Je m'appelle Satan.
À l'origine, je suis né dans une famille noble, mais par un concours de circonstances, je suis désormais membre d'un gang de brigands.
À douze ans, j'ai reçu le Don « Télépathie ».
C'est une capacité commode qui permet de communiquer avec autrui sans échanger le moindre mot.
Mais en capacité annexe, ce Don a fait que j'entends dans ma tête les pensées des gens qui se trouvent près de moi.
C'est ce qui a valu d'être trouvé inquiétant et d'être chassé de la maison, il y a déjà vingt ans.
J'ai ensuite erré une dizaine d'années un peu partout, puis j'ai rejoint, il y a une dizaine d'années, ce gang de brigands que dirige le Boss Dorial.
À présent, je suis son bras droit, et les membres m'appellent « Frère » avec affection.
J'apprécie ce gang.
Le Boss fait peur quand il est en colère, mais il a compris la valeur de mon Don et l'exploite.
Surtout, le Boss possède un Don de combat, et il est fort.
Dans ce genre d'activité, on se heurte souvent à des soldats territoriaux, et le fait qu'on ait pu tous les repousser, c'est grâce au Boss.
Me voici maintenant parvenu dans la lande.
J'ai appris par Télépathie, de la bouche d'un subordonné qui pourchassait des réfugiés ayant fui par là, qu'il y avait un village.
« Frère, c'est sûr. Il y a bel et bien un village plus loin. »
« Je vois. J'étais à moitié sceptique sur l'existence d'un village en pleine lande, mais les dires de Bârl ne étaient pas faux, apparemment. »
Au rapport du gars parti en reconnaissance et revenu, je pousse un soupir de soulagement.
On n'a pas fait le déplacement pour rien, apparemment.
« Hé, Bârl. Comme tu l'avais dit, on a trouvé le village. »
« O, ouais ! Les gars du village sont complètement endormis ! Si on y va, c'est maintenant ! Ah, j'ai ouvert la porte du village en douce ! On peut entrer facile ! »
« Hmph, t'as eu une bonne idée pour une fois. »
J'échange par Télépathie avec Bârl, qui est déjà à l'intérieur, pour vérifier la situation, puis je la rapporte au Boss.
« Hah, un village de cette taille, on n'a même pas besoin d'attendre la nuit pour le tomber. Attendre le matin serait chiant. Autant en finir vite fait. »
En reniflant, le Boss empoigne sa hache de guerre favorite et se met en marche vers le village.
Il dépasse les deux mètres, une carrure hors du commun.
Sa hache est gigantesque, un homme normal n'arriverait même pas à la soulever, et le Boss la manie d'une seule main.
Nous suivons le Boss.
Une partie est restée en arrière pour surveiller les réfugiés capturés, donc nous sommes quarante en tout.
Même comme ça, c'est une force amplement suffisante pour faire tomber un village de cette envergure.
Bientôt apparaît ce qui ressemble à la porte d'entrée du village.
Nous nous en sommes approchés sans allumer de feu, comptant sur la lumière de la lune et des étoiles, mais ici, d'un coup, tout le monde allume sa torche.
« Les mecs ! Suivez-moi ! ORAAAAAAH !! »
C'est le Boss qui ouvre la marche.
En balançant sa hache, il fonce sur la porte, et bien qu'elle soit en bois, il la fait voler en éclats d'un seul coup.
« OOOOOOOOOH !! »
À la suite du Boss, nous nous ruons tous à l'intérieur du village.
Mais à cet instant, un phénomène bizarre se produit.
Soudain, la sensation du sol sous nos pieds disparaît.
« E ? »
Une sensation de flottaison d'un instant.
Immédiatement après, nos corps commencent à tomber, et la panique nous saisit.
Impossible, des trous ! ?
Mais par chance, si on peut dire, c'est dans l'eau que nous sommes tombés.
« Buhah !? Chikushō… Il y avait une douve creusée à l'intérieur du rempart en terre … !? »
J'ai avalé pas mal d'eau d'un coup, mais je parviens à ressortir le visage et à hurler.
Cela dit, cette douve est profondément creusée.
Même moi, qui suis de taille moyenne, n'ai pas pied.
De l'autre rive, des flammes s'allument les unes après les autres.
On y distingue désormais de multiples silhouettes.
Les villageois… Ils savaient qu'on arrivait et ils nous ont tendu un piège … ?
« Ne me sous-estimez pas ! Une douve comme ça, je la traverse à la nage – !? »
Je sens la température de l'eau chuter brutalement, et un frisson me parcourt.
« L'l'eau… elle gèle… »