« Mon père a tort, mais moi, je quitte cette maison. »
« Quoi… Qu'est-ce que tu as en tête, Seren !? »
Devant ma déclaration, mon père écarquilla les yeux et hurla.
« Il n'y a rien à comprendre. Cette fois, je ne peux tout simplement pas l'accepter. »
C'est l'époque qui veut ça.
Tous les seigneurs marient leurs enfants pour des raisons politiques, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
Moi aussi, dès mes dix ans, il était déjà décidé que j'épouserais le fils du seigneur Alberil.
Comprenant que c'était nécessaire pour protéger le fief, j'avais l'intention de me plier à cette décision.
Mais à l'origine, c'était Luke, l'aîné du seigneur Alberil, qui devait devenir mon mari.
Nous nous étions déjà rencontrés plusieurs fois, et contrairement à son père, c'était un garçon au charme doux et gentil.
Pour info, il avait trois ans de moins que moi.
Pourtant, lors de la cérémonie de bénédiction, il reçut un don manifestement inutile au combat.
De son côté, c'est Raul, le fils d'une concubine, qui hérita du « Saint Art de l'Épée » du seigneur Alberil.
Résultat, je dus épouser Raul à la place.
J'ai appris qu'on avait envoyé Luke dans une terre de pionniers.
« S'il s'agissait de Luke, j'aurais encore pu supporter. Mais un homme au caractère aussi tordu, hors de question ! »
« Seren !? C'est Raul qui doit succéder au fief Alberil ! Si tu penses au bien du fief… »
« Absolument pas ! Je préfère mourir plutôt qu'épouser un type pareil ! »
Je lançai ces mots et m'enfuis du château.
Je tentai de quitter le fief tout court.
Mais naturellement, on ne me laissa pas faire si facilement.
Des soldats du fief étaient postés sur la route.
« Seren-sama, je vous en prie, faites demi-tour. »
« Hmph, essayez donc de m'arrêter si vous en êtes capables. »
Je tentai de forcer le passage en tirant mes deux épées à la ceinture.
Les lames crépitèrent en se couvrant de glace.
Sans doute comprirent-ils que j'étais sérieuse, car les soldats reculèrent involontairement.
Bien sûr, ils connaissaient ma force.
Ils savaient aussi qu'avec ce maigre effectif, ils ne pourraient pas m'arrêter.
« Qu… Seren-sama, je vous en supplie… »
« Vous m'ennuyez. Dégagez tout de suite, sinon vous allez avoir mal. »
À cette menace, les soldats ouvrirent le chemin, la mort dans l'âme.
Je passai entre eux avec aisance et quittai ma terre natale.
***
Quelques jours s'étaient écoulés depuis mon arrivée dans la terre de pionniers.
« Luke-sama, regardez ! Il y a des pousses dans le champ… ! »
« Eh ? Vraiment… ! »
Appelé par Millia, je me précipitai et constatai que de petites pousses pointaient bien hors de la terre.
J'étais inquiet de savoir si des cultures pouvaient pousser dans ce champ, mais à voir ça, ça devrait aller.
En plus, d'après Millia, la croissance serait plus rapide que la normale.
« C'est réussi. Bien sûr, ce n'est que le début, mais il semble qu'on puisse assurer notre nourriture. »
« Tant mieux. »
Parallèlement, j'utilisais les points de village qui s'ajoutaient chaque jour pour construire une tour de guet et une palissade en terre.
Chaque construction coûtait vingt points.
J'aurais bien voulu bâtir une cabane de plus, mais Millia insista pour qu'on privilégie les installations défensives en prévision du pire.
Pour l'instant, aucun monstre ne nous a attaqués, mais j'ai aperçu plusieurs ombres suspectes au loin, et je dus reconnaître qu'elle avait raison.
La palissade fait environ deux mètres de haut.
Elle ne servira à rien contre les gros monstres, mais elle devrait empêcher les petits d'entrer.
« Luke-sama ! »
Soudain, Millia cria depuis le haut de la tour de guet. Je levai les yeux vers elle.
Oups… je vois sous sa jupe… enfin, ce n'est pas le moment de penser à ça.
« C'est grave ! Un groupe de gobelins arrive droit sur nous ! »
« Quoi ! »
Une dizaine de gobelins s'approchent de mon village, dit-elle.
Les gobelins sont des monstres humanoïdes au visage hideux.
Ils mesurent tout au plus cent cinquante centimètres, et un seul n'est pas très fort, mais en groupe, ils deviennent gênants.
J'espérais qu'ils renoncent face à la palissade et repartent…
« Ils escaladent la palissade ! »
Apparemment, ils s'entassent les uns sur les autres pour la franchir.
C'est une question de temps avant qu'ils n'envahissent le village.
« Il n'y a pas d'autre choix que de se battre… ! »
« Luke-sama !? »
Je pris ma résolution et saisis mon épée.