Maynard descendit le tableau après être resté assis sur un rocher un moment. Puis Lacius, déjà élégamment vêtu, apparut, accompagné de Theobalt et de Juliet.
« Hé hé, en nettoyant l'entrepôt, j'ai entendu des nouvelles intéressantes. »
Theobalt fit un clin d'œil et rit en se tenant près du chevalet dans l'herbe. Juliet se tenait à mes côtés, les mains jointes proprement, et Lacius examinait mon travail avec un grand intérêt.
« Cela a l'air authentique. Vos talents de dessinatrice sont exceptionnels. »
« Je vous remercie du compliment. »
Je tiens un pinceau à l'huile depuis mes douze ans. Je n'avais jamais entendu dire que j'étais particulièrement douée, mais dans ce monde, on me traite comme si j'étais un génie de la peinture.
J'examinai le pelage noir brillant du tigre et son dos gracieusement courbé.
Un enfant, ses yeux ambrés brillants comme s'il était vivant, fixe droit devant lui.
Sa fourrure serait sans doute douce, et son souffle, chaud.
J'ai hâte de lui donner vie et de le voir venir au monde. Je veux que cet enfant endormi dans le tableau connaisse le soleil éclatant, le vent qui souffle et le parfum sucré des fleurs.
« Il est plus que temps pour toi de te lever. »
Avec cette pensée, je murmurai en effleurant leggerement la toile. Une vive lumière brilla sur la toile. Jusqu'à cet instant, il n'y avait eu aucun changement, donc aucun problème.
Mais l'instant d'après…
« Urgh……! »
Je trébuchai et me courbai en deux. Tout mon corps fut soudainement vidé de ses forces.
Je ressentis un épuisement incomparable à celui de la création de Juliet ou des servantes. La tête me tournait et une envie subite de vomir me prit.
« Shay ? »
Alors que je chancelais, Lacius, qui se tenait à mes côtés, m'enlaça immédiatement. J'aurais voulu savourer la sensation d'être serrée contre lui tant ses bras étaient fermes, mais rien que d'y penser me faisait mal à la tête.
Je haletai, grimacai, j'avais l'impression que tout mon intérieur allait être recraché.
'Quel genre de pouvoir……?'
Est-ce vrai que plus l'image est détaillée, plus l'invocation demande d'efforts ? Je me retrouvais soudain en danger, comme un gâteau dont la moitié a disparu en une bouchée. Mes jambes flanchèrent, et de la sueur apparut dans mon cou.
Surtout, j'avais glacialement froid.
« Urgh, hum. »
« Shay, n'insiste pas si c'est trop difficile. Ton teint est très pâle en ce moment, tu devrais arrêter — ! »
« Non, je… je peux… je peux gérer. »
« Shay. »
La voix grave de Lacius avait une teinte légèrement colérique. Mais je ne peux pas abandonner.
Tout ça pour votre sécurité et la mienne.
Malgré la difficulté, le tigre noir brillait déjà et prenait forme.
« Ça va, ça va. Encore un peu… … Il lui faut juste un peu plus. »
Houh. J'avais du mal à reprendre mon souffle. J'haletais parce que rien ne se passait comme prévu.
Le tigre noir qui s'était échappé de la photographie était inhabituel dès le départ. Malgré sa petite taille, c'est une bête féroce. Il rugit bruyamment, la grande gueule ouverte.
Je caressai la tête du tigre noir, ignorant le tremblement de mes doigts.
« Allez, grandis. »
Tu grandiras autant que tu le voudras, autant que tu le pourras. Le minuscule tigre noir mordilla leggerement le bout de mes doigts tandis que j'ajoutais cette pensée.
Un coup de vent souffla, puis il agita doucement la queue comme pour me remercier.
« C'est dangereux. »
De violents tourbillons apparurent, comme s'ils allaient percer le sol et s'enfoncer sous terre. Graviers, herbe et branches volèrent dans tous les sens, frappant les gens.
Pour me protéger, Lacius posa immédiatement ma tête contre sa poitrine.
'Oh, c'est bon et chaud.'
Mon corps tremble, j'ai peur de mourir. Pourtant, avec Lacius à mes côtés, les choses semblaient s'arranger. Parce que de la chaleur émanait de son corps.
Whooooo !
Alors que le vent retombait, un grand hurlement secoua les lieux, comme s'il les déchirait…
Le rugissement du vainqueur après avoir terrassé toutes les bêtes. De fortes crocs capables d'arracher facilement la tête de n'importe quel assassin qui tenterait de me nuire. Un corps massif doté d'une force et d'une musculature incroyables aux membres antérieurs.
Je me dégageai de Lacius après avoir récupéré un minimum. Puis je me tournai vers le tigre noir, ses yeux ambrés scintillant vers moi.
« Fais de ton mieux. Cat. »
Le tigre noir, nommé « Cat », baissa la tête et plia lentement son genou avant.
Je savais que ma peau était devenue pâle, mais je ne veux pas demander à cet enfant de retourner dans le tableau. Je m'agenouillai joyeusement et enlacai Cat.
Ce fut à ce moment-là.
-Tout va bien, mais le nom « Cat » est désagréable.
……?!
-Le nom est le début du contrat. Je ne peux plus le changer maintenant, alors je dois m'y résigner.
heu……?
Hé, d'où vient cette voix grognonne ?
-Essaie de ne pas appeler mon nom autant que possible.
Il a un ton lourd et calme, comme pour révéler qu'il est mâle. Une telle voix morne, mais encore prévenante.
Je regardai Cat et mis mes oreilles en doute. Les autres aussi. Cat plissa le nez, comme pour se demander pourquoi.
-Pourquoi ? Je n'ai pas le droit de parler ?
« Cat vient de parler ? »
Maynard, surpris, hurla aussi fort qu'un réacteur d'avion. J'étais tout aussi stupéfaite.
Cat non seulement parlait, mais il parlait aussi avec une insolence remarquable.
-Hm. Je passe l'éponge parce que tu as l'air d'être le serviteur de Maître.
« …..! »
-J'ai faim. Donne-moi quelque chose à manger.
Le tigre qui secoua le cou et battit le sol de sa queue semblait avoir un mauvais caractère au premier coup d'œil. D'une certaine façon, c'est exactement comme je l'imaginais, alors pourquoi serais-je surprise ?
« Tu préfères la viande grillée ? Ou crue est mieux ? »
Dans cette situation, Lacius était le plus calme. Il demanda les préférences alimentaires de Cat avec une expression solennelle.
-Crue.
« Quel type de viande préfères-tu : bœuf, agneau, porc ou canard ? »
-Bœuf. Le persillé est acceptable.
« Ah, je vois. Je vais le faire préparer tout de suite. »
……C'était décidément l'adaptabilité du commandant des chevaliers.