Je me dirigeai vers les cris en compagnie de Luce, mais ce que nous découvrîmes était une scène pour le moins inattendue.
Snow et Isabella étaient encerclées par cinq individus armés.
À en juger par leur apparence, c'étaient des bandits de grand chemin, et les cinq avaient une allure misérable.
Pourtant, le rapport de force penchait clairement en faveur de Snow et de sa compagne.
Les cinq étaient déjà blessés, et leur moral semblait fortement entamé.
Apparemment, les cris que nous avions entendus provenaient des agresseurs eux‑mêmes.
« On nous avait dit qu'on pourrait gagner gros facilement, mais c'est pas du tout ça, bon sang… La fille de noble fait juste un tour dans les "Trous de Rêve" pour s'amuser, c'est pas ça qu'on nous a dit ! »
L'homme qui semblait être le chef laissa échapper une plainte.
« Chef, on dirait qu'un autre aventurier arrive ! »
« Quoi ? … Allez, on se tire ! Merdre ! »
Le chef des bandits s'enfuit en courant dans la direction opposée à la nôtre, dans une précipitation pitoyable.
Il ne semblait pas avoir l'intention de poursuivre Snow et Isabella ; il les toisait du regard mais ne bougea pas de sa position.
« Il n'avait pas l'air d'avoir besoin d'aide. »
« S'occuper de ce genre de racaille est une corvée. Qu'ils aient fui si vite, on ne peut que s'en réjouir. »
Isabella marmonna d'un air mécontent en secouant sa lame pour en faire gicler le sang.
« Des bandits ? »
« Apparemment. Mais ils avaient un niveau équivalent à des aventuriers de rang C. Avec une telle force, ils n'auraient pas de mal à vivre à Racolina. Probablement… des criminels qui ne peuvent plus entrer et sortir librement des grandes villes. Ce genre d'individus est le plus embêtant. Je croyais qu'ils avaient pas mal diminué ces derniers temps, pourtant. »
Des aventuriers de rang C, hein…
Parmi de simples bandits, c'est déjà un niveau assez élevé.
Dans ce monde, il est rare que des gens forts tombent dans la délinquance par difficulté financière.
Si c'était vraiment pour des raisons économiques, ils feraient bien mieux d'attaquer honnêtement les « Trous de Rêve » plutôt que de prendre le risque d'enlever un noble.
Mais, même en tenant compte de ça, un doute subsiste.
« Ils ont vu trop grand. Ils croyaient vraiment pouvoir enlever une fille de noble et s'en tirer indemnes ? »
En plus, face à la maison du marquis Howlrod, réputée pour sa cruauté et sa ruse…
Je n'ai jamais rencontré le chef de famille en personne, mais d'après ce que m'a raconté mon père Aizas, si sa fille Snow était enlevée, il sacrifierait tout pour capturer la bande au complet et les torturer un par un en guise d'avertissement.
« Les bandits, c'est ça. Il n'y a que des idiots à courte vue. Comme ils vivent loin des villes, ils ignorent les réalités et le bon sens du monde. Pour couronner le tout, ils sont cupides et simples d'esprit, donc ils ne doutent jamais d'un plan, si stupide soit‑il. »
Isabella cracha ces mots avec dégoût.
« Isabella, sur ce point il y a quelque chose d'étrange. »
Snow coupa la parole.
« Ma demoiselle… »
« Ces ignorants connaissaient mon visage de noble, et savaient que j'étais entrée dans ce « Trou de Rêve »… c'est louche. Ils étaient même au courant que je faisais le tour des « Trous de Rêve ». Ils avaient une information préalable solide, mais il manquait l'essentiel. »
« C'est‑à‑dire… quoi, Snow‑ojousama ? »
« N'est‑il pas probable que quelqu'un leur ait fourni uniquement les informations qui l'arrangeaient ? L'argent aussi, peut‑être, devait leur être remis par cette même personne. »
On comprend pourquoi elle est la première enfant de la maison du marquis Howlrod.
Elle a l'esprit vif.
