« Puisque j dormais si bien, c'est de ta faute si tu m'as réveillée. Ce scellé nécessitait une préparation incroyablement fastidieuse, et je n'ai plus jamais envie de le refaire. Donc tu as la responsabilité de me nourrir jusqu'à ma mort. »
Telle était son argument.
C'est pour cela qu'elle s'était installée chez moi, et chaque jour, elle ne faisait rien d'autre que boire, dormir, boire, dormir, en boucle.
« Cela dit, l'alcool est bon, la bouffe est bonne, et en plus il y a un lit confortable, c'est vraiment le top. On dirait que j'ai été ramassée par un propriétaire merveilleux. »
En grignotant ses amuse-gueules, Miranda-san imitait un chien en aboyant « wouaf wouaf ».
Propriétaire... Elle doit être saoule... J'espère qu'elle l'est.
« Euh, Miranda-san, de quelle époque êtes-vous ? »
« Bah, j'sais pas. Puisque j'ignore à quelle époque on est, même si tu me le demandes, je peux pas répondre. »
« C'est vrai... »
« Au fait, à l'époque, grâce à cette couleur de cheveux, on m'appelait le Sage du Crépuscule et on me vénérait. »
« Hé... »
Elle n'a vraiment pas l'air d'en être un.
cela dit, la puissance magique qu'elle a montrée juste après la levée du sceau dans ces ruines.
Cette intensité effroyable était peut-être bien à la hauteur de ce titre.
« ... Mais bon, j'étais trop compétente. »
Qu'est-ce que c'est, tout à coup elle se vante ?
Je pensais ça, quand...
« Du coup, tout le monde a fini par dépendre entièrement de moi. Le moi d'alors était trop gentil. Si je pouvais être utile à tous, je leur prêtais mon pouvoir sans compter. Mais c'était une erreur. Avant de m'en rendre compte, j'étais obligée de tout faire, de A à Z... Je travaillais à en crever, chaque jour. Et pourtant, à un moment donné, tout le monde a trouvé ça normal. »
D'un air tourné vers l'horizon, elle se mit à raconter son passé par bribes.
« Un jour, j'ai enfin atteint ma limite. J'ai tout laissé tomber. J'en avais marre. Alors, ceux qui comptaient sur moi jusqu'-là se sont mis en colère. Dépêche-toi. Tu ne vas pas t'enfuir, hein. Foutaises... On m'appelait sage, mais j'étais une idiote... Le dévouement gratuit, quand il va trop loin, rend les gens incapables... Pourquoi n'ai-je pas pu m'en rendre compte plus tôt... »
En tant que chef de village, je ne pouvais pas m'empêcher de sentir que cette histoire ne concernait pas un tiers.
« C'est pour ça que j'ai arrêté de travailler. Mais même ainsi, ceux qui me retrouvaient pour me demander ci ou ça ne tarissaient pas. Ça m'a saoulée, alors j'ai décidé de me sceller moi-même dans d'anciennes ruines. Pour ne plus jamais me réveiller, tout au fond de cette salle souterraine. »
« C'était ça... »
Apparemment, Miranda-san est d'une époque postérieure à la construction de ces ruines.
« ... Qu'est-ce que tu penses de ce scénario ? »
« Qu'est-ce que tu racontes comme scénarii~~~~~ !? »
Je me suis écroulé en poussant un cri involontaire.
En me voyant, Miranda-san a éclaté de rire.
« Gya hahaha ! Tu as cru !? Peut-être que tu as cru !? Gya hahahaha ! »
Cette alcoolique...
« Dommage, mais dans mon village, tout le monde a obligatoirement un travail à faire. Le logement est fourni gratuitement, mais si tu veux vivre au village, il n'y a pas d'exception. Donc Miranda-san aussi, il faut que tu travailles— »
« Guga— »
« Hein, elle dort !? »
J'ai attrapé la carafe d'eau qui était à côté et lui ai versé de l'eau de force dans la bouche.
« Bogogogogogo !? »
La soi-disant sage s'est réveillée en panique.
« Geho geho geho ! Toi, avec ta gueule mignonne, t'es vachement brutale !? »
« Plus que ça, écoutez-moi ! N'importe quoi ira, un travail simple, peu importe, faites quelque chose qui serve au village. »
« Kukuku, mais je refuse ! Moi, j'aime squatter chez les autres, boire de l'alcool gratos, bouffer gratos, et passer mes journées à glander sans rien faire ! »
« C'est ça... Bon, tant pis. »
J'ai saisi son bras et j'ai utilisé le téléportation comme ça.
L'endroit où nous avons atterri était une plaine vide.
« Je vous laisse ici— »
« Attends, un peu— »
J'ai ignoré sa voix qui m'appelait et suis rentré au village.