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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 151 : Le domaine du chevalier Eulenberg

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Chapitre 151

Chapitre 151 : Le domaine du chevalier Eulenberg

Chapitre 151/151100%~33 min de lecture6 503 mots

« Quand on est un vieillard de mon âge, la cuisine de Mizho a l'avantage d'être légère. C'est délicieux. »

En fin de compte, la question de l'administration du tunnel que nous venions de percer n'a pas été réglée.

Le seigneur Eulenberg, dont le domaine borde l'entrée nord, n'en avait pas les moyens.

Quant à la maison du margrave Breithleder et à la maison royale, elles redoutaient la mauvaise réputation que leur vaudrait une mainmise brutale, et ont refusé d'en prendre la charge.

Prétextant que l'inspection et les travaux du tunnel prendraient du temps, personne n'a tranché aujourd'hui, et chacun est reparti vers la capitale royale ou vers ses terres.

Pour l'administration du tunnel proprement dit, Roderich ayant renforcé les effectifs, nous l'avons confiée à Thomas et à Nikolaus.

Nous sommes rentrés au manoir, et ce soir le cardinal Hohenheim était venu se faire offrir le dîner.

Le menu tournait surtout autour de la cuisine de Mizho, qu'Elise et les cuisiniers du manoir ont apprise depuis peu, et le cardinal Hohenheim, avec son grand âge, l'apprécie beaucoup.

Il buvait de l'alcool de Mizho et mangeait avec appétit des aubergines frites marinées, du tofu frit au bouillon, des ayus grillés au sel.

L'ayu est un poisson qu'on ne pêche, dans l'Empire, que dans les rivières du Nord, et c'est aussi une spécialité du comté de Mizho — aujourd'hui duché de Mizho.

Le cardinal Hohenheim portait même à la bouche, avec gourmandise, les entrailles d'ayu en saumure.

« Le comté de Mizho, tiens. Les produits en sont rares, et les nobles comme les fortunes du royaume se disputeront peut-être ces denrées. Ce n'est pas gras, cela devrait plaire aux femmes et aux personnes âgées. »

Sur Terre aussi, la mode de la nourriture saine avait amené les Occidentaux à manger japonais.

Les gens de ce monde-ci doivent situer la cuisine de Mizho de la même façon.

« Nous avons bien fait d'obtenir le droit de commerce direct. C'est notre plus beau résultat. »

Le duc de Mizho m'ayant décrété son ami intime, il me cède même les produits rares à bas prix.

Le fameux prix de l'amitié.

« Les récompenses du gouvernement impérial sont pourtant autrement considérables. »

« Cela, nous ne l'avons gagné qu'en respectant notre contrat. »

Brantack comme le Maître ne voient pas les choses autrement.

Ils estiment que lorgner maladroitement sur des terres ou des prébendes impériales ne vous attire que des ennuis.

« Voilà qui vous ressemble bien, mon gendre. Au fait, Elise. »

« Oui. »

Le cardinal Hohenheim s'adresse à Elise, assise à ma droite.

« Et cet enfant, toujours pas ? »

« Pardonnez-moi. Pas encore… »

« C'est-à-dire que… »

« Je connais la situation. Je posais la question pour la forme. »

Si nous n'avons pas encore d'enfant, c'est que jusqu'ici nous utilisions une potion contraceptive.

Au début, l'idée était qu'un jeune couple pouvait bien attendre un an ; ensuite, pendant la guerre civile, une grossesse aurait réduit nos forces. Des raisons faciles à comprendre.

« Si Elise n'a pas d'enfant, on verra se multiplier les imbéciles qui s'inquiètent pour des choses qui ne les regardent pas. »

« Nous ne prenons plus rien, ce n'est qu'une question de temps. »

« Voilà qui rassure. »

« Mais un homme d'Église comme vous, Éminence, peut-il vraiment parler de cela ? »

Il est tout de même homme d'Église, je m'inquiète que cela lui attire des ennuis.

« En public, évidemment, je n'en dis pas un mot. Beaucoup de fidèles viennent consulter l'Église parce qu'ils n'arrivent pas à avoir d'enfant. Tenir de tels propos me causerait des ennuis. »

Dans l'Église, la façade prime, mais le cardinal Hohenheim est aussi vicomte.

Chez un noble, il est naturel de se soucier de la descendance.

« Mon gendre n'a que dix-sept ans. À vrai dire, je ne suis pas inquiet. Et puis… »

Le cardinal Hohenheim tourne les yeux vers ma belle-sœur Amalie, assise au bout de la table.

Officiellement, elle a le rang de gouvernante, mais dans les faits elle ne porte pas de tenue de domestique.

Chargée de s'occuper discrètement de moi au quotidien dans le manoir, elle est en réalité traitée comme une concubine au sein de la maison du comte Baumeister.

Ses vêtements ne se distinguent d'ailleurs en rien, par la qualité, de ceux d'Elise et des autres.