« En effet, vu sous cet angle, l'histoire tient la route, ojousama. … Dans ce cas, il aurait fallu en capturer au moins un, coûte que coûte. Mais nous non plus, nous n'avons plus de marge ni en PV ni en PM. Si nous n'avions pas été épuisés par les monstres, ce groupe de cinq, on les aurait ligotés sur‑le‑champ. »
Isabella grommela avec irritation.
« Cependant, même en tant qu'assassins, ils sont bien incomplets. Un avertissement ? Snow‑jou, tu as une idée… »
Au moment où j'allais lui parler, Snow rougit, tressaillit et se glissa vivement derrière le dos d'Isabella pour se cacher.
… Elle est sans doute perspicace, mais elle semble terriblement timide.
Pour une candidate à la succession, c'est un handicap presque fatal…
« Ne parlez pas aussi familièrement à ojousama ! Elle est appelée à gouverner ces terres, une personne de haute noblesse ! »
Isabella intervint en toute hâte pour combler le vide.
Il est évident que ce n'est pas la cause de sa réaction… mais mieux vaut ne pas insister.
Serait‑ce l'œuvre d'un autre candidat à la succession ?
C'est la première hypothèse qui vient à l'esprit, mais c'est presque trop direct…
Si un membre de la famille tentait un tel coup, le chef actuel ne resterait pas les bras croisés.
Pourtant, Isabella m'est apparue comme une aventurière de rang B, et son style de combat semblait plus adapté aux duels qu'aux monstres.
Elle a assurément beaucoup entraîné l'escrime anti‑personnel.
Snow, qui a osé pénétrer dans ce « Trou de Rêve », ne peut pas être faible non plus.
Lancer des bandits achetés contre elles ne pouvait servir qu'à les intimider.
Non, une autre possibilité existe ?
Les bandits les ont attirées pour les épuiser… et les retenir au plus profond du « Trou de Rêve » ?
« Isabella, il vaudrait mieux emmener Snow‑jou dehors au plus vite. »
« Hmpf, pas besoin que tu me le dises, c'était mon intention. »
Isabella me répondit, puis se tourna vers Snow.
« Allons, Snow‑ojousama… Ah, vous êtes blessée à la jambe ! »
Du sang s'écoulait de la jambe de Snow.
C'est sans doute l'œuvre des bandits.
Elle garde un visage impassible, mais la blessure est assez profonde.
Même si les personnes de haut niveau ont une régénération accrue, elle sera handicapée au combat pendant plusieurs jours.
« Ce n'est pas de quoi faire tout un foin. Simplement… pour le retour, pourriez‑vous me prêter votre épaule ? »
« Ces salauds de bandits ! Une fois calmées, j'obtiendrai l'autorisation du chef de famille, je mobiliserai les troupes, je ferai ratisser toute la zone et je les exterminerai jusqu'au dernier ! »
C'est à ce moment‑là.
« Gyaaaaaaah ! Au secours, au secours ! Je veux pas mourir ! Je veux pas mourir ! »
Le bandit d'à l'heure accourait vers nous, éperdu.
Derrière lui, un long cou surgit.
Une énorme face humaine.
Une rangée de dents anormalement nombreuses.
Le monstre ouvrit grand la gueule… et avala la tête de l'homme d'une traite.
Du sang suinta entre les dents.
Le corps sans tête s'effondra lamentablement.
« Gyū… Gyu, gyugyu »
Il émettait un cri bas, rauque et bizarre.
C'était un oiseau géant de plus de trois mètres, affublé d'une face humaine.
Il avait quatre pattes, et tant les antérieures que les postérieures étaient armées de serres robustes et crochues.
« C'est lui le vrai problème, hein… »
Je serrai les dents enlevant les yeux vers la face humaine du monstre.
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Monstre : Portalge
Niv : 80
PV : 722/734
PM : 272/272
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C'est le « Maître du Rêve » de la « Tour du Monstre Fantôme ».
Vraiment… on a décidément des liens étroits avec l'« Errance du Roi ».