« … »
« … »
Un silence délicat s'installa entre moi et Kaiser Kong.
…… Bon, quoi. Après m'être donné tout ce mal, c'est un raté impensable. J'ai envie de mourir.
D'abord, vu qu'il serait désagréable de me faire attaquer dans cet état, je me forçai à me relever en fouettant mon corps douloureux.
« Huhu… Tu ne te débrouilles pas si mal… »
« NON, TU T'ES JUSTE AUTO-DÉTRUIT… »
« Iyaaaaaaaah ! »
J'aurais voulu m'effondrer dans un trou ! J'ai essayé de faire diversion, mais une réplique d'une justesse chirurgicale m'a été adressée !
C'est ça. La magie, ça demande de l'entraînement. À ce rythme, mon corps ne tiendra pas.
« … Puis‑je continuer ? »
« Laissez‑moi un peu de répit… »
Qu'est‑ce que c'est ? Je viens de faillir mourir tout seul, je suis mentalement au fond du gouffre, et il a encore la motivation ? Ce gorille.
« … Alors, j'y vais ? »
Demanda Kaiser Kong, mais dans cette situation, si j'étais attaqué maintenant, je n'aurais aucune chance. Tout mon corps me fait mal, et je n'ai pas assez récupéré pour déclencher un skill à la volée.
Mais, ne pouvant pas utiliser correctement la magie non plus… Est‑ce que j'ai un moyen de battre ce type ?
En tout cas, le Kaiser Kong devant moi est d'une correction exemplaire. Il me demande même la permission d'attaquer. … J'ai l'impression qu'il a un peu pitié de moi, mais je préfère croire que c'est mon imagination. Ma chance a augmenté, non ?
Plus que ça, il me faut sérieusement un plan pour percer cette situation.
Les skills ne passent pas, la magie je ne la maîtrise pas. Si j'utilise une potion pour me soigner, je me ferai attaquer pendant ce temps. Vu qu'il me demande poliment s'il peut attaquer, j'ai l'impression qu'il attendrait même si je me soigne, mais…
Quelque chose… Quelque chose qui me reste comme carte !
Alors que je faisais tourner ma tête à toute vitesse pour trouver une issue, l'événement se produisit.
« J'AI ASSEZ ATTENDU. J'Y VAIS. »
« Hein !? »
Je pensais qu'il m'accorderait encore un peu de temps, mais Kaiser Kong fondit sur moi à une vitesse folle.
Heureusement, il n'a pas l'air d'utiliser de skill, donc je pourrais l'esquiver… si j'étais en pleine forme.
Maintenant, à cause de ma propre magie — sans doute la plus forte que j'aie lancée —, mon corps entier souffre et je ne bouge pas comme je veux. Mes jambes tremblent déjà.
« Tch ! »
Kaiser Kong était déjà tout près. Il ne me restait plus de temps.
Que faire !
Au moment où cette pensée me traversa l'esprit, je me souvins de l'arme secrète qui dormait en moi.
« Moi, j'ai… une odeur, non ! »
Cet arôme mortel qui a eu raison du Clever Monkey !
Ah, mais avec la magie tout à l'heure, mon odeur a peut‑être baissé…
Peu importe, ce n'est pas le problème maintenant.
Parce que j'ai le titre « Maître des effluves » !
Ce titre, dont on ne sait s'il faut s'en réjouir ou en pleurer, me permet de manipuler mon odeur à volonté.
« Fuhahaha ! Kaiser Kong ! »
« … ! Quoi ? »
Kaiser Kong stoppa sa charge et resta sur place. … Vraiment, il est d'une correction exemplaire.
« Tu n'as plus aucune chance de gagner ! »
« Pourquoi ? »
« Parce que… j'ai une arme secrète ! »
« QUOI ? ! »
Pourquoi sait‑il ça ? Non, c'est sûrement le hasard.
« Si tu t'approches de moi maintenant, tu perdras la vie… »
« … Qu'est‑ce que ça veut dire ? »
Kaiser Kong ne cachait pas sa perplexité. Normal : personne ne croirait qu'on peut mourir rien qu'en approchant.
Mais c'est mon coup fatal, né de mon odeur corporelle monstrueuse ! La technique ultime obtenue au prix de ma dignité humaine !
J'activai immédiatement l'effet du titre « Maître des effluves » pour relâcher l'odeur maximale que je pouvais produire actuellement.
