En réfléchissant aux classes de missions, il rayait d'emblée les opérations clandestines. Les prérequis en compétences pour ces missions étaient bien plus pointus et étendus que pour les autres classes. Il fallait des capacités de furtivité, de perception, d'infiltration et d'espionnage que Rui ne possédait tout simplement pas.
S'il était vrai qu'il avait maîtrisé le Clignement, celui-ci ne suffisait pas à lui seul. Le Clignement avait des faiblesses : son déclenchement et son emploi échappaient largement au contrôle de Rui. Il ne pouvait pas l'utiliser à volonté, car il avait besoin que son adversaire cligne des yeux.
De plus, plus le nombre de cibles augmentait, plus l'application du Clignement devenait exponentiellement difficile. Les gens ne clignent pas des yeux en même temps, d'ordinaire. Ces deux lacunes majeures rendaient le Clignement mal adapté aux exigences des opérations clandestines. L'espionnage et l'infiltration demandent du rythme, de la justesse et un contrôle précis. Le Clignement n'est tout simplement pas une technique dont le timing peut être maîtrisé ; c'est un fait inhérent à sa nature même.
Peut-être apprendrait-il davantage de techniques orientées vers la furtivité au prochain cycle d'entraînement.
'Non...' Il secoua la tête. 'Le prochain cycle sera centré uniquement sur le combat face à face, à cause du Festival Martial.'
La plupart des épreuves du Festival Martial étaient des duels en un contre un ; la furtivité y était largement superflue. Il ne voulait pas gaspiller l'un de ses emplacements de technique pour apprendre des techniques de discrétion qu'il n'utiliserait presque certainement pas.
Bien qu'il ait l'intention de diversifier son Art Martial vers d'autres classes, cela devrait attendre la fin du Festival Martial de Kandrie.
Il se détourna des missions d'opérations clandestines. Un jour, il en entreprendrait une, mais pas aujourd'hui.
Il n'avait vraiment pas envie de s'engager dans une mission de classe défensive pour l'instant.
« Il reste... » Il se tourna vers la section offensive et la section divers de la bibliothèque.
Il s'engagea immédiatement dans la section offensive. Il n'y avait pas photo entre des missions centrées sur l'assaut et un fatras hétéroclite de missions bizarres qui n'avaient leur place dans aucune autre classe.
Un point frappait d'emblée dans la section offensive : la grande majorité des fiches de mission, rangées sur les étagères, portaient un insigne particulier gravé dessus.
'L'Insigne Royal.' Songea Rui. L'assaut restait largement interdit dans l'Empire Kandrien ; si la plupart des différends physiques domestiques n'allaient pas jusqu'à la poursuite, le gouvernement kandrien et la Famille Royale ne toléraient pas la marchandisation de la violence à l'intérieur des frontières du pays. Cela n'aurait fait qu'engendrer la tyrannie à grande échelle, les plus fortunés pouvant s'approprier le monopole de la violence.
Bien sûr, comme pour tout service ou bien illégal, il existait un marché noir et une pègre qui fournissaient de tels services. Un exemple moins extrême serait les gangs locaux que les Lowminers avaient effectivement payés pour gérer leurs basses œuvres.
Par conséquent, une proportion écrasante des commissions pour violence non provoquée reçues par l'Union Martiale provenaient de la Famille Royale, par l'intermédiaire des branches chargées de l'application de la loi de l'Empire Kandrien.
Ces commissions avaient toutes reçu l'autorisation royale et étaient parfaitement légales.
Alors que Rui arpentait la section, il put voir une variété de types de missions. Des missions de capture ciblant des criminels connus trop dangereux pour que de simples agents des forces de l'ordre puissent les arrêter. Des missions d'exécution dont l'objectif était la mort d'une cible ou de plusieurs. Il y avait aussi des missions centrées sur la destruction de propriété autorisée par la Couronne. Beaucoup de missions étaient liées à des activités criminelles.
Même parmi celles-ci, nombre d'entre elles étaient connectées à des objectifs touchant au milieu souterrain et à la pègre. On avait l'impression que la Famille Royale déchargeait tout ce travail sur l'Union Martiale.
Ce qui, d'une certaine manière, avait du sens. L'Union Martiale et le milieu souterrain étaient probablement des yeux au beurre noir pour la Famille Royale, qui voulait sans doute conserver le maximum de pouvoir et de contrôle sur l'Empire Kandrien. Ces deux géants se dressaient sur la route de son ambition, et il n'y avait pas grand-chose de significatif qu'elle puisse faire.
Surtout contre l'Union Martiale, qui était vitalement cruciale pour l'Empire Kandrien.
Le milieu souterrain, en revanche, beaucoup moins. La Famille Royale était parvenue à mettre ses deux épines dans le pied à s'entre-tuer en déversant une grande partie de la charge de travail centrée sur la répression du milieu souterrain via l'Union Martiale. Rui put du moins le percevoir.
Le milieu souterrain était un problème trop tenace, quasi impossible à combattre de front. Cela tenait bien moins à la Famille Royale elle-même qu'à la nature humaine.
Si Rui avait appris quelque chose durant son temps sur Terre, c'est qu'on ne peut pas faire la guerre au milieu souterrain et gagner, pour une raison très simple :
Là où il y a une demande, il y aura aussi une offre. C'était presque une loi de l'humanité.
Le gouvernement des États-Unis avait fait la guerre à l'approvisionnement illégal d'alcool et l'avait perdue lamentablement. Il menait encore la guerre à la drogue et la perdait à nouveau de façon ridicule.
Le piratage en ligne, malgré les lois sur le droit d'auteur, était rampant. Les pirates parvenaient à fournir films, séries, romans et jeux, et pas un seul foutu être humain ne pouvait l'empêcher.
C'est pourquoi la Famille Royale s'était tout bonnement lavé les mains de cette affaire en la confiant à l'Union Martiale, en échange d'une quantité inimaginable de fonds, de ressources et de privilèges.
Pas que l'Union Martiale s'en sortît plus aisément, mais les commissions étaient utiles car elles occupaient les Artistes Martiaux et permettaient à l'Union Martiale et à ses membres de se maintenir.
Rui avait pris sa décision.
Il était temps pour lui d'entreprendre une mission de classe offensive.
De toutes les classes de missions, la classe offensive garantissait le combat bien plus que les autres. C'était littéralement une classe de mission qui tournait autour de l'attaque de personnes !
Ce serait une bonne expérience pour le Festival Martial. Cette seule raison suffisait à justifier sa décision.