La première étape qu'il devait franchir, maintenant qu'il avait entamé sa phase d'entraînement, consistait à habituer son corps à produire un excès de myostatine pour contrer le virus d'Herenal au moment où il l'inoculerait. La myostatine limitait la croissance musculaire ; entraîner son corps à en sécréter en surabondance afin de compenser la protéine que le virus consumait s'avérait indispensable pour préserver son physique naturel lorsqu'il n'utilisait pas la Surge Hypertrophique.
La méthode optimale était tout simplement d'entraîner son organisme à neutraliser le virus en son sein. Plus précisément, à générer un surplus de myostatine pour combler le déficit provoqué par le virus. Ce n'est que lorsque l'excès compenserait la carence que son corps parviendrait à maintenir son état naturel.
Telle était la première étape. Introduire le virus dans son organisme et s'assurer que celui-ci apprenait à coexister avec lui en annulant purement et simplement ses effets néfastes. Le virus dévorerait la myostatine, tandis que le corps la produirait en continu. Cet équilibre permettrait à son enveloppe charnelle de demeurer inchangée.
La seconde étape consistait à apprendre à couper la production excédentaire de myostatine par le corps.
Car la technique de Surge Hypertrophique exigeait que toute trace de myostatine disparaisse de son organisme. Une fois cette protéine absente, les muscles ne seraient plus freinés et pourraient grossir et se renforcer. Telle était bien l'essence même de la Surge Hypertrophique : elle faisait croître ses muscles en volume et en densité en éliminant toute la myostatine du corps, en laissant le virus la manger ou la détruire.
Il lui fallait donc un moyen d'ordonner à son corps de cesser de produire cette myostatine supplémentaire destinée à contrer le virus myostatino-phage ; seulement alors la Surge Hypertrophique pourrait s'activer par l'action du virus dévorant la myostatine.
Cela paraissait d'une difficulté extrême, yet il avait déniché une solution viable dans des méthodologies d'entraînement basées sur l'association de déclencheurs à l'effet désiré. Malheureusement, cette partie requérait soit une maîtrise accomplie de l'auto-hypnose, soit l'hypnose prodiguée par un autre Artiste Martial.
Rui envisageait sérieusement d'apprendre les techniques hypnotiques à l'avenir, mais pour l'heure le Projet Metacorps primait. Il compta donc sur le patronage du Maître Deivos pour faire hypnotiser par un Senior Martial.
« Senior Cayne, » salua Rui le Senior Martial. « J'apprécie votre aide pour mon entraînement. »
« Je ne le ferais pas sans les instructions du Maître Deivos, » grogna-t-elle. « Dépêchons-nous. »
Rui sourit en coin. « Cela ne prendra pas plus d'une exécution unique de la technique hypnotique nécessaire. »
La technique en question n'était rien d'autre qu'un procédé plongeant Rui dans un état mental où il devenait réceptif aux suggestions susceptibles de s'enraciner dans son esprit. S'y soumettre lui permettrait de créer de nouvelles associations mentales entre un déclencheur et l'événement effet.
Cela pourrait lui permettre d'associer un déclencheur à l'arrêt total de la production de myostatine.
Tout ce dont il avait besoin était de vivre le déclencheur en même temps que l'effet désiré, tout en étant sous l'emprise de la technique d'hypnose mentale qui le rendait extrêmement perméable à l'acceptation subconsciente de nouvelles associations.
Cela signifiait que le déclencheur et l'effet déclenché devaient être générés artificiellement de façon simultanée, sous l'effet de la technique d'hypnose.
Le déclencheur était un schéma respiratoire très spécifique. Il le jugea optimal. Après tout, il lui fallait un déclencheur qu'il ne pourrait pas actionner par erreur. Car s'il était déclenchable par mégarde, ce serait catastrophique en plein combat.
C'était d'autant plus grave s'il s'activait alors qu'il utilisait une autre technique Metacorps. Il avait déjà vu le résultat de l'emploi de deux techniques Metacorps à la fois. L'idée de pouvoir se tuer par erreur était inacceptable. Il veilla donc à choisir un schéma respiratoire radicalement étranger à la respiration normale comme à toutes ses techniques de respiration.
Cela couvrait la partie déclencheur, mais il lui fallait aussi générer simultanément l'état zéro-myostatine dans son corps pour l'associer au déclencheur.
C'est pourquoi il allait s'inoculer le virus d'Herenal, afin de créer des états zéro-myostatine à associer au déclencheur.
Ils se trouvaient tous deux dans une salle d'entraînement équipée d'un siège pourvu de menottes et de sangles. Une équipe médicale attendait à proximité.
« Nous pouvons commencer, » acquiesça Rui en enfilant des vêtements spéciaux, d'une souplesse extrême et capables de s'adapter aisément à toute morphologie. Confortablement.
CLAC CLAC CLAC !
Rui souffla tandis que les entraves du siège ceinturaient fermement son corps. C'étaient des entraves de niveau Écuyer, conçues pour retenir les Écuyers Martiaux les plus puissants.
Rui fit un signe à l'équipe médicale ; celle-ci prépara aussitôt une petite seringue contenant un fluide translucide.
C'était le virus.
Il retint son souffle tandis qu'un des médecins injectait le liquide dans son sang, avant que l'équipe ne se retire prestement.
Rui retint sa respiration comme si de rien n'était pendant plusieurs secondes.
La tension dans l'air persista quelques minutes.
Ce fut alors que tout commença.
« Ourgh ! » Rui grimça tandis qu'une vague parcourait son corps. Ses muscles se mirent à brûler de douleur, sa chair à hurler comme si elle était déchirée de l'intérieur.
Pourtant il endura, se tournant vers le Senior Martial.
« Je vous en pr — » CLAC !
Un claquement sec qu'elle produisit avant qu'il n'ait fini sa phrase le secoua, le prenant de court ; quand il réalisa pleinement ce qui venait de se passer, sa technique avait déjà fait effet.
L'hypnose, comme domaine, tente de transmettre des suggestions au subconscient en contournant les barrages conscients qui font obstacle. Sur Terre, on ne parvenait à franchir la barrière consciente vers le subconscient que si la cible l'acceptait. Les Artistes Martiaux, en revanche, n'étaient liés par aucune telle limite.