« Moi, je… »

« Cela ne me gêne nullement. Le seigneur Meinbach me paraît un homme de bon sens, au fait des usages de la noblesse. »

« Vous connaissez mon père ? »

« Quand on est cardinal, on finit par savoir. Les informations remontent. »

Voilà pourquoi on traite le cardinal Hohenheim de vieux démon.

Il est vicomte de robe et cardinal, mais il ne dispose ni d'une fortune hors du commun ni d'un vaste corps de vassaux.

La maison Hohenheim est une maison de robe : elle n'a pas de terres.

En revanche, il tient un réseau d'informations qui passe par l'Église, étendu de tout le royaume jusqu'à l'Empire.

Et grâce à cela, Sa Majesté elle-même en aurait par le passé avalé des couleuvres.

« Six, donc. Pour mon gendre, c'est plutôt peu. Je suis noble moi aussi : tant que l'ordre de préséance est respecté, je ne dirai rien. Faites des enfants à votre guise. La maison du comte Baumeister manque cruellement de parentèle. »

Il faudrait, paraît-il, faire des fils de concubines les chefs de branches cadettes et les envoyer un peu partout comme intendants, afin de renforcer l'emprise sur le territoire.

« Le comté Baumeister est bien trop vaste. Mon gendre, il faut vous appliquer à faire des enfants. »

« Comment dire… on dirait un étalon. »

« La formule est bien trouvée. Nobles et membres de la famille royale, tous le sont. On contrôle les lignées, on fait naître les enfants. Oh, je m'égare. Notre invitée, elle, a du cran. Il est vrai qu'il s'agit d'une ancienne duchesse et d'une ancienne prétendante au trône impérial. »

Le regard du cardinal Hohenheim quitte ma belle-sœur Amalie pour Thérèse, que nous avons conviée au dîner.

Sans surprise, à la différence d'Amalie, peu habituée à ce genre de tablée, elle affichait un sourire teinté d'effronterie, digne d'une ancienne duchesse.

« J'ai perdu le titre de duchesse Philippe, on m'a accordé une maigre pension et je vis seule sous la protection du comte Baumeister. Je ne crois pas mériter que le cardinal Hohenheim, qu'on pressent comme prochain archevêque suprême, s'occupe de moi en personne… »

« Allons, allons. Je ne suis qu'un vieillard qui s'inquiète pour sa petite-fille. »

Le cardinal Hohenheim redoute visiblement que Thérèse cherche à devenir mon épouse, à me donner un enfant et à en faire le prochain comte Baumeister.

« Plus on monte en rang, plus on devient soupçonneux, semble-t-il. Je me croyais pourtant échappée de ce monde-là. »

« Que l'intéressée le pense est une chose ; que son entourage le pense en est une autre, et c'est là mon souci. »

« Un homme comme le cardinal Hohenheim doit avoir bien des sujets d'inquiétude en ce bas monde. »

« Rien que de très ordinaire, dame Thérèse. »

Thérèse plante son regard dans celui du cardinal Hohenheim.

De là où nous sommes, on croirait voir des étincelles jaillir entre eux.

« Grand-père. »

« L'être humain, en vieillissant, devient soupçonneux. C'est fâcheux. »

Interpellé par Elise, le cardinal Hohenheim a détendu ses traits.

« Je comprends fort bien l'attachement du cardinal Hohenheim pour sa petite-fille. Mon propre grand-père est déjà mort, je vous envie. »

Les deux ont cessé de s'affronter, mais l'inquiétude du cardinal Hohenheim n'est pas dissipée.

Il a fait pression sur Thérèse en lui signifiant qu'il collecterait des informations par les églises du comté Baumeister et qu'il interviendrait au moindre signe.

Cela dit, Thérèse elle-même semble bien décidée à ne plus jamais toucher à ce genre de luttes de pouvoir.

Son attitude revient à dire : surveillez-moi, je vous en prie.

Thérèse a cessé ses approches trop visibles et s'est mise à fréquenter Elise et les autres en amie, et curieusement, de ne plus être courtisé me laisse une espèce de vague à l'âme.

Serait-ce encore une de ses manœuvres ?

Décidément, les femmes sont bien difficiles à comprendre.

« Que diriez-vous de nous livrer vos informations, pour montrer à quel point vous tenez à votre petite-fille ? »

« Voilà qui est juste. »

Les informations dont parle Thérèse doivent concerner le seigneur Eulenberg, rencontré aujourd'hui, et son domaine.

Ce domaine a lui aussi ses églises : le cardinal Hohenheim doit donc savoir des choses.

« C'est une histoire à vous fendre le cœur… »

À l'en croire, le seigneur Eulenberg est un très brave homme, d'une grande faiblesse de caractère.

« Faiblesse de caractère, disons. De leur point de vue, Sa Majesté est un personnage des nuages qu'on rencontre une seule fois dans sa vie, à la cérémonie de succession du titre. Quant au margrave Breithleder ou aux nobles de rang ministériel, ce sont des gens qu'ils pensent ne jamais croiser de leur existence. »

« C'est la campagne, comme chez moi. »

Le domaine Eulenberg vit à peu près en autarcie ; il tire ses revenus en allant vendre sa spécialité, la patate maro, dans les bourgs et villages voisins.

