Ça aurait dû être terminé. Après tout, l’adversaire du spadassin était manifestement un Artiste Martial à longue portée.
Des paradigmes et des conditions de combat bien établis depuis longtemps régissaient les affrontements entre Artistes Martiaux de proximité et ceux à longue distance.
La seule condition de victoire pour un Écuyer Martial de proximité lors d’un tel duel consistait à réduire l’espace qui le séparait de son adversaire à longue portée. Dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, cela signifiait la mort pour ce dernier.
À l’inverse, pour un Écuyer Martial à longue portée, la victoire revenait à celui qui parvenait à tenir son adversaire de proximité à distance en lui infligeant des dégâts.
Pour le spadassin, il était évident qu’il venait justement de remplir sa propre condition de victoire.
C’est pourquoi il avait employé sans hésiter sa technique la plus puissante, visant à fendre Rui en deux si parfaitement que ses propres cellules mettraient un instant à comprendre qu’elles venaient d’être tranchées. Il n’y avait absolument aucune chance que Rui survive à cette attaque.
Ou du moins, c’était ce qu’il croyait.
SWING !!
Une attaque d’une puissance incroyablement fulgurante fusa vers Rui. La simple force brute du coup était telle qu’elle fendit littéralement les nuages à travers le ciel.
Pourtant, quand elle atteignit Rui… elle ne l’atteignit pas.
L’image rétrograde de Rui que le spadassin venait de frapper se dissipa simplement.
Ses yeux s’écarquillèrent.
C’était une feinte.
CLASP !
BZZZT !
Avant même que l’homme ait pu réagir, les membres de Rui s’enlacèrent aux siens en surgissant de nulle part !
Ses bras s’enroulèrent autour du cou de l’homme et le serrèrent comme un étau, comme s’il cherchait à le broyer à mains nues.
L’homme ne comprenait même pas ce qui se passait !
Il était censé avoir gagné.
Il était censé avoir fendu Rui en deux morceaux parfaits.
Pourtant, non seulement Rui parvint miraculeusement à placer son esquive au timing parfait, ni trop tôt ni trop tard, mais il réussit également à tendre sa feinte juste assez avant pour leurrer l’esprit de son adversaire.
La technique Pas Fantôme utilisée par Rui n’était en réalité pas si redoutable. C’était un bon tour de passe-passe, parfois difficile à gérer, mais tout Écuyer Martial de haut grade finirait par y faire face, d’une manière ou d’une autre. Elle était loin d’être invincible et ne représentait pas une technique majeure aux plus hauts échelons du Royaume d’Écuyer.
C’est précisément pour cette raison que Rui ne l’employait qu’aux moments les plus opportuns. Il s’en servait uniquement pour montrer exactement ce que les gens voulaient voir, ce à quoi ils s’attendaient.
Et c’est pour ça qu’ils mordaient à l’hameçon.
Le visage de l’homme trahissait une colère furieuse. Il tenta de se dégager des bras de Rui, mais sortir d’un étranglement arrière était trop ardu lorsque les deux combattants évoluaient au même niveau de force.
Pourtant, l’homme n’avait pas fini. Même si ses bras étaient retenus par les jambes de Rui, ses mains ne l’étaient pas. Son poignet était libre. Tout comme celui de la main qui tenait son épée.
PLAC !
Il lui infligea une profonde entaille à la cuisse, provoquant un torrent de sang.
Mais Rui y était préparé.
Il activa rapidement Tissage Sanguin, et instantanément, la blessure referma en une seconde chrono !
Les yeux de l’homme s’écarquillèrent sous le choc !
Il pensait faire face à un Écuyer Martial à longue portée moyen, puis voilà que Rui parvenait non seulement à éluder sa technique la plus rapide, mais aussi à feinter avec un timing irréprochable, au point que son adversaire ne s’en rendit compte qu’une fois le coup terminé.
De plus, il avait ensuite pris le corps-à-corps, le paralysant en partie grâce à une technique des plus étranges, affaiblissant ainsi sa résistance.
Puis il avait refermé une grande blessure sur-le-champ avec une vitesse de régénération absurde.
Quel Écuyer Martial à longue portée faisait ça ?
Peu importe, il ne prit même pas le temps de réfléchir à la question. Ce n’était pas grave. La seule chose qui comptait, c’était survivre. Tant qu’il restait en vie, il serait content.
Il abattit sa main avec toutes ses forces, espérant infliger autant de douleur et de dégâts possibles à Rui pour le faire lâcher prise.
Mais hélas, Rui ne céda pas. Même sans le Tissage Sanguin pour refermer les dégâts causés par l’épée, il ne pourrait pas blesser Rui à ce point sur le court terme.
La raison à cela venait du fait qu’il ne pouvait mobiliser que les muscles de son avant-bras pour frapper, le reste de son bras et de son corps étant trop ligotté.
Il commença à paniquer lorsque son champ de vision se brouilla, virant au rouge. Mais cela ne fit qu’empirer les choses.
Il perdit conscience avant même d’avoir eu le temps de s’en rendre compte.
Pourtant, Rui ne s’arrêta pas. Il continua de restreindre le flux sanguin vers le cerveau autant que nécessaire, sans prendre de risques inutilement.
Cela ne tarda pas et le cœur de l’homme cessa de battre.
Rui le lâcha, laissant le cadavre retomber violemment vers la Région de Kaddar.
« Ha… » soupira Rui en essuyant la transpiration qui perlait sur son front. « Ça commence à me fatiguer. »
Néanmoins, il était tout à fait satisfait du résultat du combat, évidemment. Il était heureux d’avoir réussi à vaincre un Écuyer Martial aussi puissant. Il avait atteint par accident son objectif d’utiliser Tissage Sanguin dans un véritable affrontement, et ça avait marché comme sur des roulettes.
Bien sûr, il ne s'en était pas servi comme d'un corps martial complet pour s'adapter à un adversaire donné ; il s'en était servi uniquement pour refermer quelques blessures en fin de duel.
Ce qu'il souhaitait vraiment, c'était tester la capacité du Tissage Sanguin à servir de levier pour adapter son corps martial à une spécialisation axée sur la régénération. Dans ce cas précis, il n'y parvint pas. Se contenter de refermer quelques plaies, franchement peu menaçantes, ne revenait pas à adapter son organisme pour exploiter définitivement le Tissage Sanguin.
Il s'était heurté à un adversaire redoutable, et il n'avait pas pu mener à bien son plan de repérage des gardiens puissants dont l'Art Martial exigerait justement Tissage Sanguin comme voie d'adaptation. Il avait été bien trop absorbé par le combat pour s'en occuper simultanément.
'Peu importe, je peux le faire maintenant,' pensa Rui en étendant Écho Riemannien pour recouvrir l’intégralité du champ de bataille.