L'un des défis auxquels se heurtait Rui actuellement était qu'il ne présentait pas la meilleure compatibilité pour les poisons. Il se remémorait l'échec de sa précédente tentative pour concevoir une technique impliquant le venin, un revers attribuable à son aptitude limitée dans ce domaine précis.
Bien que regrettable, il ignorait ce qui constituait exactement une telle affinité. S'il s'était provisoirement résigné à cette contrainte, il n'en avait nullement renoncé à exploiter des techniques toxiques plus tard.
En tant qu'homme visant à pouvoir s'adapter afin de vaincre n'importe quel adversaire sur Terre, il lui fallait maîtriser des procédés poison. Après tout, il existait presque assurément quelque part un Artiste Martial qui, peut-être, ne pourrait être mis hors combat que par un venin.
Dans un tel cas, sans technique de ce type, Rui serait incapable de s'y adapter.
Cela lui était intolérable.
La Rosée du Faucheur n'était bien sûr pas un poison que Rui comptait employer offensivement. Il envisageait plutôt de l'utiliser de manière complémentaire.
La technique en question nécessitait de toute façon peu d'efforts initiaux. De plus, Rui n'avait pas besoin de se conditionner spécifiquement pour neutraliser ses effets, contrairement à ce que faisait l'Écuyer Herea. Au contraire, il voulait précisément subir l'effet du poison. Tel était l'objectif même.
Il avait impérativement besoin que le venin agisse sur son corps, sinon il ne pourrait générer le carburant nécessaire pour éviter que son facteur de guérison ne ralentisse par manque de ressources.
'Intégrer l'élément toxique au Tissage sanguin transformerait la technique en un système de redistribution cellulaire.', songea-t-il.
Il s'agissait fondamentalement de détruire des cellules dans certaines zones du corps pour les convertir en carburant destiné à de nouvelles cellules dans une zone lésée.
Rien ne différenciait ce procédé d'un simple transport de cellules d'une région à une autre.
Il trouva intéressant de constater que le procédé qui le lui permettait, le Tissage sanguin, consistait essentiellement à combiner quatre techniques distinctes, chacune prenant en charge une partie différente du mécanisme, afin que l'ensemble fonctionne de concert.
Il plongea immédiatement dans la Bibliothèque Martiale de la Secte Flottante, à la recherche de la technique toxique concernée.
Pourtant, il ne put s'empêcher de feuilleter rapidement les différentes entrées sur les poisons et leurs méthodes associées.
Les venins n'étaient pas cantonnés à une seule approche ; selon leur polyvalence, un poison pouvait donner accès à plusieurs techniques différentes.
Il découvrit que la Rosée du Faucheur ne possédait qu'une unique application technique : elle introduisait le venin dans le tissu épithélial pour le transmettre immédiatement à quiconque entrait en contact avec l'utilisateur, déclenchant alors une nécrose cellulaire instantanée.
'Hum, je ne veux pas que ça arrive.' Rui fronça les sourcils. 'Je vais devoir supprimer cette partie. Sinon, ça va être une vraie putain de galère.'
Il ne souhaitait pas transmettre le poison à autrui par simple contact, comme le feraient des spécialistes toxiques. Il voulait utiliser la Rosée du Faucheur sur son propre corps, et non sur son adversaire.
Il ouvrit rapidement le manuel technique en parcourant frénétiquement la méthode d'entraînement associée.
'…Intéressant.'
De nombreuses techniques orientées poison exigent d'acclimater l'organisme pour qu'il puisse absorber un venin sans conséquences néfastes, tout en l'entreposant et en le maintenant sous contrôle. Le principe fondamental permettant y parvenir apparut effectivement fort intéressant à Rui.
C'était, à certains égards, une version fortement édulcorée du processus de percée vers le Royaume d'Écuyer. Néanmoins, il reposait bel et bien sur une évolution cellulaire à petite échelle et limitée, indispensable pour intégrer une nouvelle substance à l'organisme.
Rien en comparaison de l'ampleur phénoménale de l'évolution qu'engendre la percée vers le Royaume d'Écuyer, mais cela restait suffisant pour modifier profondément la manière dont le corps interagissait et réagissait face à un poison donné.
Puisqu'il n'y avait là qu'un seul changement à opérer, il devenait possible de l'obtenir avec des moyens relativement modestes.
'Intéressant… Les utilisateurs de poison s'appuient donc sur le potentiel des techniques de venin pour accroître leur puissance.'
Il eut récemment quelques intuitions capitales concernant la Voie Martiale, ce qui lui permit de mieux cerner les Arts Martiaux axés sur le venin qu'auparavant.
Les humains possédaient un potentiel démesuré, et la Voie Martiale, entre autres, constituait un voyage vers l'actualisation de ce dernier par l'intermédiaire des Arts Martiaux. Même à titre d'Apprenti Martial, chaque technique acquise optimisait le rendement et l'efficacité de l'énergie produite par le corps humain.
Pour les Artistes Martiaux spécialisés dans le venin, cela signifiait probablement le potentiel intrinsèque du corps humain à s'approprier un poison en parvenant à le survivre sans broncher. Une fois l'élément toxique intégré à l'organisme, celui-ci gagnait à son tour le potentiel d'être canalisé via des Arts Martiaux orientés poison.
Il s'agissait simplement d'une forme de potentiel inhabituelle, absente chez la majorité des individus, mais ceux qui en étaient dotés finissaient par développer une Voie Martiale, puis un Corps, naturellement accordés au venin.
Rui se plongea aussitôt dans l'étude détaillée du sujet, sans s'attarder outre mesure sur une éventuelle incompatibilité avec le poison. Il suffirait de minimiser au maximum le dosage incorporé à son organisme. Peu importait le reste : il devait uniquement être capable de libérer ladite substance dans sa chair à chaque fois qu'un surplus d'endurance ou de capacité de guérison s'avèrerait nécessaire.
Le fait de provoquer une mort cellulaire sur l'ensemble de son tissu épithélial signifierait logiquement un affaiblissement progressif de sa chair, mais ce sacrifice s'accompagnerait d'une régénération accrue et d'un meilleur niveau d'endurance.
Il s'empara immédiatement d'une copie de la technique avant de regagner sa chambre, prêt à débuter l'entraînement sur-le-champ. Plus il la maîtriserait vite, plus le Tissage sanguin gagnerait en perfectionnement, rapprochant ainsi considérablement le Projet Métacorps de son aboutissement.
Heureusement, l'exercice se révéla nettement moins incertain que prévu et espéré. Il s'agissait d'un entraînement exigeant où la simple persévérance et l'endurance suffiraient à garantir un succès final. Il lui suffirait désormais de déterminer comment ajuster la méthode pour qu'elle corresponde parfaitement à ses besoins.