Ce titre permet de contrôler librement l'odeur, mais pas d'en créer : il ne fait qu'amplifier ou atténuer mon odeur naturelle.
Par conséquent, dans un rayon de dix centimètres autour de moi, mon arôme intense devait flotter.
Toutefois, étant une odeur, l'effet ne porte vraiment que sur une distance infime.
C'est pourquoi je décidai d'agiter mes vêtements pour élargir la zone de diffusion. Sinon, son poing m'aurait déjà enfoncé le visage avant que l'odeur ne l'atteigne.
« Allez ! Vas‑y ! »
« … »
Je dis cela en battant l'air de mes vêtements. J'ai l'impression que Kaiser Kong recule de dégoût.
Mais après à peine quelques secondes de réflexion, il disparut de ma vue.
Probablement le skill « Bras instantané ».
« … C'EST LA FIN. »
À peine ces mots courts prononcés, Kaiser Kong se tenait déjà devant moi, son poing stoppé juste devant mon visage.
« ! »
C'est raté !? L'odeur ne marche pas !? Ou alors elle n'est pas arrivée !?
Devant ce Kaiser Kong qui ne montrait aucun signe d'avoir subi mon odeur, je regrettai amèrement mon geste.
Idiot. Y a pas moyen de tuer avec une odeur… Bon, le Clever Monkey est mort, mais c'était un accident !
Au moment où j'allais accepter le coup, l'impensable se produisit.
« ! »
*Pita.*
Un onomatopée semblerait coller à la scène : ce poing au momentum terrifiant s'immobilisa net à quelques millimètres de mon nez.
Je fixai ce poing, sentant une sueur froide me couler le long du dos. J'ai failli faire pipi, mais ça reste entre nous.
Je clignai plusieurs fois, scrutant le poing, me demandant pourquoi il s'était arrêté, et portai mon regard sur l'expression de Kaiser Kong.
« Pô… »
« … »
J'aurais pas dû regarder.
Dégueulasse ! Une vraie gorille musclée qui rougit et fait la niaise !?
En fait, Kaiser Kong, tu t'es passé quoi ! Qu'est‑ce qui t'arrive !
Alors que je ruminais ça, Kaiser Kong reprit soudain une mine sérieuse — du moins je crois — et m'agrippa fermement les deux épaules. … Ma réaction a été lente à cause du dégoût ?
Dans l'angoisse de ce qui m'attendait, je regardai Kaiser Kong, qui rougit à nouveau les joues de façon répugnante avant d'ouvrir la bouche.
« … Je t'aime. »
« ……………………………… Hein ? »
Attends attends attends. Calme‑toi, moi.
Hein ? Qu'est‑il vient de dire ? Si ce n'est pas mon imagination, j'ai entendu « aime »…
Alors que je tentais désespérément d'écarter cette possibilité, une nouvelle attaque m'atteignit.
« Mariage. Tout de suite. »
« : »
C'est grave, mon cerveau sature. Qu'est‑ce qu'elle raconte, cette putain de gorille.
Indifférente à ma confusion, Kaiser Kong m'empoigna le bras et se mit à marcher en me traînant.
« Mâle fort. Phéromones, incroyables. Super cool. Je t'emmène au nid. Procréation. »
« : »
Je commençais à comprendre la situation.
Et ———
« Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !!!!???? »
Je hurlai.
***
« Impossible, je ne comprends toujours pas… »
Je revins sur les événements pour comprendre pourquoi j'étais maintenant traité aux petits oignons par Kaiser Kong, mais…
Putain, comment j'en suis arrivé là ! Est‑ce que j'ai fait quelque chose !?
J'avais bien saisi ma situation actuelle, mais pas pourquoi elle en était arrivée là.
« Comment ? Tu ne manges toujours pas ? »
Celle qui me tendait à manger, c'était Saria‑san, la Kaiser Kong. Crève.
« Écoute ? Je t'ai dit que je n'en veux pas. Plutôt, tu ne pourrais pas me libérer ? »
« Non. Seiichi, mon mari. »
« C'est pas vraiuuuuuu ! Je suis un humain ! Toi, tu es une putain de gorille ! Tu piges ? L'espèce est totalement différente ! Et puis je veux pas épouser un gorille ! Les mots te passent pas !? »
« Moi, pas putain de gorille. Saria. »
« Ferme‑la bordel ! »
Quelqu'un ! Y a‑t‑il quelque part un camarade qui puisse partager ma souffrance ! S'il existe, amenez‑le‑moi à la vitesse de la lumière !
