Le géant requin fut congelé par l'entrepôt frigorifique.
Pour être exact, seule la surface pourrait l'être pour l'instant, aussi décidai-je de maintenir la congélation à cette température jusqu'à ce que l'intérieur soit parfaitement gelé.
« Ce requin, est-il comestible ? »
« Vu sa taille, la partie comestible doit être considérable. »
« Parmi les poissons-monstres qu'on trouve dans le donjon du village, certains sont délicieux. Ce serait chouette si celui-ci en faisait partie. »
Dès qu'ils attrapent un monstre, tout le monde se demande illico s'on peut le manger, hein…
« Quoi qu'il en soit, grâce à ça, le Kraken devrait retourner dans ses eaux d'origine. »
C'est ainsi que nous fîmes demi-tour vers la côte.
En chemin, quand j'essayai de jeter le Kraken à la mer, l'oncle m'en empêcha.
« Jeter ça, quel gâchis ! »
« Mais c'est pas bon, non ? »
« Certes, le Kraken n'est pas mangeable tel quel, mais fumé, il devient une denrée alimentaire tout à fait correcte. Si vous comptez le jeter, je veux bien le reprendre. »
Apparemment, la pêche ne tourne pas rond et le coin traverse une pénurie alimentaire depuis un moment.
Même si la reprise de la pêche est proche, pouvoir mettre la main tout de suite sur cette quantité de Kraken est une aubaine inespérée.
Dans ce cas, je décidai de leur céder le Kraken.
Quant au géant requin, l'oncle ignora lui aussi s'il était comestible sans le goûter, alors je l'emportai au village.
D'ailleurs, sa peau est si épaisse que personne d'ordinaire ne saurait le cuisiner.
« C'est le port, là. »
Alors que je faisais voler le parc un peu plus à l'est, la ville portuaire apparut.
Maints navires étaient amarrés, mais faute de pouvoir pêcher, la cité semblait manquer d'entrain.
Il n'y avait pas de place pour poser le parc, donc je l'amerris.
De là, je prolongeai un pont jusqu'au quai.
« Qu-qu'est-ce que… !? La terre tombe du ciel !? »
« L'entrée du port est complètement bouchée… on ne pourra plus jamais sortir pêcher… »
« Hi… y-y'a quelqu'un qui vient par ici… ! Fu-fuyez ! »
… Les gens du port paniquaient.
« Ils ont une peur bleue… »
« J'avais fini par m'habituer et j'y faisais plus attention, mais c'est sûr que c'est la réaction normale. »
L'oncle cria à tue-tête, affolé.
« Hé ! Les gens, c'est moi ! Inquiétez pas ! Ils sont pas dangereux ! »
« « « Bazar !? » » »
Apparemment, l'oncle s'appelle Bazar.
Les yeux brillants, l'oncle s'adressa aux portuaires.
« Au contraire, réjouissez-vous ! Grâce à eux, la pêche va pouvoir reprendre très bientôt ! »
« Qu'est-ce que tu racontes… »
« Bazar, le stress de pas pouvoir pêcher t'a finalement fait péter un câble… »
« Dernièrement, il passe son temps à fixer la mer tout seul, abasourdi. »
Que faire… cet oncle a l'air encore moins fiable que je pensais auprès des siens…
« J-j'ai la preuve ! Le monstre à l'origine de l'apparition du Kraken près de la côte se trouve dans ce bâtiment ! »
« Vraiment ? »
« Difficile à croire d'emblée, mais s'il l'affirme avec tant d'assurance, regardons. »
Ils traversèrent le pont et vinrent jusqu'au parc flottant sur la mer.
« C'est dans cet entrepôt frigorifique qu'il est congelé. »
J'ouvris la porte de l'entrepôt ; un froid violent s'engouffra, faisant chuter la température ambiante d'un coup.
« Froid !? C'est quoi, cet endroit !? »
« C'est bien plus glacial qu'une cave souterraine !? »
Tandis qu'ils s'étonnaient de ce froid, je leur montrai le monstre géant gisant dans l'entrepôt.
« « « Qu'est-ce que c'est que çaaaaaaaaaaaaaaaaaah !? » » »
L'oncle afficha un air triomphant.
« Comment ça ! Je vous l'avais bien dit ! Cette bestiole a saccagé l'habitat du Kraken, ce qui a provoqué ses apparitions fréquentes dans nos eaux ! Mais maintenant qu'elle est vaincue, la pêche devrait reprendre sous peu ! »
C'est nous qui l'avons battu, ceci dit.
« C-c'est quoi, ce truc… comment on a pu… »
« C'est un vrai, hein… »
Devant leurs gémissements d'incrédulité, l'oncle enfonça le clou.
« Et regardez aussi celui-ci ! »
« C-c'est… tous des Kraken !? »
En voyant l'énorme stock de Kraken dans l'autre entrepôt frigorifique, les portuaires furent une nouvelle fois sidérés.
L'oncle, tout fier, asséna :
« Cette montagne de Kraken qu'ils ont capturée, grâce à ma négociation, ils acceptent de tout nous la céder ! »
« Sérieux !? »
« Bazar ! C'est nous qui avions tort de douter de toi ! »
« C'est le top ! »
« « « Ba~za~ru ! Ba~za~ru ! Ba~za~ru ! Ba~za~ru ! Ba~za~ru ! » » »
Spontanément, des acclamations « Bazar » s'élevèrent, et l'oncle rit le nez haut.
« Suffit qu'ils comprennent, qu'ils comprennent ! Ah ah ah ! »
« … T'as rien fait de spécial, mais t'as l'air bien content de toi. »
« Ah ah ah… »