« Ce bâtiment est vieux, mais il est bien placé. »
Depuis combien de temps dormais-je ? La main de Lacius tapotant doucement mon épaule me tira de mon sommeil.
« Le prix de départ est de trois cents millions. »
'Enfin, c'est mon bâtiment !'
Mes yeux s'illuminèrent dès que le présentateur eut fini de parler. Je pliai mon pouce et mon index, rejoignis les trois autres doigts et levai la main vivement, sans même laisser ma somnolence se dissiper.
Ce geste signifie qu'on veut augmenter l'enchère de trente millions de gautes.
« D'accord, nous avons trois cent trente millions. Oh, trois cent soixante millions là-bas. La personne suivante annonce trois cent quatre-vingt-dix millions. »
3, 6, 9.
3, 6, 9.
C'est pas un jeu à boire*, non ? Qu'est-ce qui se passe ?
* (En Corée, il y a un jeu à boire qui s'appelle 3,6,9.)
C'était manifestement une réaction stoïque, mais comme des mains se levaient çà et là, le tout s'additionnait à trente millions. Je bondis sur mon siège et promenai un regard aigu autour de moi.
« C'est un escroc. Un vieux truc. »
Lacius confirma mes soupçons.
Je ne sais pas qui ils sont, mais il semble qu'il y ait d'autres personnes qui veulent ce bâtiment.
'Venez-y donc.'
Je souris, serrai les poings et les levai. À première vue, ça ressemble à un zéro, mais c'est un geste de la main avec lequel on ne plaisante pas. Cela signifiait ajouter cent millions à l'enchère déjà posée.
« Quatre cent quatre-vingt-dix millions. Quelqu'un a appelé quatre cent quatre-vingt-dix millions ! »
L'annonce de l'animateur arriva avec la force d'une tornade. Je reniflai, rejettant mes cheveux derrière mon épaule.
« Cinq cents millions de gautes, c'est pas trop pour un bâtiment de deux étages à cet endroit ? »
« C'est bon. Je doublerai le profit. »
Lacius me regarda avec inquiétude, mais aussi à moitié intéressé. Il semblait anticiper ce que j'allais faire. Le cœur battant, je vérifiai s'il restait des concurrents.
J'ai déjà monté aussi haut, j'espère qu'il n'y en aura plus.
Au premier rang, une femme en sweat à capuche blanc pur leva le poing immédiatement. Pour moi, ça ressemblait à un défi.
« Super ! Cinq cent quatre-vingt-dix millions. Ça grimpe à cinq cent quatre-vingt-dix millions ! »
Tu veux jouer avec moi ?
Mes yeux brillèrent quand je levai à nouveau le poing. L'adversaire leva le sien à son tour.
Ça veut dire qu'elle a beaucoup d'argent.
« C'est six cent quatre-vingt-dix millions, non, sept cent quatre-vingt-dix millions ! »
Dépenser autant pour un vieux bâtiment, c'est du gâchis.
À mesure que la bataille entre mon adversaire et moi s'intensifiait, les autres prirent conscience de l'enjeu et commencèrent à se retirer.
Certains en restèrent sans voix. Mais ayant vécu à Séoul, ça ne me découragea pas. Dépenser autant pour un bâtiment sur un terrain bon marché* est vraiment absurde.
*(Je suppose qu'elle parle de Séoul lol.)
Mais c'est juste frustrant parce que le prix du bâtiment que je pensais acheter pas cher ne cesse de monter !
« Neuf cent quatre-vingt-dix millions ! Ça a monté à neuf cent quatre-vingt-dix millions ! »
L'animateur hurla, la voix craquant, tandis que je levais mes deux poings le plus haut possible. Au même moment, la salle des ventes tomba dans un silence assourdissant. La femme au sweat blanc hésita, comme à court de munitions. Elle finit par décider de ne pas surenchérir.
« Regardez ce que j'ai gagné. Attendez de voir ce que j'en ferai. »
Le bâtiment finit par être à moi. Je posai les mains sur mes hanches et afficher un sourire triomphant.
« Je suis furieuse, je n'en peux plus ! »
De grandes feuilles de monstera et de calathea respirent la lumière du soleil et expirent de l'air pur dans la serre. Un endroit où poussent des plantes étranges et où des fleurs colorées pointent le bout de leur nez. Une table en verre coûteuse trônait entre elles.
« Je n'ai aucune idée d'où elle sort ! Comment ose-t-elle voler la chose de la princesse*. »
*(Les filles de duc étaient aussi parfois appelées princesses.)
Une noble aux cheveux blonds ondulés était assise là, lisant. L'expression de la dame n'avait pas changé d'un iota. Une femme en tenue de servante se tenait devant elle, sa robe blanche drapée sur les bras. Elle resta plantée là à vomir sa rage.
« J'essayais de le récupérer d'une manière ou d'une autre, mais cette femme a soudain ajouté deux cents millions de gautes… Je n'avais pas prévu assez d'argent. Je m'excuse sincèrement. »
« C'est ainsi ? »
« Oui, j'apporterai beaucoup plus d'argent la prochaine fois. Je pensais que cette somme suffirait… Pardonnez-moi, mademoiselle. »
La servante s'agenouilla et s'excusa. À l'extérieur, elle hurlait sa frustration et son impuissance, mais son dos était trempé de sueur. Elle avait peur de simplement « disparaître. »
La noble lit tranquillement un livre, entourée de diverses plantes.
La perle de la famille Crisiona, qui a l'air d'être née noble et d'avoir été élevée dans la dignité.
Personne ne comprendrait pourquoi on a tant peur d'elle rien qu'en la regardant.
Mais la servante, elle, le savait.
Pour le fait que les servantes qui servaient personnellement Peridot ont fréquemment « disparu » sans laisser de trace.
« Ton cœur bat trop vite ; c'est désagréable. »
« J-Je m'excuse. »
« Pas la peine d'avoir peur. Tu crois que je vais te tuer juste parce qu'on t'a volé un bâtiment ? »
Peridot dit doucement, marquant une pause dans sa lecture. Puis elle versa le thé dans la tasse devant elle, sans un bruit. Elle incarne la « noblesse » à la perfection, comme sortie d'un tableau, avec une élégance sans pareille.
En voyant la tasse être poussée devant elle, la servante avala sa salive. Y a-t-il du poison dedans ?
« Je ne peux pas la laisser tranquille. Elle va sans aucun doute se mettre en travers de mon chemin à maintes reprises à l'avenir. »
« O-Oui ! C'est exact. Elle se vantait toujours de tout l'argent qu'elle avait… C'était tellement humiliant que l'écouter me pourrissait les oreilles. »
La servante éclaboussa de salive en recrachant sa rage. Peridot se contentait d'écouter sa servante, un sourire serein atteignant ses yeux fins comme ceux d'un renard.
« Tiens, bois une tasse de thé. Merci d'être venue jusqu'ici. »
« M-Mademoiselle… »
« J'aurais dû l'acheter plus tôt. C'est ma négligence. Alors ne t'en fais pas. »
Les yeux de la servante clignotèrent face à ces mots si aimables.
'Yeah, well, what is she gonna do, poison her here or something?'