« Quoi ? Un messager venu du groupe des hommes ? »
Ce jour-là, un messager du groupe des hommes arriva dans ce village peuplé uniquement de femmes.
La chef, Riri-san, renifla.
« Hmph, encore le même cirque ? Combien de fois qu'ils viennent, la réponse est non. Renvoie-les. … Hein ? Cette fois, le chef lui-même s'est déplacé ? Tch, quel emmerdement. Je ne peux pas l'expédier comme d'habitude, on dirait… »
Tout en claquant la langue, Riri-san semblait décidée à rencontrer cet émissaire.
« C'est si détestable que ça ? »
« … Eux, ils veulent fusionner les deux groupes en un seul. Mais moi, je refuse depuis toujours. Pour nous, c'est rien que des risques, zéro avantage. Les inviter uniquement pendant la saison de reproduction, c'est amplement suffisant. »
Le risque, c'est sans doute celui de se faire attaquer.
Tant que les hommes et les femmes vivent complètement séparés comme maintenant, ce souci n'existe pas.
En dehors de la période de reproduction, elles ne semblent guère chercher la compagnie du sexe opposé.
Les hommes-bêtes ont peut-être peu de sentiments amoureux.
« Cela dit, y en a qui se retrouvent en cachette dehors de temps en temps. »
D'ailleurs, les garçons nés ici sont élevés dans ce groupe jusqu'à trois ans environ, puis ils vont vivre chez les hommes.
Du coup, les liens parent-enfant sont aussi distendus, paraît-il.
Peu après, trois hommes-bêtes mâles arrivèrent à la tente de Riri-san.
Seuls trois individus au maximum sont autorisés à entrer en même temps dans le village, dit-on.
« Celui au milieu, c'est leur chef. Son nom, c'est Gaga, je crois. »
m'informa Lala-san.
Nous étions dehors, à épier l'intérieur par une fente.
Ce chef avait une carrure sacrément robuste.
Plus qu'un chat, on dirait un homme-bête tigre ou lion.
« Alors, quel est le motif qui t'amène en personne, chef ? »
« Avant ça, dis-moi ce que c'est que ce bordel ? J'ai été surpris de voir le village ceint de beaux murs en pierre, mais ce qui me frappe le plus, c'est la propreté à l'intérieur. Et malgré la disette de cette année, tout le monde a l'air bien nourri. »
« Hmph, c'est comme ça qu'on demande des nouvelles aux gens ? »
« … Ha, t'as pas changé. »
Leur relation ne semble pas au beau fixe.
« Mais c'est justement ce qui me plaît. J'aimerais bien te baiser lors de la prochaine saison de reproduction. Toi et moi, on ferait sûrement un gamin capable. »
« Arrête, tu me donnes la nausée. »
Riri-san grimace et crache ces mots.
C'est une rencontre entre chefs, mais ça a tourné à la demande en mariage, pour une raison quelconque.
« La grande sœur Riri déteste les hommes depuis toujours. Même en période de reproduction, elle n'aurait jamais couché avec qui que ce soit, paraît-il. »
« H-hein… »
Lala-san, ce genre d'explication, on s'en passe.
« T'es venu juste pour dire ça ? Alors causer plus longtemps sert à rien. Casse-toi. »
« … Je vais être direct. Pourquoi ne pas fusionner les groupes ? »
« Je refuse. »
« At-Attends. C'est une proposition qui a des avantages pour vous aussi. Si on fusionne, nous les hommes, on promet de nous charger de toute la nourriture à partir de maintenant. Comme ça, vous n'aurez plus à risquer votre vie pour voler des récoltes aux humains. »
Comme s'il sortait son atout maître, il ricana là,
« J'ai entendu dire ? Ta petite s'est fait capturer par les humains, c'est ça ? La pauvre… À l'heure qu'il est, elle sert peut-être de jouet à ces types. Mais si vous nous rejoignez, plus jamais un malheur pareil n'arrivera. »
« Tch, t'as eu cette info d'où… ? Mais désolé, ma sœur est juste là. »
« Quoi ? »
« Hé, entre. Tu t'es assez planquée là à écouter aux portes, non ? »
« … ! »
On avait été repérées, apparemment.
Lala-san entra dans la tente, la queue entre les jambes.
« … Qu'est-ce que c'est que ça ? C'était une fausse info… ? »
« Non, c'était pas une fausse info. Juste un peu datée. Cette idiote s'est bien fait capturer par les humains, mais elle est revenue depuis. »
« Quoi ? Merde, un truc pareil… »
« Hé hé, ma sœur est saine et sauve, et tu as l'air drôlement déçu. »
Riri-san sourit avec triomphe.