Au passage, cette putain de gorille connaissait mon nom parce que, sous la menace — ou disons sous la contrainte d'une demande insistante —, j'avais fini par le lui donner à contre‑cœur. Elle m'avait dit qu'elle m'embrasserait sur‑le‑champ si je mentais. Et j'avais l'impression qu'elle verrait tout de suite si je mentais, alors j'ai dû donner mon vrai nom. J'ai envie de mourir.
Haa, haa… Je haletais après cette série de tsukkomi, quand je reportai mon attention sur le repas qu'on me présentait.
Le repas préparé pour moi, honnêtement, avait une apparence incroyablement appétissante.
Des viandes et des fruits que je n'avais jamais vus, beaucoup de légumes ; on ne sait pas comment c'était cuisiné, mais c'était bel et bien un « plat » abouti.
Je refusais de la bouche, mais j'avais sacrément faim.
Si mon ventre gargouillait ici ———
*Gururururu~.*
« : »
« Ventre, vide. Manger, faire. »
Plus envie de vivreeeeeeeee !
Mais comme mon ventre avait déjà gargouillé, je ne pouvais pas dire que j'étais rassasié.
Devant cette putain de gorille qui essayait de s'occuper de moi avec un zèle inutile, je pris l'assiette à contrecœur et portai la nourriture à ma bouche.
Même s'il y a du poison, avec mon skill, le poison ne devrait pas m'affecter… normalement.
Malgré le skill, je portai la nourriture à ma bouche avec une pointe d'inquiétude.
Sur l'assiette, une viande inconnue grillée. Pas simplement grillée : d'après l'odeur, de l'ail, du poivre, et d'autres épices chatouillaient mon nez.
L'[Évaluation] indiqua « Steak de Pound Dragon ». Dr, Dragon… digne d'un Kaiser.
Je goûtai avec circonspection.
« : »
Je mâchai bien et avalai.
« ———— ! »
Mes yeux s'écarquillèrent. Si on faisait une réaction de manga culinaire, j'enverrais des rayons depuis les yeux.
Bref, le steak de Pound Dragon était *délicieux* au point de provoquer une telle réaction.
N, non ! C'est l'ingrédient ! L'ingrédient est bon ! Les autres plats… ah, le truc genre ragoût là‑devant, ça ne peut pas être si bon !
Je pris le ragoût, l'évaluai, et l'affichage montra qu'il utilisait de la viande de Clever Monkey. … Hein…
« Clever Monkey !? »
Du cannibalisme !? Bon, ce n'est peut‑être pas la même espèce, donc pas techniquement du cannibalisme… mais c'est quand même un camarade !? Vous en faites un plat !?
Alors que je suis choqué par l'ingrédient, Kaiser Kong m'expliqua.
« Eux, pas camarades. Ils suivent tout seuls. Mais, ils obéissent. Moi, j'y gagne. »
Wah… Clever Monkey, bon courage.
T'es intelligent, mais tu te fais exploiter.
Ceci dit, la viande de Clever Monkey est censée être dégueulasse. Du coup, ce plat devrait être immangeable.
D'habitude, on ne mange pas en espérant que ce soit mauvais, mais là je n'ai pas le choix, alors j'espère l'inverse et regoûte au ragoût.
« : »
Je baissai la tête.
C'est bon… C'est quoi ce bordel…
Alors que je pensais ça, un nouveau dégât moral m'atteignit.
« Tout, moi fait. Bon ? »
« Sérieux !? »
Mensonge… Pourquoi elle cuisine si bien…
Pendant que je déprime, la putain de gorille enfonce le clou.
« Au fait, Seiichi, tout déchiré. Nouveau, fait. »
« Fait !? »
Ce qu'elle me tendit, c'était une chemise et un pantalon d'une qualité de confection que je n'avais jamais vue, même sur Terre, avec des matériaux d'une finesse incroyable.
Chemise blanche, pantalon noir.
« Les deux, fil monstre. Solide, bon matériau. »
Ces vêtements aussi, c'est la putain de gorille qui les a faits.
« Vêtements, après, enlever. Rivière, laver. »
« Au secours eeeeeeeeee ! »
Je hurlai de toutes mes forces.
C'est quoi ce truc ! Le girl power est trop haut ! C'est un gaspillage total !
