Si les rumeurs de la percée record de Rui vers le Royaume de Maître avaient envoyé des vagues à travers l'Est du Panama, la nouvelle du réveil de l'Empereur de l'Harmonie y envoya des tsunamis, des avalanches et des inondations.
Une annonce du Palais Royal secoua le monde jusqu'en ses fondations.
« Par le pouvoir qui m'est conféré par le Sceau Royal, je déclare et annonce par la présente à l'Empire kandrien le rétablissement complet du troisième empereur de Kandrie, l'empereur Rael Di Kandria. — Chancelier Royal Mandaine Vermont. »
« Quoi ?! » « L'Empereur de l'Harmonie a guéri ?! »
« Longue vie à l'Empereur ! »
« Gloire à l'empereur Rael ! »
Pas un seul d'entre eux, hormis ceux qui étaient dans le secret, ne put contenir sa stupeur. Nations, corporations, organisations, institutions, jusqu'aux artistes martiaux de premier plan de tout le continent, tremblèrent devant l'annonce largement diffusée et relayée par le Palais Royal.
Bien que les médias d'information soient moins populaires sur Gaïa que sur Terre, d'innombrables journalistes et reporters avaient envahi le Palais Royal, forçant la Force de Sécurité Royale à dresser des barrières, des restrictions et des lignes de garde pour empêcher ces hommes et femmes assoiffés de nouvelles de déferler dans l'Empire kandrien.
Les nombreux blocs de pouvoir et factions au sein de l'Empire kandrien restèrent abasourdis au-delà de ce que les mots peuvent dire. Chacun d'eux avait acté la mort de l'Empereur de l'Harmonie.
Engloutis dans une guerre du trône qui embrassait tous les plus hauts échelons de Kandrie, ils avaient été profondément ébranlés par les conséquences de la maladie de l'empereur Rael.
Ils avaient versé leur sang dans leur guerre froide pour le trône.
Une quantité incommensurable de richesses, de ressources, de capitaux et de temps avait été investie dans la Guerre du Trône kandrienne.
Et pour quel résultat ?
Avec le retour de l'Empereur de l'Harmonie, l'issue de la guerre du trône n'avait plus d'importance.
Même si le Prince Final n'était pas le vainqueur, même si le prince ou la princesse qu'ils soutenaient l'emportait, cela n'avait plus d'importance.
Le Retour de l'Empereur de l'Harmonie engendra une frustration profonde chez ceux qui avaient souffert de la Guerre du Trône kandrienne.
Les perdants de la guerre du trône étaient déprimés.
Pourtant, les vainqueurs l'étaient encore davantage.
La Faction Rui grinca des dents, poings serrés, les yeux injectés de sang.
Ils avaient dormi sur leurs deux oreilles tout ce temps, sachant que d'ici peu Rui monterait sur le trône après que l'empereur aurait trépassé. Certains avaient investi des milliards de pièces d'or et s'étaient livrés à un investissement perdant. Chacun des nombreux parties prenantes de Rui l'avait soutenu de multiples façons, en échange de promesses contractuelles que Rui devait honorer une fois sur le trône.
Désormais, ces investissements étaient engloutis.
Les contrats étaient automatiquement caducs.
Ils ne pouvaient même pas en vouloir à Rui. Après tout, il n'avait aucun contrôle ni influence sur l'état de santé de l'Empereur de l'Harmonie.
Bien sûr que non.
Ç'aurait été absurde.
« Putain… ! » L'expression du Maître de guilde Bradt se figea dans un mécontentement grave, rare moment de perte de contenance. Il avait été l'un des plus ardents soutiens de Rui et son plus grand bienfaiteur. Parmi tous, il avait sans doute le plus souffert.
Beaucoup de ses plans avaient été entièrement détruits par le retour de l'Empereur de l'Harmonie. De nombreuses stratégies à long terme avaient été totalement invalidées maintenant que Rui ne pouvait plus accéder au trône.
« Pfu… » Le Président Decker laissa échapper un soupir las. « … C'est pour ça qu'on ne parie pas sur la politique. »
Tous deux n'auraient qu'à encaisser leurs pertes et passer à autre chose. Pourtant, malgré leur autocommisération, la plupart des parties prenantes de Rui éprouvaient la plus grande pitié pour lui. Malgré ses six années d'efforts acharnés, tout était parti en fumée. Malgré sa percée vers le Royaume de Maître, si les rumeurs étaient fondées, il se voyait privé du trône.
Aucun d'eux ne pouvait imaginer ce qu'il traversait.
Il avait travaillé avec une dureté et une diligence extrêmes depuis qu'il avait été dévoilé comme le Prince Final de Kandrie.
Il avait personnellement fait le lobbying de tous, un par un, menant la Guerre du Trône kandrienne et finissant par la dominer et s'assurer la victoire lorsqu'il obtint le vote décisif en battant le Gardien en duel.
Même après sa victoire, il ne se reposa pas, accumulant encore plus de pouvoir en formant des harems. Bien que nul ne comprenne vraiment pourquoi il s'était mis récemment à éliminer tous les harems qu'il avait patiemment construits sur trois ans. Quoi qu'il en soit, il avait aussi cultivé sa puissance martiale jusqu'à atteindre le Royaume de Maître. Tout cela visait indubitablement à saisir autant de pouvoir que l'Empereur de Kandrie et à mener la nation à des sommets encore plus hauts que son père.
Pourtant, tout cela était désormais vain.
Ils ne pouvaient même pas imaginer la douleur et la frustration qu'il avait dû ressentir en apprenant qu'il ne pourrait pas monter sur le trône. Ils ne pouvaient qu'espérer que, dans son chagrin, il ne commettrait rien de radical, submergé par l'émotion.
L'annonce du Retour de l'Empereur de l'Harmonie secoua quiconque l'entendit, alors même que le monde commençait à peser les implications d'un tel événement extraordinaire sur l'avenir de l'Empire kandrien et sur la dynamique géopolitique de tout l'Est du Panama.
Pourtant, pendant que le monde vacillait sous le choc du retour de l'empereur Rael, Rui se retrouva face à l'homme, dans sa chambre médicale, à le regarder dans les yeux.
Sa peau rayonnait d'un lustre sain.
Ses yeux et ses cheveux étincelaient d'une lumière dorée.
Son corps bouillonnait de vitalité et d'énergie.
Il n'avait pas seulement été guéri ; il était revenu à son apogée même grâce à la magie du Médecin Divin. Une aura de puissance majestueuse irradiait de ses tréfonds.
Elle inspirait la stupeur.
Elle inspirait la déférence.
Elle inspirait la révérence.
Un doux sourire effleura son visage apaisé tandis qu'il posait son regard sur Rui, debout devant lui.
« Mon fils. »