« Une ville… un village d'une telle envergure, bâti de rien grâce au pouvoir de ce Don qu'est la "Construction de village"… »
« Ce n'est pas seulement mon pouvoir, toutefois. C'est grâce à la coopération de tous les villageois qu'on a pu le développer jusqu'ici. »
Face à Gaïus, l'émissaire du royaume de Roada, qui semblait un peu pâle tant sa surprise était grande, j'apportai cette précision.
« … Est-il également exact que tu aies mis fin à une longue guerre civile en usant de ce Don, et que tu aies repoussé l'invasion du royaume de Barste ? »
« En effet. Mais là encore, c'est grâce à la collaboration de tous. »
Puisque c'est le genre de choses qu'on peut aisément découvrir si on le souhaite, j'acquiesçai sans nier.
( Certes, si l'on peut établir une base n'importe où en un clin d'œil, l'avantage stratégique est incommensurable… Sans compter cette capacité mystérieuse de se déplacer instantanément… Celle-ci aussi serait d'une utilité phénoménale. )
Gaïus resta un moment bras croisés, comme pour réfléchir, puis finit par hocher vigoureusement la tête, visiblement parvenu à une conclusion.
« Très bien. Viens dans mon pays, villageois Luke. »
« Hein ? Une invitation, c'est ça ? »
Hum, ça m'ennuie un peu, ça.
J'ai bien accepté les invitations d'autres pays, mais vu l'ambiance de cette délégation, Roada risque de me faire passer un sale quart d'heure…
« Ce n'est pas une invitation. Deviens un membre de notre royaume de Roada. »
« ??? »
Qu'est-ce qui lui prend tout à coup, à celui-là ?
« À l'heure actuelle, de mon autorité, je peux t'accorder un titre de noblesse dans notre pays. »
La noblesse, c'est justement ce qui m'intéresse le moins.
« Laisser un talent capable de bâtir une telle ville en si peu de temps au rang de simple chef de village, Cérulia est bête à en crever. Heureusement, notre pays a pour tradition d'élever qui a de la valeur, fussent ses origines modestes. »
Il a l'air de croire que je suis chef de village parce que mon pays me méprise.
En réalité, on m'a maintes fois proposé un titre, mais c'est moi qui ai refusé.
« Euh… je décline. »
« Quoi… ?! »
Visiblement, il ne s'attendait pas à un refus, Gaïus hurla.
« C'est un titre de noblesse de notre pays, tout de même ! Certes, ce n'est qu'un baronnie viagère, mais si tu fais tes preuves, tu pourras être élevé au rang supérieur ! »
« Non, je suis pleinement satisfait de ma situation actuelle. »
« Imbécile… Tu ne saisis donc pas la valeur de ceci ? »
C'est donc là qu'on voit l'enfant… marmonna Gaïus avec dépit.
Je t'entends, hein ?
« Alors, quoi d'autre désires-tu ? »
« Je suis désolé, mais je n'ai pas l'intention de quitter ce village pour commencer. »
« … Toi, alors que je m'abaisse à ce point… Tu refuses vraiment ? »
Je me demande où il voit qu'il s'abaisse.
« Tu le regretteras ! »
Et c'est ainsi que Gaïus, furibond, repartit avec sa suite, balayant d'un revers de main nos salutations de départ.
Mais quelques jours plus tard.
Ils revinrent encore au village.
Sans la moindre once de repentir pour leur départ précipité, Gaïus m'aborda dès qu'il me vit.
« … Au sujet de la proposition d'hier, qu'en serait-il d'un titre de vicomte ? »
Non, le problème n'est pas le rang de noblesse, mais bon…
Il a oublié ma réponse, ou quoi ?
« L'autorisation de Sa Majesté n'est pas encore acquise, mais je le convaincrai. Si je l'appuie, les chances sont grandes qu'il accepte. Qu'un étranger se voie octroyer d'emblée le titre de vicomte est sans précédent. En tant que vicomte, on te concéderait des terres appropriées. Bien sûr, des terres d'excellente qualité, incomparables à ce désert. On peut dire sans exagération que non seulement ta vie serait assurée, mais la prospérité de ta descendance aussi. »
Il me ressort encore la même proposition, avec la même condescendance.
Bien sûr, ma réponse ne change pas.
« Je suis désolé, mais malgré l'honneur que vous me faites… »
« Quoi… Incroyable… Jusqu'où comptes-tu te moquer de moi ! »
De nouveau hors de lui, Gaïus et les siens repartirent.
Par la suite, ils revinrent maintes fois au village pour essayer de m'attirer dans leur pays.
Pourtant, alors qu'ils avaient commencé par une arrogance insupportable,
« Et… si c'était un titre de comte ? »
« Je suis désolé. »
« Marquis, alors ! Qu'en dites-vous ? »
« Je suis navré. »
« Je te donne ma maison entière ! Mes quatre filles en prime ! Ce sont toutes de ravissantes jeunes filles ! »
« Ce genre de chose, très peu pour moi… »
« Sa Majesté a dit qu'il ne verrait pas d'inconvénient à vous donner la main de la princesse ! »
« C'est pour ça que je vous dis que je refuse ce genre de chose ! »
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir ! Je t'en supplie ! Je t'en prie, accepte ! »
« He-hein, relevez la tête, je vous en prie ! »
Ils en vinrent peu à peu à supplier, l'air de plus en plus désespérés, jusqu'à se mettre à genoux pour m'implorer.
« D'ailleurs, quel est votre but, au juste ? »
« E… en fait… »