Cuisine, lessive, couture… Et vu la propreté inutile de ce coin de forêt qu'elle appelle « nid », elle doit être douée pour le ménage.
C'est pas au niveau « bonne épouse » ! C'est le package complet ! … Si c'était pas un gorille !?
« Moi, deviens bonne épouse ? »
« T'as qu'à l'être ! Si le partenaire est un gorille ! »
« Ça… Gêne. Si Seiichi dit ça, mariage tout de suite. »
« J'ai dit "si c'est un gorille" ! »
J'ai envie de la rosser ! Mais je peux pas gagner ! Ce monde est dur !
Donc dans la tête de cette putain de gorille, je suis l'égal d'un gorille ? C'est ça ?
Moi, dans un état de désespoir total, je finis par retrouver mon calme à force de respirations profondes.
Je repris mon souffle et réfléchis avec une tête froide.
Il faut que je m'échappe de cet enfer, quoi qu'il en coûte !
Pour ça, dans quelle direction fuir ?
Si je fuis… oui. Que ce soit les connaissances des Clever Monkeys ou des Acro Wolves, la partie noircie de la carte est restée inconnue. Essayons de m'enfuir de ce côté.
Puisque les Clever Monkeys passent beaucoup de temps avec cette putain de gorille et qu'il y a quand même une zone noircie, elle ignore probablement ce qu'il y a dans cette zone. Elle en connaît l'emplacement, mais pas la nature. Un truc du genre ?
Alors, à quel moment fuir …
C'est là qu'une question complètement futile — et qui arrive bien tard — me traversa l'esprit, et je décidai de la poser à la putain de gorille.
« Hé, putain de gorille. »
« Putain de gorille, pas. Moi, Saria. »
« Tais‑toi. Du coup, pourquoi tu parles la même langue que moi ? »
Ce qui m'intriguait, c'est qu'elle manie les mots aussi aisément que moi.
Même les Clever Monkeys ne parlent pas. Or, cette putain de gorille communique avec moi sans effort.
Peut‑être contente qu'on lui pose la question, elle se mit à raconter avec une joie qui transparaissait dans chaque mot.
« Ça, à cause d'un livre dans une grotte près d'ici. »
« Grotte ? Et un livre ? »
Quand je penchai la tête, elle sortit deux livres d'un buisson un peu plus loin.
Tous deux en lambeaux, l'un épais, l'autre mince.
« Lu livres, appris mots. »
« : »
Merde… C'est balèze, putain de gorille.
Je pris les deux livres et regardai la couverture du mince.
« L'Essence de la magie quotidienne »
« Magie quotidienne ? »
Intrigué par ce terme inconnu, j'ouvris le livre.
Il contenait toutes sortes de magies pratiques pour la vie de tous les jours.
Une magie pour allumer un petit feu. Une pour faire sortir l'équivalent d'un verre d'eau. Une pour sécher le linge. Une pour ameublir la terre et faciliter le labour… Toutes des broutilles, mais incroyablement utiles si on les maîtrise.
Parmi elles, une magia attira particulièrement mon attention : « Wash ».
Pour faire simple, cette magie nettoie la crasse, la saleté, la poussière du corps. Elle ne marche pas sur les vêtements, mais le corps devient impeccable en un coup.
Moi, je suis bien crade… Bon, ma propre magie m'a presque tué tout en me nettoyant un peu, il me semble.
D'après le livre, c'est une magie que tout roturier peut utiliser. Les bains, eux, sont réservés aux nobles riches et aux marchands aisés.
« Hé… Magie bien pratique. »
Au moment où je marmonnai ça, une voix familière résonna dans ma tête.
[Magie quotidienne acquise]
« : »
… Elle s'est apprise toute seule, comme ça. Ce genre de truc, faut pas s'entraîner ?
… Bon, ça ne coûte rien de l'avoir.
Une fois la magie quotidienne apprise, je fermai « L'Essence de la magie quotidienne » et saisis le gros volume.
Je vérifiai à nouveau la couverture pour pouvoir la lire.
« Journal du héros Abel »
« Hé, journal du héros Abel, hein… »
Un journal, hein… Moi, tenir un journal, j'suis nul, j'en ai jamais fait.
…………
« Héros !? »
Un fait que je venais de laisser passer me frappa.
Eh !? Journal du héros ! Le vrai ! Pas un faux !?
Sous le choc, j'ouvris le livre en restant hébété.