« Les villages et les bourgs voisins relèvent du margrave Breithleder, mais le margrave n'y est pas. »

Trois cents sujets qui labourent avec leur seigneur et dont l'humeur suit la récolte.

Les échanges avec les autres nobles ne les intéressent pas, et la plupart des nobles ignorent jusqu'au nom du seigneur Eulenberg.

Ils sont nobles, mais à peine plus qu'un gros paysan ; il y a chez eux moins de noblesse que dans l'ancien domaine du chevalier Baumeister.

Ils ne sont pas riches, mais pas pauvres non plus.

Le seigneur ne lève pas d'impôts écrasants, il est bon et doux, et ses sujets n'ont aucun grief.

« C'est vrai qu'ils avaient l'air très paisibles. »

Elise avait acheté des patates maro et d'autres légumes avant de repartir, et on ne lui avait pas fait le coup du prix pour étranger : on lui avait vendu à bas prix, comme dans une vente directe à la ferme.

« Mais dis-moi. Avec un mode de gouvernement pareil, les cadets ne sont pas embêtés ? »

« Non, ils ne le sont pas. »

Le cardinal Hohenheim répond à la question de Luise.

« Partir de ce domaine pour Breithburg n'a rien d'une expédition. »

Qui veut couler des jours tranquilles au domaine Eulenberg y reste ; qui veut tenter sa chance cherche du travail à Breithburg.

Beaucoup de ceux qui sont partis reviennent passer du temps au pays, ce qui prouve à quel point le domaine Eulenberg est matériellement confortable.

On y vit sans grand argent et on n'y manque pas de nourriture.

C'est sans doute pour cela que ses habitants m'ont paru, dans l'ensemble, de si braves gens.

« Et les courses, on peut les faire dans les villages et bourgs voisins. »

À l'entendre, on y vit peut-être plus à l'aise que dans l'ancien domaine du chevalier Baumeister.

« Un revenu tiré de la patate maro. »

« Elle est sucrée et délicieuse, cette patate. »

Dans les bourgs alentour, elle serait très appréciée.

Les conditions de culture font qu'on ne la récolte, semble-t-il, qu'au domaine Eulenberg.

« Le seigneur Eulenberg n'est pas homme à se forcer à faire le noble. Et son fils, sa spécialité, ce serait l'amélioration variétale et les méthodes de culture de la patate. »

Père et fils se ressemblent et paraissent tous deux d'un naturel timide, mais leur savoir sur la patate maro serait remarquable.

Cela dit, obtenir de tels renseignements, il n'y a que l'Église.

« En apprenant tout cela, ils me font encore plus de peine. »

Ces deux-là sont parfaitement heureux tant qu'ils cultivent leur patate maro avec leurs sujets.

Et l'on prétend les forcer à embaucher un millier de soldats, à constituer un corps de vassaux et à administrer le tunnel.

Il n'y avait là que des nobles de premier plan.

Ils ont sûrement commis bien des vilenies par le passé, et c'est justement pour cela qu'un homme comme le seigneur Eulenberg les met mal à l'aise.

« Si le margrave Breithleder acceptait de se salir les mains, tout serait réglé ; mais cet homme hésite. »

« Pourquoi, à votre avis ? »

« À cause de mon gendre, les nobles du royaume le voient comme le grand gagnant. Il a peut-être jugé qu'un profit de plus serait un poison. »

Tant qu'à faire, il aurait pu foncer, me dis-je.

« Quoi qu'il en soit, il faut attendre un peu. C'est bien l'autre qui doit mener l'étude scientifique du tunnel ? »

L'autre, c'est Ernest, qui n'est pas ici ce soir.

Il est enfermé dans sa chambre à préparer l'étude scientifique du tunnel.

« Celui-là aussi est encombrant. »

Le cardinal Hohenheim avait depuis longtemps deviné qui était Ernest.

« Tant qu'il étudie les ruines du comté Baumeister, il se tient tranquille, je crois. »

« En effet. Quand un homme a plus de force magique que mon gendre, songer à le retenir est peine perdue. »

Tant qu'il fait ce qu'il aime, il est calme, et ce qu'il aime profite au royaume : dans l'état actuel des choses, on n'a d'autre solution que de me le confier.

« Mon gendre va donc faire l'aller-retour au domaine Eulenberg quelque temps ? »

« Oui. »

Conduire et surveiller Ernest pendant son étude scientifique du tunnel, et poursuivre la collecte de renseignements sur le domaine Eulenberg.

Je ferai aussi de temps en temps des travaux dans mes terres, et comme aventurier je compte chasser les wyvernes et les dragons volants de la chaîne de la Grande Ligue.

Ils vivent juste à côté.

« Ce domaine va connaître une période difficile. »

« Ces deux-là, si frustes et si timides, risquent de tomber en pâmoison encore une fois. Quelle affaire. »

« Ha, dame Thérèse a tout compris, évidemment. »

« Cela s'imagine assez facilement. »

« En effet. »

Le cardinal Hohenheim se méfie de Thérèse comme d'une rivale pour Elise, mais il apprécie visiblement la noble de talent qu'elle a été.

