« Hein ? De quoi tu parles ? »
« …… Hein ? »
Devant Luke qui inclinait la tête sans raison apparente, Raul resta coi.
« Ah, ça m'a rudement aidé ! Grâce à toi, on a réussi à repousser le dragon-arbre ! Bon, t'avais pris une attaque et t'étais évanoui, ceci dit ! »
« …… Hé, ho, qu'est-ce que tu racontes ? »
Face à cette feinte éhontée, Raul se troubla.
« Quoi ? Un dragon-arbre est sorti de la Forêt maudite, et tu as mené l'armée pour le repousser, non ? Tu t'es pas cogné la tête, par hasard ? »
« …… ! »
Ayant enfin saisi l'intention de Luke, Raul en resta bouche bée.
Il allait jusqu'à rejeter la faute de tout cet épisode sur ce monstre pour en rester là ?…
« Putain… Jusqu'où faut-il que tu te foutes de ma gueule pour être satisfait… !? »
« Je ne me fous pas de toi ? C'est plutôt une convergence d'intérêts. »
« …… Convergence d'intérêts, dis-tu ? »
« Ouais. Je te l'ai dit, non ? Moi, je n'ai aucune envie de reprendre la maison Albeil. Tant que je peux vivre tranquille dans ce village, ça me va. »
« …… »
Devant les yeux de Luke, dépourvus de la moindre ombre, Raul finit par comprendre que c'était sa sincérité.
« C'est pour ça que je veux qu'on fasse comme si de rien n'était et que tu rentres à la capitale. Bien sûr, sans en parler au père. Comme ça, toi, tu restes le prochain chef de la maison Albeil comme avant. Moi, je reste simple chef de village dans la nature. Tu vois, nos intérêts coïncident, non ? »
Pour Raul, qui avait subi un cuisant revers à la tête de cinq mille hommes, c'était une offre inespérée.
Mais sa fierté refusa d'acquiescer docilement.
« En à peine un an, t'as bâti une ville de cette ampleur dans cette nature ! Si tu t'y mettais, tu pourrais devenir le maître non seulement des Albeil, mais de ce pays…… non, du monde entier ! Et pourtant, tu te contenterais de cette nature !? »
« C'est ça. »
« Tch… Putain… Pourquoi t'es comme ça, toi… »
Après ce claquement de langue, Raul souffla, abasourdi.
Leurs valeurs, pourtant frères, étaient trop radicalement opposées pour qu'il puisse seulement commencer à comprendre.
Devant cela, celui qui avait entretenu sa rivalité tout ce temps n'avait-il pas l'air idiot ?
Tandis qu'il sentait même sa colère s'amollir, Luke, comme s'il l'avait deviné, fit coulisser la grille de fer pour rendre le passage libre.
« Qu'est-ce que tu fabriques… !? »
« Hein ? C'est réglé, non ? »
« …… Tch. »
Raul quitta la cellule, vexé.
Il n'avait pas d'épée, mais face à Luke, l'assommer à coups de poing aurait été jouable.
Pourtant, comme si son venin avait été aspiré, l'envie ne lui vint même plus.
Luke, comme s'il l'avait compris, se tenait là, sans défense.
« Oui, oui, t'as l'air plus en forme que prévu. Tant mieux. »
« Hah, j'ai juste perdu connaissance un moment. »
« "Un moment"… Ça fait trois jours, là. »
« Trois jours !? J'ai dormi trois jours !? »
« Ouais. Les blessures ont été soignées tout de suite, mais tu ne te réveillais pas du tout. »
Cela expliquait sa faim. Trois jours plus tard, l'armée avait dû se dissoudre naturellement et la plupart des soldats être rentrés, déduisit-il.
Probablement que seuls les cadres, lui y compris, avaient été enfermés.
« Tout le monde est encore là, tu sais ? Environ cinq mille personnes. »
« Ha ? »
La ville regorgeait de vie.
D'innombrables boutiques s'alignaient, et les gens vaquaient avec entrain.
« En à peine un an, une ville pareille… »
Raul ne put que rester coi.
Bâtir en un an une ville de plus de dix mille habitants sur une lande stérile où il n'y avait rien, c'était inimaginable quand ils avaient chassé Luke.
« Brochettes de viande de minotaure du donjon, par ici~ »
« Ici, des chaussons à la viande d'orque de la Forêt maudite ! »
Au moment où les effluves appétissantes lui chatouillaient les narines, des appels invraisemblables parvinrent à ses oreilles.
« Hé, ho, c'est pas vrai… Ici, on vend de la viande de minotaure et d'orque comme si de rien n'était ? »
« Ouais, c'est ça. »
« …… »
Le goût de la viande mangée plus tôt lui revint, et Raul eut un mouvement vers les étals, mais il se retint tant bien que mal.
Guidé par Luke, il se retrouva devant un ensemble de bâtiments d'une ampleur écrasante.
« C'est quoi, ça ? »
« C'est un "immeuble", un logement collectif. Tes soldats sont gardés ici pour l'instant. »
« "Gardés"… Y en a cinq mille, bordel… C'est pas des chiens ni des chats qu'on "garde" avec cet air décontracté… »