergent de ceux de l'être humain. Ils deviennent essentiellement leur propre espèce de primates évolués unique, semblable aux parents de notre genre. »
« C'est une explication parfaite », acquiesça le Seigneur du Sang avec appréciation. « Les Corps Martiaux sont incapables de transmettre leur sang évolué à leur descendance parce qu'ils sont simplement génétiquement incompatibles avec l'espèce humaine. La probabilité de maintenir une compatibilité reproductive avec l'espèce humaine est astronomiquement infime, inférieure à une sur un billion. Mais… »
Il se tourna vers Rui avec des yeux intenses. « …mais ce n'est pas impossible. »
Rui sentit des frissons en comprenant où cela menait.
Ses yeux s'écarquillèrent de choc tandis qu'il contemplait la Déesse du Sang en suspension.
« Nous avons été bénis de cette possibilité infime. »
Sa voix était triomphante.
« Nous avons été bénis d'un Corps Martial capable de transmettre son sang extraordinaire à sa descendance. »
Ses yeux brillaient de cupidité.
« Nous avons été bénis d'une femme capable d'enfanter des enfants évolués. »
L'air vibra d'une tension picotante.
« Nous avons été bénis de la Déesse du Sang. » Son rictus s'élargit. « Celle qui peut répandre son sang divin à toute l'humanité ! Voici le premier Corps Martial dont la compatibilité reproductive avec l'espèce humaine est confirmée ! »