Il poursuit la conversation avec elle de fort bonne humeur.

« Veillez à ce qu'aucun parasite ne s'introduise, quelque temps. Je compte sur vous, mon gendre. »

Les prévisions du cardinal Hohenheim se sont réalisées : pour un simple tunnel, nous allons de nouveau être emportés dans l'agitation des nobles.

« Vraiment, c'est encore plus la campagne que chez moi… »

Notre séjour au domaine Eulenberg étant décidé, nous nous y sommes rendus par « Téléportation ».

La garde du tunnel est confiée à Thomas et aux siens, et Ernest mène son étude scientifique sous leur surveillance.

« Quelle construction magnifique ! »

Ce n'est qu'un grand tunnel, et l'étude scientifique prendrait tout de même une semaine.

Comme l'accompagner nous paraissait assommant, nous avons laissé faire Thomas et les siens.

« Quelle campagne majestueuse… plus encore que chez moi… »

En regardant les champs en pente qui s'étendent hors du tunnel, El s'émerveille une fois de plus de la rusticité du domaine Eulenberg.

« La pente entière n'est qu'un champ de patates maro. »

Ina aussi contemplait les champs en contrebas.

Allez savoir pourquoi, la patate maro ne pousse que sur des versants de montagne où la température baisse matin et soir.

En revanche, elle vient mieux quand le milieu de journée est doux, et ce versant sud du continent, le long de la chaîne de la Grande Ligue, remplit ces conditions.

« Au duché de Mizho, la culture serait difficile. »

« Non. En matière de nourriture, les gens de Mizho rendent possible l'impossible. »

'Impossible d'affirmer le contraire, en effet…'

Le mariage d'El approche, mais Haruka, qui n'avait rien de particulier à faire aujourd'hui, l'a suivi.

Elle a l'air de chercher un plat à préparer avec la patate maro.

Sur ce point, on reconnaît bien les gens de Mizho.

« Ver, cet homme, c'est l'héritier. »

Luise, qui a de bons yeux, a repéré un personnage important.

« Le sieur Veit, c'est ça. »

Dans le champ en pente, nous repérons Veit, le fils et héritier qui se prosternait hier avec son père.

Son prénom a beau claquer comme un appel au combat, il n'a l'air, physiquement, que d'un brave garçon absolument étranger à tout conflit.

Il semble donner des instructions aux paysans, mais tout noble qu'il est, il ne porte même pas d'épée.

L'idée qu'un autre noble puisse le voir ne doit même pas l'effleurer.

« Mais que vois-je ! N'est-ce pas monsieur le comte Baumeister ? »

Dès qu'il nous aperçoit, Veit accourt à toute allure et nous salue en se faisant tout petit.

Il gravit cette pente sans peine : il paraît étranger aux arts martiaux, mais il a peut-être plus de coordination et d'endurance qu'on ne croirait.

« Sieur Veit, vous êtes l'héritier du domaine Eulenberg, vous n'avez pas besoin de vous abaisser ainsi… »

C'est mieux que la prosternation d'hier, mais père et fils fréquentent visiblement très peu les autres nobles et, en plus, ils tiennent tous les autres nobles pour supérieurs à eux.

Nos positions sont les mêmes ; j'aimerais qu'ils cessent.

« Pardon, c'est l'habitude… »

« Allons, j'espère que vous vous ferez à l'idée… »

Cela va prendre du temps, me dis-je, et je change de sujet.

« Ce sont les champs de patates maro ? »

« Oui. Depuis mon arrière-grand-père, plusieurs dizaines d'années, nous avons peiné pour les étendre jusque-là. »

Ils avaient défriché un versant où ne viennent ni wyvernes ni dragons volants, et de superbes champs de patates maro s'y déployaient.

« La culture est difficile, n'est-ce pas ? »

« Pour qu'elles soient sucrées, il faut veiller à bien des choses, au-delà du climat et de l'emplacement du champ. »

Dès qu'on parle de patate maro, Veit devient intarissable.

Il doit préférer faire pousser des tubercules à manier l'épée.

'Il serait plus heureux en chercheur qu'en noble…'

C'est ce que marmonne Ina, et elle a bien raison.

Au Japon, ce serait le genre à entrer en faculté d'agronomie et à décrocher un doctorat.

Le genre qu'on présente dans un divertissement télévisé comme « le docteur ès patate maro ».

« Si l'on plante directement le tubercule de semence, la patate maro ne donne presque rien. »

Veit nous conduit vers une installation qui ressemble à une chambre de germination pour patates douces.

« Nous les faisons germer ici, et nous plantons ensuite les tiges au champ. »

« De ce côté-là, c'est comme la patate douce. »

« En effet. La patate maro est une mutation de la patate douce. »

Voilà pourquoi les méthodes de culture se ressemblent.

« Trois mois après la plantation des tiges, on récolte. »

Le sud du continent, hors des montagnes où les matins et les soirs sont froids, jouit toute l'année d'un climat doux.

Autrement dit, on peut récolter la patate maro environ trois fois par an.

