Cinq jours s'étaient écoulés depuis l'attaque d'Harénaé par le héros antique Arès.
Pendant ce temps, Adof avait sillonné Harénaé, ralliant ceux qui pouvaient combattre pour secourir la population, et rassemblait les rescapés dans des maisons du quartier le plus au nord du pays pour les mettre à l'abri.
Heureusement, Arès ne semblait pas accorder d'importance aux activités d'Adof et des siens.
Il se contentait de faire adorer les civils rassemblés au temple, et n'avait pas bougé de manière spectaculaire depuis le premier jour.
« Frérot Adof... y a vraiment un sens à tout ça ? Les monstres qu'on abat sont remplacés illico par le double. »
Dans la zone d'évacuation, le faux Volk — Dylan — posa la question à Adof.
Dylan avait été convaincu par Adof, et comme il lui devait la vie, il était finalement resté à Harénaé pour participer à ses opérations de sauvetage.
Mais il nourrissait des doutes sur la ligne de conduite d'Adof.
« Arès a dit que ce rituel débile durerait sept jours et sept nuits sans interruption. Le fait qu'il laisse les monstres faire le boulot sans bouger lui-même, c't'à cause de ça, non ? Une fois que ce sera fini, il déboulera jusqu'ici... »
« Dylan, toi, juste parce que tu veux te barrer, tu viens pourrir le moral... »
L'un des soldats présents braqua son épée sur Dylan.
« N-non, c'est sûr que c'en fait partie... mais pas que ! Même au fin fond d'Harénaé, si du monde s'amasse, Arès finira par pointer le bout de son nez ! Et là, c'est l'extermination totale, bordel ! »
Dylan ne se taisait pas et enchaînait.
Le soldat l'épée à la main s'approcha de Dylan avec une allure meurtrière.
« H-hé, frérot Adof ! Tout l'monde a pas ta volonté de fer, merde ! C'vrai... y a bien des gars parmi vous, les soldats d'Harénaé, qui veulent filer ! Les civils qu'on a sauvés, c'est pareil ! Ils l'diront pas, mais ils l'pensent ! Pourquoi qu'il nous emmène pas tous se casser illico, qu'ils se disent ! »
« Ce type... »
« C'est pour ça que vous vous démenez pour me contredire ! Moi non plus, j'parle pas juste pour sauver ma peau à ce stade ! Il me suffirait de profiter d'une ouverture pendant l'opération pour me barrer ! Mais là, tout l'monde va crever pour rien ! Faut lever le camp maintenant ! C'parce que je dois un truc à frérot Adof que je vous l'dis ! J'ai tort quelque part ?! »
« Arrête de brailler n'importe quoi... ! Tu supportes pas la culpabilité de fuir tout seul, alors tu veux nous embarquer avec toi ! Nous, on a juré fidélité à Harénaé ! Sale miteux ! Si tu veux partir, casse-toi tout seul sans chercher d'excuses ! »
« M-menteur, tu dis ?! Bande de chiens d'un petit pays ! Frérot Adof, passe encore, mais j'ai pas l'intention de me laisser mener par le bout du nez par vous ! On y va ?! Ouais ! »
Dylan, lui aussi, posa la main sur la garde de son épée pour les menacer.
« Arrêtez, vous deux. Dylan a raison... Si on rate le moment de se retirer, tout l'monde y passera. »
Adof interpella les soldats.
« M-mais... ça veut dire abandonner les civils et fuir ! »
« Avec des idéaux seuls, on sauve personne. On peut pas sacrifier les civils pour l'orgueil de soldats. »
« ...C'est vrai, mais... »
« J'ai entendu parler d'Arès auprès des rescapés. Le vaincre est impossible. Il ne dort pas, ne mange pas. Aucune des failles qu'un être vivant est censé avoir. Ses paroles sont incohérentes, et apparemment, pas moyen de le raisonner, voire même de dialoguer. »
Adof porta son regard vers le temple où se trouvait Arès.
En ce moment, Arès était retranché au fond du temple, faisant adorer la foule massée autour.
« D'après le prêtre, ce serait pas un pur héros antique, mais quelqu'un dont l'âme serait ligotée par un tiers, transformé en marionnette. Son état ressemble à celui des monstres soumis à l'art que possèdent les saintes de génération en génération... »
Le prêtre d'Harénaé connaissait le [Spirit Servant] des saintes.
