Les qualifications du concours de beauté se déroulèrent dans une salle de réunion d'un immeuble de bureaux.
Il y eut des désistements, si bien que le nombre final de participants s'éleva à environ cent cinquante.
Le jury comptait dix personnes, moi y compris.
Les participantes entraient par groupes de dix dans la salle de réunion, effectuaient une brève présentation et une mise en avant d'elles-mêmes, que nous notions.
La composition du jury était passablement variée.
Sexe, âge, origine, et jusqu'à l'espèce, tout était mélangé.
C'était sans doute le reflet de la volonté de Gori-chan d'accepter une beauté diverse.
C'est dans ce contexte que je me retrouvai, pour une raison quelconque, président du jury.
« Président du jury ne veut pas dire qu'il y a quelque chose de spécial à faire, wān. Il suffit de noter comme les autres juges, wōn. »
« Eh bien, si c'est ça… »
Les qualifications débutèrent sans tarder.
Seuls les dix premiers sur les cent cinquante accéderaient à la finale.
Les candidates — et candidats — offraient un éventail tout aussi bigarré que le jury.
Bien sûr, les jeunes femmes étaient majoritaires, mais il y avait aussi des hommes et des personnes âgées.
On voyait des silhouettes longilignes comme des costauds aux muscles saillants.
Faute de critères ou de précédent, chacun mettait en avant des choses totalement différentes.
Tenues de soirée, maillots de bain, vêtements de tous les jours : aucune cohérence.
« Hum, pas de critères de notation, c'est difficile… »
« Chacun est différent, et tous sont bons. »
Tout en disant cela, les jurés se creusaient la tête face à cet acte contradictoire qui consistait à noter pour finir par départager.
« Pas besoin de tant réfléchir, wān ! Donne de bons points à celle que tu trouves intuitivement belle, wōn ! »
« Intuitivement… »
Sur ce conseil de Gori-chan, je décidai de noter sans trop y réfléchir.
Me considérant doté d'un sens esthétique plutôt commun, je mettais normalement de bonnes notes aux jeunes femmes au visage harmonieux, quand un visage connu apparut.
« Numéro seize, Milia. Je suis la servante et grande prêtresse de Luke-sama. Enchantée. »
« … Milia ? »
Je ne sais pas si elle s'est présentée d'elle-même ou si on l'a poussée, mais elle participait manifestement.
Milia, vêtue avec un soin inhabituel, me fit manifestement un appel du pied appuyé, mais en tant que juré je ne pouvais pas paraître la favoriser ; je l'ignorai et lui mis une note passe-partout.
« Numéro vingt-six, Selen. Je dirige l'équipe de chasse. »
« Hein, Selen aussi ? »
Selen fit une danse à l'épée en guise de présentation.
Par la suite, des visages familiers continuèrent d'apparaître les uns après les autres.
Après tout, c'est un concours organisé au village, rien d'étonnant…
« Numéro trente-deux, Choregyu ! Je vais gagner ce concours, me mettre en valeur à fond, et cette fois-ci attraper un bon parti, c'est sûr ! »
Toujours en quête de mari, l'amazone Choregyu-san débordait de motivation.
« Numéro quarante-cinq, Akane de gozaru ! Cette fois, je joue la carte du kimono, tenue traditionnelle de l'Est, de gozaru yo ! »
Akane-san semblait avoir fait un régime sérieux, mais elle participait encore avec une silhouette un peu potelée.
En revanche, son costume était d'une élégance remarquable, arrachant des exclamations d'admiration aux jurés.
« Numéro soixante-huit, Philia. J'ai confiance en mon arc. »
Philia-san, toujours très populaire auprès des hommes malgré son mariage, était aussi inscrite.
Les elfes comptent beaucoup de beaux visages, et plusieurs autres concouraient.
Pour info, zéro nain au départ.
Ce sont des timides qui passent leur temps dans le donjon, après tout.
« Numéro quatre-vingt-un, Ganzas ! J'ai bien de l'âge, mais je suis fier de mes muscles ! Yoroshiku, hahaha ! »
C'était Ganzas-san, soldat d'Enbara au service de la reine Maribel, qui posa à demi-nu pour exhiber sa musculature.
Peut-être parce que l'organisatrice était Gori-chan, mais beaucoup d'autres fiers de leurs muscles participaient aussi.
Environ seventy à eighty pour cent des candidats masculins misaient sur l'exhibition musculaire.
Ce village regorge de costauds, après tout…
C'est alors qu'une certaine participante entra dans la salle, coupant le souffle à tout le jury.
« Numéro cent sept, Nonie. Enchantée. »
C'était une gamine qui gardait une innocence juvénile.
Mais elle était incroyablement grande, dépassant aisément le mètre soixante-dix.
Je me demandais si une telle fille existait au village, quand
« J'aurai bientôt onze ans. »
« « « Ça veut dire qu'elle a encore dix ans ! ? » » »
Tous les jurés furent saisis d'un même choc.
Impossible qu'elle paraisse dix ans.
Non seulement par la taille, mais ses traits nets lui donnaient un air si mature qu'on l'aurait crue plus âgée que moi, qui vais bientôt avoir quinze ans.
« La personne que je respecte, c'est mon grand frère Noel. Moi aussi, je veux devenir un adulte fort comme lui. »
« Grand frère Noel… ? »
« Pas possible, la petite sœur de Noel-kun ! ? »
Maintenant que j'y pense, Noel-kun a bien une sœur.
À son arrivée au village, elle devait avoir huit ans et était plus petite que moi ; en à peine trois ans, elle ne m'a pas seulement rattrapé, elle me domine complètement.
C'est la sœur de Noel-kun qui dépasse deux mètres, après tout… Normal qu'elle grandisse…
…… Ouais, trop jaloux.