Non, en s'y prenant bien, quatre ?

« Germination en chambre, champ en pente, écart de température matin et soir. Quoi d'autre ? »

« La qualité du sol. Nous l'observons et nous apportons des engrais de complément fréquemment. »

« Jeune maîîître ! »

Là-dessus, un paysan occupé aux champs se montre.

« J'voudrais qu'vous r'gardiez la terre d'mon champ. »

« La terre ne va pas ? »

« P't-être ben qu'il manque un peu d'engrais. »

« Je vais voir. »

Veit se rend au champ du paysan, prend une poignée de terre et la porte à la bouche pour la goûter.

« Cela vous suffit à savoir ? »

« Oui. Il faut encore un peu d'engrais. Pas celui au poisson de rivière. Il faut apporter celui qu'on fait avec les feuilles mortes et l'herbe. »

« C'est bien l'jeune maître. J'vas en mettre tout d'suite. »

« Oui. Plus vite on agit, plus elles seront sucrées. »

Goûter la terre pour en juger la qualité.

Il me semble qu'il y a eu quelqu'un comme ça, autrefois.

« C'est du travail. »

« Les faire pousser tout court ne pose pas de problème. C'est les rendre sucrées qui est difficile. »

En contrepartie, les patates maro sucrées obtenues à force de peine partent aussitôt.

Tellement demandées qu'elles arrivent rarement jusqu'à Breithburg : c'est dire.

« Du coup, je passe mes journées entières aux champs. »

Voilà donc, en substance, les explications qu'il nous a données…

« Je me sens terriblement coupable… »

« Ver, la garde et l'administration du tunnel, c'est impossible pour cet homme. »

« Un contresens total. »

« Il faut confier ça à quelqu'un d'autre. »

« Il n'acceptera jamais, c'est certain. »

Devant le tunnel, nous faisons griller des patates maro sur pierres pour le goûter et nous parlons en cercle ; ce qui sort de la bouche d'Elise et des autres se résume à : « c'est impossible pour le sieur Veit, et ce serait cruel ».

« C'est vrai. Moi-même, j'en ai bavé, alors commander mille hommes sans la moindre expérience, c'est impossible. »

Pour El, qui a appris le commandement militaire pendant la guerre civile, que Veit puisse d'emblée diriger mille gardes et administrer le tunnel tiendrait du miracle.

« Et avant tout, lui-même n'en a pas envie. »

« Il va se percer un ulcère, non ? »

El a le mental solide, il s'en est sorti ; Veit, lui, se prosterne dès qu'il voit un noble de haut rang.

Son père est pareil, on ne peut donc rien lui confier, et dans ces conditions il ne reste que le margrave Breithleder ou le royaume pour s'en emparer de force.

« Tout le monde joue les bonnes âmes, d'un coup. Ne serait-il pas plus heureux, ce père et ce fils, si on les transférait sur un vaste domaine où l'on peut cultiver beaucoup de patates maro ? »

« C'est bien vrai… »

Sa Majesté et Ruckner, le ministre des Finances, qui avaient emporté la question comme un devoir à la maison, ne donnent aucune nouvelle.

Au-delà, nous sommes à court de solutions.

« Maître, les patates maro sont cuites. »

« Ah ! Elles sont prêtes ! Ça sent bon. »

Haruka, qui surveillait le feu, annonce que les tubercules sont à point.

Quand on ouvre le couvercle de notre four à pierres artisanal, un parfum sucré et grillé se répand alentour.

Ce four à pierres est une pièce d'exception, réalisée par un artisan d'objets magiques que j'ai fait venir au comté Baumeister, d'après un plan que j'avais dessiné avec mes talents de dessinateur… discutables.

Grâce à un cristal magique de haute performance, une seule recharge de magie permet de cuire des tubercules pendant des heures.

Les pierres de cuisson, je les ai moi-même taillées à la magie, soigneusement, toutes à la même dimension.

Tout cela a coûté quelque cinq cent mille cents, mais pour de bonnes patates grillées, cela reste acceptable.

En tout cas, moi, je ne trouve pas cela cher.

« Impressionnant. Cette patate maro, elle rend du sirop. »

La patate maro est plus sucrée que la patate douce Annô de ma vie antérieure, au point que la cuisson sur pierres en fait perler du sirop.

« C'est meilleur qu'à la vapeur. »

« Suuucré ! »

Dans tous les mondes, les femmes adorent les patates grillées, apparemment.

Tout le monde mange avec un air heureux.

Et moi aussi, bien sûr, je suis heureux.

« Mon ami, nous en rachèterons pour rapporter. »

« Oui. Avec cette patate, un flan ou un gâteau seraient sans doute délicieux. »

« En rentrant, je ferai un essai. »

Ensuite, nous nous sommes réfugiés dans le goût de la patate maro pour fuir la réalité puis, nous ressaisissant un peu, nous avons chassé le dragon volant dans les montagnes voisines pour finir la journée — mais le problème de fond n'a pas avancé d'un pouce.