« Année ××, mois ●, jour ○. Le jour où j'ai été choisi comme héros et où je pars enfin. Mes camarades : le prêtre Pierre aux soins, le guerrier Gars en première ligne, la sage Liliana et la chasseuse Anna en soutien. Tous ont reçu l'ordre du roi de tuer le roi-démon, et c'est ainsi que nous partons en voyage, ces compagnons précieux. Protéger le monde, c'est une chose, mais je ne veux pas qu'ils meurent. Je me battrai de toutes mes forces ! »
« Ooh, il fait vachement héros, ce mec. Ceci dit, roi-démon et héros, c'est quel niveau de cliché ? »
Enfin, mes camarades de classe ont été embarqués dans cette invocation du héros, non ? Kenji, comment vas‑tu ?
En pensant à mes amis probablement invoqués, je continuai ma lecture.
Mais plus les pages avançaient, plus l'état du manuscrit se dégradait.
« Année ××, mois ●, jour ○. Un an depuis le début du voyage. Aucun camarade perdu, ce long et court voyage a été possible grâce à eux. Mais en voyageant, on visite divers villages et villes, et on tombe sur des situations si atroces qu'on veut détournner les yeux, ce qui renforce l'urgence de vaincre le roi-démon. Pour répondre à la confiance du roi qui m'a nommé héros — du pays — et de ceux qui me soutiennent ! »
« Année ××, mois ●, jour ○. On a réussi à coincer le dernier cadre de l'armée du roi-démon. Mais le prix était trop élevé : Gars, mon compagnon de longue date, est parti. Il m'a protégé d'une attaque. Face à ma faiblesse et ma misère, une colère sans issue monte, prête à exploser. Pourquoi suis‑je si faible ! Pas fort du tout ! Pourtant, on m'acclame comme héros, j'en avais tiré de la fierté, et voilà le résultat ! Je ne referai plus la même erreur. Même si je vacille, Liliana et Anna m'ont doucement consolé. Gars, la meilleure offrande pour toi, c'est la tête du roi-démon ! »
« … Héros, populaire. Pierre, il est pas payé pour ça… »
« Année ××, mois ●, jour ○. J'ai enfin réussi à vaincre le roi-démon. Mais ce qui nous attendait, c'était une réalité trop cruelle. Pierre nous a trahis. Après la victoire, alors que j'étais exténué, il m'a attaqué. J'ai réussi à protéger Liliana et Anna, et nous avons fui de justesse. Dénoncer la trahison de Pierre au — pays — roi… »
« Il a trahi !? Pierre ! C'est quoi, jaloux parce que le héros est trop populaire !? »
« Année ××, mois ●, jour ○. J'ai désespéré des humains. De retour au pays pour le signaler, ce qui m'attendait, c'était l'attaque des citoyens. Apparemment, j'ai été trahi par le — pays — lui‑même. Selon des rumeurs obtenues par des canaux secrets, le cadre de l'armée du roi-démon qu'on n'a pas réussi à tuer — — — — — — et — — — — — — étaient liés en secret. En plus, la résurrection du roi-démon cette fois‑ci, tout était un scénario catastrophe ourdi par le — pays — et ce cadre. Mais ça ne me concerne plus. De retour au pays, mes bien‑aimées Liliana et Anna ont été tuées, et moi aussi, je les suis ce jour‑là. Ce fut une vie absurdément stupide, mais je souhaite au moins que les souvenirs du voyage avec Liliana et les autres ne s'effacent pas. Si quelqu'un lit ce journal, je vous en prie, ne répétez pas les mêmes erreurs. Pour un avenir qui a de l'avenir — — — — Abel »
Je refermai doucement le journal.
……………
« C'est louuuourd ! »
Je le claquai au sol de toutes mes forces.
« Qu'est‑ce que c'est ! Un journal, c'est censé raconter les trucs sympas de la journée ! Bon, on y met aussi les peines et les chagrins, mais là c'est trop lourd ! »
Eh… Donc quoi ? Moi qui l'ai lu, je dois m'efforcer de ne pas répéter les mêmes erreurs ?
N'importe quoi ! D'abord, les passages importants sont tous en lambeaux ! C'est fait exprès !?
« Haa… Haa… »
« Seiichi, calme. Moi, ici. »
« C'est parce que t'es là que ça va pas ! »
« Mariage, possible. »
« Crève donc ! »
J'vais m'enfuir de cette putain de gorille, c'est juré !