« Ah, quel espace si solennel et sacré... Qui aurait cru qu'un temple d'une telle grandeur puisse être érigé en un instant... »
Une femme d'une beauté frappante, visiblement étrangère, laisse échapper un cri d'admiration malgré elle.
Il s'agit de la grande cathédrale du village perdu dans la lande.
Désormais, une foule de pèlerins venue de toutes les régions s'y presse, faisant de ce lieu l'une des installations les plus importantes du village.
Pourtant, elle n'est pas une simple fidèle.
C'est ni plus ni moins la Meisei Shinno qui règne sur le royaume de Kyō.
Celle qui ne montre jamais son visage à ses sujets a quitté son pays incognito pour se rendre dans ce village situé de l'autre côté de la chaîne de montagnes maudite.
Par le passé, une telle imprudence aurait été absolument impossible.
Mais à présent, depuis le cœur de Kyō, il est possible de rejoindre ce village en peu de temps et en toute sécurité en empruntant le chemin de fer souterrain.
« Ce n'est pas seulement ce temple. Comment un tel a pu, en l'espace de quelques années seulement, bâtir une cité de cette ampleur au milieu de la lande... Si ce n'est là le pouvoir du Sauveur, alors qu'est-ce que c'est ? Il ne fait aucun doute que Luke-sama est la manifestation en ce monde du bodhisattva Miroku. »
Ainsi en arriva-t-elle à cette certitude renouvelée, tout en faisant le serment, les larmes aux yeux.
« Naître à la même époque est une chance inouïe, sans pareille. Je consacrerai ma vie entière à servir cette personne, à être ses mains et ses pieds. »
***
Le nombre de visiteurs venant du royaume de Kyō a soudainement augmenté.
Ni pour un entraînement martial à la manière des samouraïs d'Edow, ni pour les affaires comme les marchands d'Ōsaku.
Leur but semble être, apparemment, la grande cathédrale.
« Grande cathédrale : installation sacrée servant de centre de la foi. Si l'on y offre une prière sincère, on pourrait recevoir divers bienfaits ? »
Devant la grande cathédrale, censée pouvoir accueillir des milliers de personnes, une file d'attente s'est formée à cause de l'afflux de pèlerins venus de Kyō.
C'est pourquoi les prêtres dépêchés depuis la Grande Église d'Aréisla y célèbrent des offices plusieurs fois par jour.
« Mais pourquoi tant de monde... ? Le royaume de Kyō ne vénère-t-il pas une autre religion ? »
Je crains qu'une guerre de religion n'éclate, mais chose étrange, beaucoup de pèlerins ont la tête rasée comme Gai-san.
C'est déjà bizarre en soi que de fervents adeptes de l'enseignement bouddhique se rendent dans un établissement d'une autre foi.
« À ce rythme, ça va encore augmenter. Il vaudrait mieux construire des hébergements pour eux. »
Tandis que je réfléchissais ainsi, mon regard fut attiré par quelque chose.
« Elle pleure... ? »
Ce doit être l'une des pèlerines.
Une femme encore dans la mi-dizaine versait des larmes d'une intensité que je n'avais encore jamais vue.
D'après son apparence, c'est quelqu'un de l'Est ; peut-être lui est-il arrivé quelque chose de désagréable.
Impossible de l'ignorer, je lui ai adressé la parole.
« Euh, ça va ? »
« ! Lu, Luke-sama !? »
Au moment où elle se retourne, elle écarquille les yeux, visiblement surprise.
Luke, -sama ?
Pourquoi ce honorifique tout d'un coup... ?
Et alors qu'on ne s'est jamais rencontrés, comment a-t-elle su que j'étais Luke ?
Qu'elle ait entendu mon nom, soit, mais...
« Tiens ? Mais cette voix, je l'ai déjà entendue quelque part... »
' (Quoi ? Que Luke-sama me parle si soudainement... !) '
« On s'est déjà vus ? »
' (Aaah, pouvoir contempler directement le visage vénéré de Luke-sama, et non plus à travers un rideau... ! Mais cela signifie aussi que mon propre visage est vu... !) '
« Euh... ça, ça va ? Tu as le visage tout rouge, tout d'un coup... »
' (Aaah ! Ho, honteuse, je le suis ! N'ayant l'habitude de parler qu'à travers un rideau, rien que de converser face à face me rend nerveuse, alors quand l'interlocuteur est ni plus ni moins Luke-sama... !) '
Elle ne fait que s'affoler et ne répond absolument pas à mes questions.
' (Il doit me prendre pour une dingue ! Quququ, que dois-je faireeee !? Bo, bon, tant pis... il n'y a plus qu'à fuiiiir !) '
« Ah... elle est partie. »
Elle a fait demi-tour sur le champ et s'est enfuie à toutes jambes.
Est-ce que j'ai dit quelque chose de bizarre, moi... ?