Les six jours suivants, jusqu'à la fin de l'étude scientifique d'Ernest, nous avons fait griller et mangé des patates au domaine Eulenberg, chassé, et je me suis absenté de temps à autre pour des travaux de génie civil.

« Dis, Ver. Comment ça va finir ? »

« Va savoir. »

Les adultes qui pourraient trancher n'arrivent visiblement pas à se décider et ne donnent même pas de nouvelles.

« Le flan que nous avons essayé était bon, mais… »

« Le gâteau d'Elise aussi était bon, mais… »

« Le kinton et le yôkan de patate de Haruka étaient bons aussi. »

« Mais ce qui dépasse tout cela… »

« C'est la patate grillée sur pierres. »

« Avec un produit d'exception, il arrive qu'une cuisson simple soit meilleure qu'une préparation longue et compliquée. »

« Je viens d'entendre une vérité. »

Comme la question du domaine Eulenberg n'avance pas, ces dames, qui ont du temps, se sont plongées dans la recherche culinaire sur la patate maro.

En conclusion, la patate grillée serait la cuisson suprême.

Et sur ce point, je suis d'accord.

Même si le flan, le gâteau, le kinton et le yôkan sont, à mon avis, largement assez bons.

« Enfin quoi, il n'y a que la cuisine de la patate maro qui progresse. »

« Que ça progresse, c'est déjà bien. »

« Non, en tant que noble, tu trouves ça sérieux ? »

« L'être humain ne peut pas vivre sans manger ! La propriété d'un tunnel change de mains en quelques dizaines ou quelques centaines d'années, mais la méthode de cuisson suprême devient une culture qui reste dans la mémoire des hommes pendant des milliers, des dizaines de milliers d'années ! »

Je me suis trouvé si inspiré que je me suis félicité moi-même.

Peut-être cette phrase passera-t-elle à la postérité comme un mot du comte Baumeister.

« Tu dis des choses qui sonnent bien, mais tu fuis la réalité toi aussi, Ver… »

El était consterné, et voilà une semaine que rien n'est réglé.

Évidemment, un problème survient.

« Ah là là, une conférence où l'on voulait m'entendre parler de la guerre civile, je suis épuisé. »

Brantack m'ayant contacté à l'improviste, je suis allé le chercher à Breithburg par « Téléportation » : il portait une pile considérable de portraits de prétendantes.

« Brantack, vous prenez d'autres épouses ? »

« Pas pour moi, imbécile. Pour le sieur Veit Frank von Eulenberg. »

« Déjà… »

« Déjà. »

Même moi, je comprends.

Autrement dit, l'information a fuité pour une raison ou pour une autre, et des nobles ont surgi qui veulent marier Veit à leur fille ou à leur sœur.

« Qui a vendu la mèche ? »

« Ce genre d'information finit toujours par fuir, va savoir pourquoi. Tout le monde peut être coupable, ou personne. »

« Peu importe, après tout… »

Ces portraits sont adressés à la maison Eulenberg.

Ce n'est pas à nous d'en juger.

Brantack se présente au seigneur Eulenberg comme envoyé du margrave Breithleder et lui remet la liasse.

Au bas mot, il doit y avoir plus de trente portraits.

« Euh… Monsieur le comte Baumeister ? »

« Oui. »

« Qu'allons-nous faire ? »

« Qu'allons-nous faire, dites-vous… »

Je ne peux pas décider à sa place.

Ces propositions sont adressées à la maison Eulenberg, c'est donc au seigneur Eulenberg de trancher.

En voyant son visage inquiet, Brantack a détourné la tête et soupiré.

'Monsieur le comte, il est normal, ce bonhomme ?'

'Je ne peux rien garantir.'

« Vous pourriez vous inspirer des mariages contractés jusqu'ici par les chefs de la maison Eulenberg pour accepter ou refuser. »

Elise fait une réponse de bon sens, mais l'expression anxieuse du seigneur Eulenberg ne change pas.

« La maison Eulenberg est bien filleule de la maison du margrave Breithleder ? »

« Oui. »

'Pour une filleule, le margrave n'avait pas l'air de bien la connaître…'

Aussi reculé soit-il, le domaine du chevalier Baumeister avait, lui, davantage marqué la mémoire du margrave Breithleder.

« Forcément : à cause du précédent chef, il a dû envoyer des caravanes et éponger des dettes. Ça marque. »

La maison du chevalier Baumeister lui avait causé des ennuis par le passé, puis en avait beaucoup subi : voilà pourquoi elle est restée dans la mémoire du margrave Breithleder.

Cela s'appelle aussi se faire remarquer en mal.

'Sans cette affaire, le domaine Eulenberg ne serait jamais entré dans le champ de vision du maître.'

Un petit domaine nobiliaire d'environ trois cents âmes, adossé à la chaîne de la Grande Ligue, dont les habitants ne dérangent personne.

Ils ont vécu si paisiblement, si ordinairement, que pour un margrave Breithleder débordé, c'est justement l'absence totale de tracas qui les a fait oublier.

