Je presse ma tête avec mon bras intact.
Ma tête brûle.
L'excitation m'avait fait courir dans tous les sens, activant ma circulation sanguine, et c'est à ce moment-là que la corde d'herbe s'est dénouée, laissant le poison se répandre d'un coup dans tout mon corps.
Mais même ainsi, je ne peux pas me permettre de faiblir.
Je régule ma respiration et calme mon cœur emballé.
C'est peut-être une consolation, mais la propagation du poison devrait ralentir un peu.
Au terme de la course roulante, le combat final contre le lézard noir commence enfin.
« Kishi… »
Il me fixe de ses yeux d'un noir pur en poussant un minuscule cri.
Sa silhouette se double et m'apparaît comme deux créatures. C'est foutu, ma vision ne se stabilise pas.
Est-ce que je peux gagner ? Rien que rester debout est une souffrance.
Bon, déjà, je vais checker le statut de l'ennemi, et après je réfléchirai à un plan.
***
[Espèce : Venom Princess Lechelt]
[État : Saignement (mineur)]
[Nv : 19/35]
[PV : 23/108]
[PM : 50/127]
***
Ça fait de l'effet, c'est sûr, mais il pète la forme bien plus que je ne l'imaginais.
Et à partir de là, je dois le convaincre de me soigner.
Est-ce que je peux l'attraper ?
Non, je n'ai pas le choix. Maintenant que la corde d'herbe a lâché, si je ne me fais pas soigner, je crève.
Cela dit, ce type… pourquoi ne fuit-il pas ?
Même s'il compte me bouffer, une fois arrivé là, il n'avait qu'à prendre ses distances et se planquer jusqu'à ce que le poison m'immobilise ?
Il veut dire qu'il peut m'écraser sans une égratignure face à moi dans cet état ?
Comme pour répondre à mes doutes, le lézard noir plante son regard dans le mien.
Putain, il me prend pour un con.
Je vais le faire regretter.
Il lui reste encore près de la moitié de ses PM.
Avec son [Canon d'argile] et ses attaques de poison, il peut encore enchaîner autant qu'il veut.
Est-ce que je peux m'en sortir comme ça ?
« Kishi… Kishishii… »
Le lézard noir s'approche lentement de moi.
Avec [Souffle de bébé]… non, bordel, faut que je l'attrape, sinon ça ne sert à rien !!
Mes pensées tournent en boucle.
La tête est brûlante. Le corps est brûlant.
Je vais m'élancer sur lui et le clouer au sol avec mes griffes.
Je peux le faire.
Ce lézard noir, il me sous-estime c'est certain.
Il me regarde avec des yeux moqueurs. Je vais lui faire comprendre la différence entre un dragon et un lézard.
Je bondis sur le lézard noir et m'abats sur lui.
C'est bon !
L'ennemi est totalement sans garde.
Il a cru que j'étais à bout ?
Hé hé, j'ai quand même [Résistance au poison], moi !
Comme ça, je vais le crucifier au sol avec mes griffes pour l'empêcher de bouger !
Je lève ma griffe sur le lézard noir, et à cet instant, ma conscience s'interrompt.
Est-ce que… est-ce que je suis mort ?
Flottent, comme en train de suinter, les images de la forêt.
Au fur et à mesure que leurs contours se précisent, ma conscience redevient nette.
Le poison… je ne le sens plus ?
Est-ce que je me suis réincarné encore une fois ?
Je vérifie mes deux bras.
L'un couvert d'écailles, noir et rêche, dur ; l'autre encore légèrement gonflé par le poison que j'ai pris en plein.
C'est clairement mes bras.
Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
Quelque chose de frais effleure mon bras.
Je me cambre en sursaut pour voir ce qui m'a touché. Le lézard noir, la langue sortie, me regarde en relevant la tête.
C'est le lézard noir qui m'a soigné de son propre chef ?
Pourquoi, bon sang ?
Pourtant, on s'entretuait encore tout à l'heure.
Le lézard noir possédait le titre de compétence [Ruse].
Est-ce qu'il y a un quelconque avantage à me laisser en vie dans cette situation ?
Qu'est-ce qu'il trame ?
« Kishii… Kishi… »
Il frotte sa joue contre mon visage en se tortillant.
Une démonstration d'absence d'hostilité… ou plutôt, une marque d'affection ?
De ma tête encore embrumée, je cherche l'intention du lézard noir.
D'abord, j'ai reçu sa [Croc venimeux]… il a fui exprès pour m'attirer… ça a viré à la course roulante… j'ai attrapé le lézard noir projeté en l'air et j'ai volé avec lui…
Là, ça clique.
Je pige. Ouais, ça ne peut être que ça.
C'est toi qui m'as filé du poison… mais bon, merci quand même.
Je lui gratte le dessous du menton en guise de remerciement.
« Kyukkyukkyu ! Kyuu ! »
Le lézard noir se retourne sur le dos, présente son menton pour que ce soit plus facile, et pousse des cris de plaisir.
Allez, encore, je t'en donne plus.
Sacré petit con.
« Kyuu ! Kyuu ! »
Il se tortille, me regarde avec des yeux qui en redemandent.
Au terme de cette chaude bataille de la course roulante, le lézard noir m'a reconnu comme un ami.
Il a dû juger que j'étais un gars trop bien pour être tué ici.
Moi aussi, j'ai pensé un truc un peu pareil.
Ce lézard noir va devenir encore plus rapide. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de l'éliminer maintenant, avant qu'il n'éclose ?
Donc même si la corde d'herbe m'avait encore lié les bras, la fin aurait été la même.
Le premier round de la course roulante historique, c'est moi qui l'emporte.
Attends-toi à une revanche quand tu veux, lézard noir.
Je bouge mon corps.
Il reste une légère gêne, mais rien de bien inquiétant.
La partie gonflée guérira vite.