« Ah, ils rentrent. »
« Hah, sage décision. Ils ne vont pas foncer tête baissée sans plan, comme un certain quelqu'un. Hein ? C'est moi ce "certain quelqu'un" ! »
« Raul fait son tsukkomi enthousiaste... »
L'armée de Balste a bougé.
Apparemment, ils font demi-tour pour rentrer chez eux.
« Enfin, l'intervention de l'armée royale n'a servi à rien. Mais bon, grâce au chemin de fer, ils rentrent vite. Sans ça, on aurait dû les garder en observation ici un moment, de peur qu'ils ne réattaquent. »
« Au final, la demande de renfort aux seigneurs n'était pas nécessaire non plus. »
Bref, on m'a fait commandant malgré moi, mais avec ça, ma mission est accomplie, non ?
« Ma... mais c'est incroyable, gagner sans se battre... »
Le duc Talistar ne semble toujours pas croire la situation, ses lèvres tremblent.
Je laisse la suite entre ses mains.
Je suis rentré au palais avec Raul.
Pour faire mon rapport, j'ai une audience avec le roi.
« L'armée ennemie a battu en retraite. »
« ...Quoi, retraite ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »
J'ai expliqué la situation en résumé.
« : »
« ? Euh, Votre Majesté ? »
« Ha ! ? Ex, excusez-moi... J'ai perdu conscience un instant de surprise... »
Il est fatigué, peut-être ?
« Non, c'est bien la peine d'avoir apporté une ville entière jusqu'à la capitale... Je n'aurais jamais cru que cette méthode résoudrait si facilement une crise nationale... »
« Cette fois, j'ai juste construit un long mur d'enceinte, cela dit. »
Au passage, j'avais aussi envisagé de creuser un fossé profond comme une vallée, mais ça aurait complètement coupé les allées et venues, et quelqu'un aurait pu tomber et mourir, alors j'ai renoncé.
« En to... tout cas, merci pour vos efforts cette fois encore. Je ne saurais assez vous remercier. J'aimerais pouvoir récompenser vos mérites, si possible. »
« Non, ne vous en faites pas. »
Je ne le fais pas pour une récompense.
Tout au plus, je voudrais des jours paisibles et tranquilles.
« ...Au fait, Luke. À propos de ma fille, Darinée... »
« Alors, je prends congé. »
« Attendez, la conversation n'est pas finie !? »
Je suis rentré au village par téléportation avant qu'il n'ait fini de parler.
Parce que j'avais un mauvais pressentiment, c'est tout.
***
Je m'appelle Maria.
Je suis une fidèle croyante au service de Dieu.
Depuis mon entrée en religion étant enfant à la grande cathédrale d'Aréisla, le plus grand centre de foi du pays, j'y travaille comme sœur depuis de longues années.
Et cette fois, l'archevêque m'a confié directement une mission.
« Maria. Tu iras t'installer dans la ville de la lande et mèneras une enquête. »
« Une enquête, dites-vous ? »
« Oui. En fait, on soupçonne qu'il existe dans cette ville une église non officielle, non reconnue par notre cathédrale. »
« Une église non officielle ? »
C'était la première fois que j'entendais un tel terme.
D'ailleurs, se faire passer pour une église sans la permission de la grande cathédrale d'Aréisla est inacceptable.
D'abord, il ne devrait pas y avoir de prêtre...
Car quiconque obtient le Don d'Oracle devient dès cet instant obligé de vivre en croyant de l'Église.
« Mais pour une raison ou une autre, il se peut qu'il y ait dans cette ville un porteur du Don d'Oracle que nous n'avons pas recensé. »
« Na... »
Si c'est vrai, c'est une affaire grave.
« J'obéis. Je découvrirai sans faille son existence. »
« Je compte sur toi, Maria. »
C'est ainsi que, portant cette mission lourde, je suis arrivée dans cette ville de la lande.
Moi qui n'étais jamais sortie du territoire autonome géré par la grande cathédrale, j'ai été submergée par cette grande métropole.
« Des bâtiments aussi immenses, plusieurs... Et tant de monde, quelle animation... »
Je devais paraître terriblement suspecte, perdue par toutes ces premières fois, mais comme il y avait beaucoup d'autres migrants, j'ai heureusement pu commencer ma vie au village sans être suspectée.
Et après un certain temps.
J'ai fini par entendre une rumeur.
Une servante au service du chef de village de cette ville — on l'appelle chef de village pour une raison — rassemblerait régulièrement les villageois pour tenir une sorte d'assemblée.
De plus, le lieu de réunion serait sous terre.
À l'origine, c'était à la surface, mais depuis l'afflux de voyageurs, on l'aurait déplacé sous terre pour éviter les regards.
« ...C'est clairement suspect. »
J'ai décidé d'assister à cette assemblée.
Ce que j'y ai vu, c'était —
« « « Luke-sama ! Luke-sama ! Luke-sama ! Luke-sama ! Luke-sama ! » » »
« C'est exact ! Luke-sama est le sauveur du monde que Dieu a envoyé sur terre ! »
— Ils vénèrent une doctrine carrément dangereuse, bon sang de bonsoir !
Celle qui prêche avec force sur l'estrade, c'est sans aucun doute la servante au service du chef de village.
...Pour une raison quelconque, elle porte encore son uniforme de servante.
Propager un enseignement erroné est une faute grave qui va à l'encontre de Dieu.
Je ne dois absolument pas le permettre.
Je dois rentrer à l'Église tout de suite pour signaler cela.
Toc toc.
À ce moment-là, on m'a soudain tapé sur l'épaule.
Je me suis retournée et j'ai laissé échapper un « hic » involontaire.
« Fufufu, c'est votre première fois aujourd'hui ? Alors, une fois l'office fini, je vous expliquerai en tête-à-tête à quel point Luke-sama est merveilleux. »
La servante qui souriait gentiment m'est apparue comme l'incarnation d'un dieu maléfique.