« Tout à fait, ce seigneur est une vraie plaie. »
C'est en soupirant que marmonna l'un des généraux commandant l'armée de Frenko, Rudolf.
Le vicomte Frenko qu'il servait laissait le travail à ses vassaux et, jour après jour, s'amusait à attraper des femmes de Doltz pour se divertir.
On comprend qu'il soit ravi d'avoir vaincu le vicomte Doltz après des années de conflit, mais il n'avait pas encore complètement établi sa domination sur ces terres.
« La situation est instable à bien des égards. On aimerait au moins qu'il assure convenablement le commandement pendant la journée... »
Qui plus est, on ne savait même pas où se trouvait le vicomte Doltz.
Lorsqu'ils avaient pris la capitale du fief, celui-ci avait déjà disparu.
Il avait sans doute jugé sa défaite inévitable et fui les premiers, mais rien n'empêchait qu'il ne revienne à la tête d'une armée pour tenter de reprendre la capitale.
« Cela dit, vu la situation actuelle de Doltz, cela ne sera pas aisé non plus. »
À l'origine, les deux camps devaient être à forces égales.
L'écart s'était creusé brutalement parce que Doltz s'était considérablement affaibli suite à l'exode massif de ses sujets.
Fondamentalement, la population ne cessait de diminuer.
Même en cherchant à reformer une armée, réunir des forces suffisantes n'avait rien de simple.
« Mais à l'avenir, il est fort probable que le fief de Frenko perde lui aussi des habitants. Non, cela a déjà commencé, peu à peu. Et tout cela, à cause du nouveau village apparu dans le duché d'Albeil... »
La rumeur de ce village mystérieux était parvenue jusqu'à lui.
Des histoires qu'on avait peine à croire, mais au vu de la situation du fief Doltz, on ne pouvait plus les rejeter.
Pour Frenko, géographiquement plus éloigné, l'impact était resté léger comparé à Doltz, mais il n'était pas impossible qu'un exode soudain et massif ne survienne plus tard, le condamnant au même sort.
« Si le seigneur reste tel qu'il est, notre fief pourrait bien être en danger... »
C'est à cet instant qu'il se produisit quelque chose.
Alors qu'il marchait sur la galerie extérieure aménagée au deuxième étage du château, il découvrit quelque chose d'étrange dans la cour intérieure.
« Qu'est-ce que c'est ? Un escalier ? Y avait-il un escalier à un endroit pareil ? »
Un escalier menant sous terre.
Après l'occupation, ils avaient fouillé le château de fond en comble, et il était certain qu'il n'y avait rien de tel dans la cour.
L'instant d'après, à la vue de plusieurs silhouettes jaillissant de cet escalier, Rudolf en douta de ses propres yeux.
« Quoi !? »
Un groupe armé.
Et manifestement, leur équipement n'avait rien de celui de l'armée de Frenko.
« C-c'est une attaque ennemie !? Impossible !? »
Alors qu'il peinait à comprendre ce qui se passait, un nouveau coup du sort s'abattit sur lui.
Un peu plus loin, un escalier du même type était apparu, et un autre groupe en débouchait pour s'engouffrer dans l'enceinte.
« Là aussi !? Non, de l'autre côté aussi !? Qu-qu'est-ce qui se passe !? Ku... c-une attaque ennemie ! Une attaque ennemie ! L'ennemi a déjà pénétré dans le château ! Contrez-lez immédiatement ! »
Malgré sa panique extrême, il hurla de toutes ses forces.
Et au milieu de ce tumulte, il aperçut une silhouette qui était censée avoir fui ce château.
« Ah, c'est... le vicomte Doltz !? C'est donc l'armée de Doltz !? »
Comme leurs équipements étaient disparates, il n'avait pas pu l'identifier sur l'instant, mais la présence du vicomte Doltz ne laissait place à aucun doute.
Il était venu personnellement reprendre son château.
« !? »
À cet instant, il vit depuis le sol un archer bander son arc dans sa direction.
Mais la distance qui les séparait dépassait trois cents mètres, et d'une telle distance, il était impossible de l'atteindre.
Cette prévision optimiste fut balayée en un instant.
La flèche lancée siffla en fendant l'air en ligne droite.
S'il ne s'était pas jeté au sol in extremis, sa tête aurait pu être pulvérisée.
Un fracas retentit, et lorsqu'il se retourna avec appréhension, le mur derrière lui était enfoncé comme s'il avait été percuté par une météorite.
« Qu-qu-qu... »
Il n'avait jamais vu d'être humain capable de tirer une flèche aussi monstrueuse.
Bien entendu, il n'avait jamais entendu dire que l'armée de Doltz comptait un tel soldat parmi ses rangs.
Mais ce n'était pas seulement cet archer qui le glaçait d'effroi.
Une jeune fille qui projetait des blocs de glace tout en tranchant les soldats de Frenko à tour de bras avec ses deux épées.
Un géant qui, bouclier massif en avant, chargeait et soufflait plusieurs soldats d'un coup.
Un garçon qui, enveloppé de vent, courait à une vitesse invisible à l'œil nu et submergeait les soldats de Frenko.
Et bien d'autres encore, tous d'une force hors du commun.
Les soldats de Frenko, ayant réalisé l'anomalie, affluaient les uns après les autres, mais ils n'arrivaient même pas à contenir ce qui n'était au fond qu'une centaine d'individus.
« Qu-qu'est-ce qui se passe... »