Rui ne s’arrêta pas là. Il défia trois gardiens supplémentaires au cours des jours suivants.
Il les vainquit tous, mais aucun ne parvint à le battre.
De nombreux gardiens plus perspicaces, qui suivaient sa série de victoires, avaient fini par repérer certains schémas dans ces duels.
Ils remarquèrent qu’il visait en effet des gardiens maîtrisant un Art Martial aux attaques létales, mais aussi qu’il avait acquis de nouvelles capacités de guérison lui permettant d’absorber les coups mortels qu’ils assenaient.
Beaucoup firent le rapprochement et réalisèrent que Rui les avait probablement surtout choisis pour tester quelque chose de nouveau.
Cette révélation était encore plus surprenante que s’il ne cherchait qu’à combattre pour progresser vers des chambres de rang supérieur.
Cela montrait qu’à l’inverse de la plupart des gardiens, Rui ne se conformait pas nécessairement aux normes. Il ne procédait pas par palliers lents ni par une montée en grade progressif.
Au contraire, il semblait guidé par son avancement sur sa Voie Martiale bien plus que par la quête de chambres toujours plus hautes.
Toutefois, il devint vite évident que Rui s’était retenu dès le début, ce qui confirma aussi les rumeurs selon lesquelles il serait l’un des deux seuls gardiens à avoir battu la Senior Xanarn sous sa forme initiale.
Il apparaissait désormais qu’il y avait beaucoup plus chez lui que ce que laissait supposer sa silhouette.
Il était clair pour tous les présents que Rui finirait très probablement parmi les meilleurs Écuyers Martiaux de la Secte Flottante.
Les prouesses dont il venait de faire preuve étaient si surprenantes et choquantes qu’il devenait difficile d’imaginer véritablement l’étendue de sa puissance.
La question se posait également à beaucoup : pourquoi n’avait-il pas immédiatement visé des classes supérieures en arrivant sur l’île flottante ?
Il avait passé plus de deux mois dans la chambre qu’il avait conquise en premier. En raison de cela, beaucoup avaient supposé qu’il manquait simplement de confiance ou de calibre pour viser plus haut.
Dorénavant, il était évident pour tous qu’ils s’étaient trompés.
Personne ne savait avec certitude comment évoluerait sa trajectoire, mais il était assez clair pour la majorité qu’il finirait inévitablement intégré à la première classe de la secte.
Pourtant, il sembla que Rui se satisfît d’avoir atteint la deuxième classe de chambres après avoir vaincu cinq adversaires au comptant en un temps record. Il cessa de défier quiconque et se cloîtra simplement pour s’entraîner.
Plusieurs arquèrent un sourcil face à cette décision. Il ne semblait pourtant pas avoir particulièrement peiné contre aucun de ses adversaires ; au contraire, il les avait mis hors combat avec une désarmante évidence.
Pourquoi s’était-il arrêté ?
Il ne s’était pas contenté de s’arrêter ; il disparut complètement, donnant l’impression de s’être enterré dans les profondeurs de sa chambre.
Sans qu’ils s’en doutent, Rui explorait un nouvel élément à greffer à sa toute récente technique, le Tissage Sanguin.
Techniquement, le projet n’était pas terminé car il évaluait encore l’efficacité de la technique pour régir ses paramètres physiologiques et produire une configuration privilégiée vers la guérison.
Il restait donc en phase de développement après la phase de test initiale. C’est ainsi qu’il avait mené les premières ébauches de l’Algorithme VIDE, et il n’avait donc rien oublié de la procédure.
Il était rare qu’un projet de développement ne compte qu’une seule phase de tests. Habituellement, il fallait passer par de nombreux tâtonnements avant d’atteindre le résultat final. Ce qui avait été fluide jusqu’ici, c’était plutôt ses autres recherches techniques.
Cependant, il apparut que le Projet Métabody allait se révéler bien plus longue à mener qu’il ne l’avait prévu.
S’il avait toujours su que la démarche demanderait du temps, il n’avait jamais soupçonné que ses progrès seraient aussi laborieux.
Le Tissage Sanguin ne représentait qu’un modeste fragment de ce qu’il visait à accomplir grâce au Projet Métabody.
Néanmoins, il se montra fort satisfait de l’avancée enregistrée jusqu’alors. Par exemple, le Tissage Sanguin était si performant qu’il parvenait à dominer ses adversaires sans même mobiliser de modèle prédictif, pour plusieurs d’entre eux du moins.
La chose le stupéfiait. Il atteignait déjà ce niveau de puissance sans le modèle prédictif. À quel point deviendrait-il redoutable lorsqu’il couplerait le Tissage Sanguin à un modèle prédictif face à un adversaire idéal ?
La pure qualité de son adaptation culminerait dans pareilles circonstances. De plus, une fois le Projet Métabody achevé, le résultat final dépasserait toute surprise imaginable. Son propre mode d’existence semblerait alors s’adapter directement à celui de son opposant.
Une pensée d’une profondeur certaine.
À quoi ressemblerait cette capacité lorsque son existence entière chercherait à neutraliser son ennemi ? Son seul système de reconnaissance de motifs était déjà redoutablement efficace ; il pouvait à peine imaginer combien il deviendrait dévastateur s’il parvenait à adapter chaque aspect de lui-même pour vaincre un adversaire.
‘Incarner son Art Martial… songea-t-il. Serait-ce l’un des prérequis pour accéder aux Royaumes supérieurs ?’
Rui se remémora une illumination survenue bien longtemps auparavant, dans la Confédération de Shionel. Une prise de conscience profonde : son Art Martial était, en un sens, lui-même, l’œuvre de toute une vie.
‘Il y réfléchit quelques secondes avant de hausser les épaules. Trop abstrait. Reprenons nos activités.’
Il s’était procuré les détails sur le poison employé par l’Écuyer Herea. Désormais, il étudiait comment l’intégrer à son organisme pour déclencher ce type de mort cellulaire qu’elle avait activé lors de leur affrontement. Accélérer certaines nécroses fournirait davantage d’énergie au Tissage Sanguin, renforçant ainsi sa puissance. En somme, aux moments critiques où cette technique aurait dû le sauver, il pourrait l’alimenter au-delà de ses limites habituelles, survivant ainsi à des blessures qui l’auraient autrefois terrassé.