« Mais enfin, en tant que maison noble, on a dû vous proposer des mariages ? »

« C'est que… jusqu'ici, nous n'avons jamais contracté de mariage avec une autre maison noble. »

« Quoi ?! Ce n'est pas possible ! »

Même la maison du chevalier Baumeister, à l'approche de l'âge du mariage, se creusait la tête comme il faut ; et la maison Eulenberg, elle, ne l'a jamais fait.

« D'où font-elles venir leurs épouses ? »

« Peu de maisons nobles connaissent notre maison Eulenberg, et de notre côté les travaux des champs nous accaparent, nous n'avons pas le loisir d'aller solliciter ailleurs. Alors c'est la fille d'un marchand d'un bourg voisin, ou la fille d'un notable du domaine. »

« Et ça suffit… »

« Et personne ne le leur reproche… »

Ina comme Luise ne cachent pas leur stupeur devant une maison Eulenberg si étrangère aux usages de la noblesse.

D'ordinaire, un noble qui ne donne pas une fille de la noblesse pour épouse principale à son héritier s'attire des ennuis ; mais comme aucun noble ne connaît le domaine Eulenberg, personne ne s'en soucie.

'Une maison noble furtive, ni plus ni moins…'

Un certain prince héritier est un peu comme ça, cela dit…

« Seigneur Ver, il faut demander si le sieur Veit a une fiancée. »

« C'est vrai. »

« Alors, vous en avez une ? »

Sur la remarque de Wilma, je pose la question au premier intéressé.

« J'en ai une. »

« Ah, il en a une… »

Veit doit déjà avoir vingt ans.

Qu'il ait une fiancée n'aurait rien d'étonnant.

« Oui ! La fille du notable, mon amie d'enfance… »

« Sieur Veit ! »

Juste à ce moment-là, celle qui doit être la fiancée déboule.

Elle doit avoir dans les seize ans.

Sa tenue est celle d'une roturière, mais c'est une bien jolie fille.

« Marita ? Qu'est-ce qui se passe ? »

« Voilà… Mon père m'a dit qu'on vous présentait des filles de la noblesse. »

« Non, rien n'est décidé… »

« Mais on peut point r'fuser comme ça, qu'il dit. Moi, j'me r'tire de bon cœur. »

Cette Marita déclare qu'elle se retire de bon cœur.

Qu'elle doive se retirer dépendrait de la fille de la noblesse qui deviendrait épouse principale ; mais en toute logique, elle ne peut pas l'être elle-même.

Pour éviter les querelles d'ordre de succession entre les enfants, l'usage serait qu'elle entre comme concubine une fois que l'épouse principale aurait eu un enfant.

« Marita, nous nous sommes promis quand nous étions enfants. De nous marier et d'administrer modestement ce domaine Eulenberg tous les deux. »

« Mais… »

« Marita, tu as oublié ce jour-là ? »

« Non. J'me souviens qu'le sieur Veit m'a d'mandée en mariage quand j'avais quatre ans, en disant : “j'veux qu'tu sois ma femme”. »

« Alors ! »

« Mais quand même… »

« Le domaine Eulenberg n'a pas besoin d'une fille de la noblesse ! Je veux me marier avec Marita et avec personne d'autre ! »

« Sieur Veit ! »

Après cette scène digne d'un mélodrame, les deux se sont étreints sur place.

Brantack affichait un air de « tu crois que ça va passer ? », et El semble du même avis.

Seulement, allez savoir pourquoi, Elise et les autres sont émues comme si elles venaient d'assister à quelque chose de beau.

« Sieur Veit, vous conformer à l'usage suivi jusqu'ici au domaine Eulenberg ne pose aucun problème. »

Même Elise, celle qui d'ordinaire rappellerait le bon sens nobiliaire, se déclare de leur côté.

De toute évidence, voir de près l'amour pur de deux amis d'enfance a fait passer le sentiment avant tout.

« Mais oui. Refusez toutes les autres propositions ! »

« Des nobles qui débarquent avec des propositions de mariage dès qu'on parle de tunnel, on les ignore ! »

« Passer par le margrave Breithleder pour faire la demande, c'est déloyal. Il faut se battre. »

« Absolument ! C'est à vous de décider, sieur Veit. C'est votre envergure d'homme qui est en jeu ! »

« À Mizho aussi, il arrive que la volonté des intéressés fasse plier un mariage politique ! Courage ! »

« Mesdaaames, réfléchissez calmement ! »

El tente de calmer Elise et les autres, échauffées, mais sans grand effet.

Il ne s'attendait pas à ce que des personnes sérieuses comme Elise, Ina et même Haruka passent dans l'autre camp, et il ne trouve pas d'argument pour convaincre ces dames.

Moi non plus, je n'imaginais pas que toutes les femmes approuveraient sans réserve le mariage de Veit et de Marita, et j'en suis resté bouche bée.

« Ver, c'est à toi de les arrêter. »

« C'est vrai. »

« Oh ! Pour une fois, tu vas t'opposer à tes épouses ? »

« El, mon garçon, je suis le comte Baumeister. »

Vraiment, même Elise se laisse emporter par le sentiment.

