Mais aujourd'hui, c'était « notre première rencontre », aussi Siegfried a-t-il détourné les yeux quand j'ai tenté de le saluer. J'ai fait « Quoi ? » la première fois, puis « Qu'est-ce qu'il a ? » la seconde, mais je comprends maintenant pourquoi il agissait ainsi la troisième fois.
Ce dut être difficile pour lui de me faire un signe de la main et de dire qu'il était ravi face à quelqu'un qui avait déjà tracé une frontière entre eux. Je ne m'attendais pas à être éconduite à ce point, je ne faisais cela que sérieusement pour Siegfried.
Je n'ai aucun regret ; je ne voulais pas revenir en arrière, je ne ressentais qu'une légère amertume.
Tandis que je tenais mon verre de vin, cherchant à surmonter mes sentiments confus, un noble était assis près de moi et essayait de m'aborder.
« Ce dessert est vraiment délicieux, est-ce Mademoiselle qui l'a préparé ? »
« Non, bien sûr que c'est le chef. »
« … Ah ah, bien sûr. Je voulais dire que Mademoiselle avait choisi le menu. »
« Oui, c'est moi. »
J'ai souri à contrecœur.
Le noble se mit à dire n'importe quoi, prétendant être ébloui par mon sourire radieux. Sentant visiblement que je m'ennuyais, il proposa qu'on sorte.
« Voulez-vous faire une promenade avec moi, Mademoiselle ? Il y a beaucoup de belles étoiles à observer ce soir. »
Sa proposition n'était pas si mauvaise que ça, car moi aussi j'étais rassasiée et j'avais envie de me promener dans le manoir.
« Oui, j'ai besoin d'une escorte. »
Je me levai en posant ma main sur le bras du noble dont je ne connais pas le nom.
Au milieu d'une discussion animée sur la chasse aux monstres, Abbysion leva soudain la tête.
« Où vas-tu, Ariel ? La vieille saga du vicomte McCariel va commencer. »
Argh, j'en avais marre de l'entendre.
Je secouai la tête énergiquement mais ils se contentèrent de rire, même si ce n'était pas si drôle. On me traitait vraiment comme une princesse au point que c'en était inconfortable, j'ai hâte de partir.
« Nous rentrons tout de suite. Ne veuillez pas trop veiller, car vous devez repartir dès demain après une journée de repos. »
« Mademoiselle se fait tant de souci pour nous qu'il semble qu'on ne puisse pas veiller toute la nuit. »
Je piétinai d'impatience, mais Siegfried m'ignora et continua de parler sans même me jeter un regard.
« Alors j'ai dit : attends-moi jusqu'à ce que je grandisse. »
Et là, je me suis dit : 'C'est ça ? Je crois… que j'ai fait ça….'
J'ai eu l'impression que mes souvenirs étaient fabriqués, tant le ton de Siegfried était convaincant.
« M-Mademoiselle, c'est vraiment vrai ? »
Les lèvres tremblantes, le comte m'interrogea. Je secouai la tête et les mains en même temps, précipitamment.
« Non ! Jamais, je le jure, jamais… ! »
« Ariel, vous n'avez pas dit que vous m'aimiez ? Vous l'avez dit devant votre frère. Il y a déjà des témoins, vous voulez enflammer le cœur d'un homme pour ensuite vous enfuir seule ? » demanda Siegfried avec une expression pitoyable.
Il se couvrit les yeux et fit semblant de cacher ses émotions débordantes.
« Non, attendez une minute. »
« Il va falloir que j'amène Milliard et qu'on confirme avec le Comte. Nous attendons tous les deux ici… »
« Pardonnez mon impolitesse ! Oubliez ma proposition ! »
« Comte Parrera ! Attendez ! »
Je tendis vivement la main vers le comte.
Mais le comte avait déjà fui, le cœur brisé.
Toute seule dans le jardin, je levai les yeux vers Siegfried en vain.
Il releva les commissures de ses lèvres.
« Au fait, c'était le comte Paresa. »