Ceux piégés par la compétence [Spirit Servant] n'avaient plus besoin des actes vitaux comme manger ou dormir, et ne pouvaient plus désobéir à leur maître.
Leurs actions étaient contraintes, leurs pensées et leur mentalité qui gênaient les ordres étaient taillés, tordus.
L'Arès actuel voyait son désir originel de domination mondiale et son agressivité tordus pour coller aux ordres de la Voix de Dieu, tout le reste étant scindé de son cœur.
Le prêtre n'avait pas saisi jusque-là, mais il avait perçu que l'état d'Arès relevait du [Spirit Servant] ou de quelque chose d'approchant.
« On est à la limite. Y a des soldats qui sont morts, et votre moral baisse jour après jour. Aujourd'hui, on emmène les civils qu'on a sauvés, on traverse le désert et on fuit vers un autre pays. »
« Une chose pareille... »
Les soldats baissèrent la tête.
Les soldats en étaient conscients.
C'est parce qu'ils se mentaient à eux-mêmes pour se donner du courage qu'ils s'étaient acharnés à contredire Dylan.
« Tch. Quand c'est moi qui l'dis, vous me traitez de con et vous braillez, mais quand c'est frérot Adof, vous vous effondrez direct. C'est important, qui parle. C'pour ça que j'empruntais le nom de Tueur de Dragons. »
À les paroles de Dylan, les soldats alentour le fusillèrent du regard d'un seul coup.
« C-c'est la vérité, merde ! Au lieu de m'engueuler, engagez votre propre cœur de merde ! Cette fois, j'présenterai pas d'excuses ! »
« C'est vrai qu'Adof-sama a peut-être raison. Mais ma famille, elle est encore à Harénaé, normalement... »
« ...Avec ce monde, à pied, à travers un désert infesté de monstres. On peut pas se permettre de disperser nos forces à la va-vite. Puisque vous avez juré fidélité à Harénaé, comprenez. »
« Mais si on les abandonne ici, ma famille, elle est morte c'est sûr. C'est... comme si c'était moi qui les tuais. Laissez-moi juste, moi, rester ici... »
Le soldat baissa encore la tête.
« C'est suicidaire. Sacrifiez pas les civils pour votre fierté de soldats. »
Dans une atmosphère sombre, Adof se tourna vers le temple.
« Ceci dit, j'ai bien accepté votre commandement, mais je suis un traître en exil depuis longtemps. Désolé, mais j'ai pas l'intention de servir Harénaé plus que ça. »
« Adof-sama... ? Qu'est-ce que ça... »
« Je vais seul au temple défier Arès en duel. »
« Adof-sama !? »
Les soldats regardèrent Adof, abasourdis.
« C'est mon orgueil. Si la mort de la héroïne Ilusia est la raison pour laquelle le héros Arès est venu à Harénaé, j'en porte la responsabilité. En plus, avant de finir en tant qu'épéiste, j'ai toujours voulu une dernière bataille flamboyante. Si l'adversaire est le héros antique, c'est pas mal. »
« Adof-sama... une chose pareille... »
Les autres soldats comprenaient aussi que c'était rien que des jeux de mots.
Adof ne pouvait pas se contenter de laisser mourir les civils qui restaient.
Il pouvait pas sacrifier les civils pour l'orgueil des soldats.
Mais il pouvait pas non plus faire le coup de fuir en abandonnant les civils capturés.
Et s'il partait au combat, les autres soldats le suivraient, dispersant les forces nécessaires pour faire fuir les civils vers l'étranger.
La réponse qu'Adof avait trouvée, c'était de défier Arès non pas en tant que soldat d'Harénaé, mais comme un seul épéiste.
« Vous, accomplissez votre devoir de soldats, et fuyez avec les civils. »
« Adof-sama... »
Pour les soldats qui souhaitaient pas abandonner les restes, Adof décida de rester seul.
Personne pouvait pas fourrer son bec dans sa détermination.
« Attends, frérot Adof. Avec cette logique, y a aucun souci pour que je reste, moi aussi, non ? »
Dylan s'avança devant Adof.
« Toi... ! T'étais celui qui voulait le plus se barrer d'ici, non ? »
Adof regarda Dylan, surpris.
« J'arrête de me décarcasser pour ce petit pays minable. Celui à qui je dois un truc, c'est frérot Adof. »
Voyait la vraie droiture dans la posture majestueuse d'Adof, Dylan choisit de partager son sort.