Je suis le comte Baumeister, et j'ai le devoir de guider cette maison Eulenberg qui ne respecte pas les usages de la noblesse.

« Ver, quel monstre ! »

« Luise, dis ce que tu voudras. »

« Écoutez-moi bien, sieur Veit. »

« Monsieur le comte Baumeister. »

Veit, résolu, cache Marita derrière lui et me fait face.

Ses yeux d'homme qui a désormais quelque chose à protéger affichaient la volonté de ne pas reculer d'un pas, fût-ce devant moi.

Il avait manifestement la plus belle allure des deux, mais je suis un grand noble, et il faut parfois savoir jouer les méchants et les mal-aimés.

« Écoutez-moi bien, sieur Veit. »

« Je vous écoute. »

« Pour un noble, l'amour libre est le plus grand des luxes. »

« Mais ce n'est pas obligatoire. »

« En effet. Cependant, vu la situation actuelle du domaine Eulenberg, c'est quasiment impossible. »

Puisque vous ne pouvez pas administrer seuls le tunnel, il vous faut accepter même la fille d'un noble cupide et vous appuyer sur sa maison.

« Non. Je ne choisirai pas cette voie ! »

« Et que ferez-vous, alors ? »

« Je veux devenir le mari de Marita et cultiver la patate maro ! Qu'on nous prépare un domaine de remplacement, et nous y vivrons. »

« Sieur Veit. La terre des champs en pente vient tout juste d'être prête. Il ne faut point la jeter pour moi. »

Ces champs vont sans doute disparaître avec les travaux, mais je n'ai pas trouvé le moment de le dire.

« Marita, en dix ans, la terre se refait. Certains de nos sujets ne nous suivront peut-être pas sur le nouveau domaine. La vie sera pauvre, je crois, mais tu me suivras, n'est-ce pas ? »

« Avec joie. »

Veit et Marita s'étreignent, et Elise et les autres applaudissent sans retenue.

En me retournant, je m'aperçois que Brantack est passé lui aussi, entre-temps, dans le camp d'Elise.

Trahir en fonction du sens du vent, quel affreux bonhomme.

« La détermination du sieur Veit m'a ému. Je ferai tout mon possible pour convaincre le maître. »

« El ! »

Et El, qui obéit au doigt et à l'œil à Haruka, retourne prestement sa veste pour venir me convaincre à son tour.

Que voulait dire son attitude du début !

On dirait vraiment que le méchant, c'est moi !

Ah, le méchant…

« Mon ami, je crois que l'on peut, de temps en temps, s'écarter des usages de la noblesse. »

« Mais oui. Ce serait cruel pour eux. »

« Ver, quel cœur sec ! »

« Seigneur Ver, c'est cruel ! »

« C'est bien pour ce genre de moments que vous avez la puissance et la renommée du comte Baumeister ! »

« Absolument ! Avec l'autorité que vous donne la pacification de la guerre civile, servez-vous-en pour imposer la chose, maître. »

Manifestement, je me suis mis toutes ces dames à dos.

« Monsieur le comte, dans le sens du courant, vous savez… »

« Brantack, trahir comme ça, ce n'est pas loyal… »

« Moi, je suis toujours du côté des femmes. »

Brantack siffle un air et détourne les yeux.

« Maître, qu'est-ce qui vous déplaît, au juste ? »

El, tout à coup, met le doigt sur la vérité.

Oui, j'avais bien le prétexte de faire respecter les usages de la noblesse.

Mais au-delà, quelque chose me contrariait.

« Une amie d'enfance plus jeune… »

« Hein ? Quoi ? Ver ? »

« Une promesse de mariage dans l'enfance : un veinard pareil mérite un châtiment ! »

J'ai lâché le fond de ma pensée.

Avoir une amie d'enfance de l'autre sexe, et en plus une promesse de mariage : une situation de roman ou de film.

Mais c'est quoi, cette vie de privilégié ? Ma colère éclate.

« Alors que moi ! »

De cinq à douze ans, en tant que Wendelin, j'étais complètement seul, sans le moindre ami.

Et dans ma vie antérieure, j'ai beau fouiller ma mémoire, aucune amie d'enfance n'en sort.

Ce qui en sort, ce sont des garçons, rien que des garçons.

« Aaah ! En plus de la recherche sur la patate maro, il a bouclé la recherche sur l'amie d'enfance ! Bon sang ! Alors que moi ! Alors que moi ! »

Qu'est-ce que c'est ?

Cette colère sans objet qui remonte du fond de mon âme ?

Je me dis qu'il faut à tout prix que j'empêche ce couple de se marier.

« Une épreuve pour les veinards ! »

« Excusez-le. Notre maître a parfois de drôles de crises. »

« N'y faites pas attention. Il est normal d'habitude, mais il lui arrive de dérailler. »

El et Brantack ont traîné mon cri de l'âme plus bas que terre.

Et mon passage à l'acte a été empêché par El et Brantack, si bien que j'ai fini, de fil en aiguille, par soutenir moi aussi le mariage des deux jeunes gens.

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C'était le dernier chapitre disponible pour The 8th Son? Are You Kidding Me?.

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