C'estさすがle Lézard noir, il a légèrement ralenti mais continue de slalomer entre les arbres avec une précision chirurgicale : droite, gauche, droite.
Il tente bien quelques mouvements bizarres et feintes pour me semer, mais sans jamais perdre en vitesse.
Il ne panique pas, il évalue froidement ses capacités.
Ce genre de type, c'est du costaud. Moi, je m'emballe direct et je force le passage.
Le Lézard noir serait devenu, à terme, un bien meilleur manieur de [Rouler] que moi.
Mais pas maintenant.
Dès que le nombre d'arbres, la stabilité du sol ou la disposition des monstres se combinent de façon délicate, il ralentit à chaque fois.
De mon côté, j'ai l'habitude.
En observant l'orientation et les variations de vitesse du Lézard noir qui court devant, je devine comme si je les avais dans la main la trajectoire qu'il imagine pour éviter les obstacles.
Du coup, quelle que soit la complexité du terrain, je ne le perds jamais de vue.
'Oh, là, erreur de jugement.'
'A cette allure, il va devoir freiner sec au troisième arbre devant.'
L'écart d'expérience joue, mais celui qui sépare le chasseur de la proie aussi.
En plus, moi, si je le laisse filer, il me reste l'option nucléaire, alors que lui, s'il se fait prendre, c'est la mort.
Je le menacerai bien sûr pour qu'il me donne l'antidote, mais je ne le lâcherai pas.
Une fois guéri, je le transforme illico en points d'expérience.
Il le sait pertinemment.
Une angoisse et une tension excessives, ça tourne rarement à l'avantage.
D'un côté un Lézard noir qui a peur de mourir, de l'autre moi qui cours en me demandant si mes bras vont repousser.
C'est moi qui ai la marge mentale.
Même dans les configurations de terrain et de positionnement les plus délicates, je peux graver l'erreur du Lézard noir dans ma rétine avant de rouler à mon tour en en tenant compte.
C'est un atout massif, là aussi.
Je maintiens une distance de huit mètres environ, collé aux basques du Lézard noir.
Dans sa précipitation à me semer, il accélère et enchaîne les mauvais choix.
'Bon, quand il se rate, je ralentis aussi pour garder l'écart, hein.'
'Pas la peine de stresser.'
'Je le coince jusqu'à la falaise et je le choppe net.'
[Compétence ordinaire [Rouler] : Nv passé de 4 à 5.]
'Oh, niveau up.'
'Là, y a plus aucune raison de perdre.'
D'après le paysage alentour, la falaise approche.
'Je réduis encore un peu l'écart.'
Je profite de son grand virage pour m'engouffrer dans la brèche.
'Pour ça... faut que je descende à cinq mètres environ.'
'Oui, là ! Si tu freines pas, tu vas frôler un monstre et perdre du temps !'
'J'en gratte un mètre.'
'Oui, là ! Le sol a l'air pourri, mais si tu fais un petit saut, tu le passes juste !'
'Si tu contournes à chaque fois, tu perds du temps !'
'J'en remets un mètre.'
'Oui, là, freine pas ! Celui-là, tu le passes à vitesse constante !'
'Ça fait trois mètres de gagnés ! Objectif atteint !'
'C'est pas beau, mes mouvements sans gaspillage ?'
'Oui, oui, visiblement, personne ne me arrive à la cheville sur [Rouler].'
'Dommage, mon p'tit Lézard noir.'
'Si on s'était croisés après que t'aies grandi, on aurait pu être de bons rivaux.'
'Hé ? Le Lézard noir vient de freiner bizarrement ?'
'Il a abandonné parce qu'il se croit foutu ?'
« Kishi, kishi shi shi shi ! »
Du Lézard noir qui roule, une volée massive de graviers jaune-orangé s'envole.
La compétence du Lézard noir, [Canon d'argile].
'Quel habile salaud.'
Comme il tire en roulant, sa précision est pourrie et il mise sur le volume, mais du coup c'est encore plus chiant à esquiver.
J'ai pris mon pied à me battre sur mon terrain de prédilection, et j'ai fini par me la jouer trop confiant.
'Comment je fais, comment je fais, moi.'
'Bon, déjà, je fais un grand détour par la droite...'
Un instant, ma conscience a coupé.
Quand je suis revenu à moi, j'étais étalé en grande largeur au sol, face au ciel. J'ai re-realisé l'immensité du ciel et ma propre petitesse, et un sourire m'a échappé.
Quelques secondes de décalage, et j'ai saisi la situation.
Déstabilisé par sa contre-attaque imprévue, mon esprit n'a plus suivi la vitesse de [Rouler], et j'ai percuté un arbre de plein fouet.
'Ouais, c'est ça.'
Je me redresse le buste : au loin, très loin, je vois le Lézard noir qui continue de fuir. Hou hou hou.
'J me suis fait avoir, putain... J'aurais jamais cru qu'il balancerait [Canon d'argile] tout en utilisant [Rouler].'
Putaiiiiin !!
Je me relève en catastrophe et me lance à la poursuite du Lézard noir à fond les ballons.
'Je vais le perdre comme ça ? S'il s'échappe, je perds juste un bras ? Faut pas déconner !!'
Je finis par comprendre pourquoi j'avais une telle marge mentale.
J'ai juste surestimé mes chances de gagner, du coup la réalité de mon risque s'est effacée et je me suis cru tout permis.
C'était pas le moment de fanfaronner sur le fait de le coincer à la falaise.
Quoi qu'on en dise, j'aurais dû lui rentrer dedans par derrière à coups de taclés répétés.
À la base, je connaissais même pas le Lézard noir assez pour me la jouer « certitude, certitude » !
'Putain de con ! Je suis un putain de con !'
'J'ai fait une course-poursuite interminable pour rien, juste pour me la péter ! Et au final, je me fais contrer et jeter par terre !'
Je lance un [Rouler] sale et j'atteins ma vitesse max direct.
Droite, gauche, droite !
J'ai trop accéléré, l'arbre devant moi est inévitable ! Mais je freine pas ! Je le percute et je l'écope !
J'encaisse le recul, mais je force le passage !
'C'est pas le moment de faire le difficile sur la beauté de la course !'
'J'assume les dégâts, et je passe par les trajectoires les plus dangereuses !'
'Suivre la trace du Lézard noir... une connerie pareille, j'y pense même pas.'
'Je ne poursuis qu'une chose : sa silhouette.'
'De toute façon, gabarit et stats n'ont rien à voir. Au lieu de me baser sur ça, je me concentre uniquement sur [Rouler].'