Après m'être régalé de poulet rôti au basilic, je me suis reposé tranquillement et j'ai repris l'exploration le lendemain.
J'ai descendu le nid de l'arbre géant en emmenant Aro, Nightmare et Trent, et nous avons marché dans la forêt.
L'objectif du jour : récolter de l'admirable mandragore, une épice au parfum capiteux qui surpasse le pipéris dans mon classement... et faire monter le niveau d'Aro et des autres.
Le niveau d'Aro et des autres est encore bas, ils viennent d'évoluer.
Si je les soutiens, ils devraient grimper jusqu'à un tiers de leur maximum en un rien de temps.
Une fois ça fait... enfin, on pourra s'attaquer aux immenses ruines envahiées par les Adams, sous le grand arbre.
Pas de monstres à ma portée en vue, mais j'observais les alentours en tournant la tête de tous les côtés pour voir si des mandragores étaient plantées quelque part.
Finalement, nous avons traversé la forêt et débouché sur une plage.
J'ai tendu le cou au maximum pour balayer l'horizon d'un coup d'œil.
Une mer superbe, mais au loin on voit le bord du monde.
'Ça fait un peu flipper, mais le paysage n'est pas dégueulasse, non plus.'
Par contre, il y a l'air d'y avoir plus de monstres dans la forêt que par ici.
Je me disais qu'on ferait demi-tour... quand j'ai vu trois oiseaux à tête humaine, des sirènes, qui se regroupaient sur quelque chose au bord de l'eau.
La tête de la sirène... les yeux d'un visage de femme aux traits profonds m'ont fixé d'un air hébété. Ses longs cheveux traînaient par terre.
De sa bouche coulait un filet de bave sanglante.
Une apparence qui inspire un dégoût physiologique, comme toujours.
'Y-Yabai, ces types...'
'Pas seulement l'apparence, mais ces trucs, avec leur petit corps, sont chacun de rang B...'
Il fallait qu'on se tire au plus vite... mais j'ai aperçu une peau de couleur chair parmi ce que les sirènes avaient encerclé.
Soudain, la description de la sirène par la Voix de Dieu m'a traversé l'esprit.
[Sirène : Monstre de rang B]
[Monstre possédant une tête de femme humaine et un corps d'oiseau.]
[Le chant de la Sirène guide les autres créatures vers une mort lente.]
[Vit souvent dans les mers proches des terres, affectionne la chair humaine.]
[Enchante les marins par son chant pour les maudire et les tuer, puis picore la chair de leurs cadavres.]
[Si vous découvrez une montagne d'ossements humains empilés sur une plage, c'est un terrain de chasse de la Sirène.]
— La sirène affectionne la chair humaine, pour la manger.
Là, j'ai réalisé.
Ce que les sirènes essayaient de traîner jusqu'à la mer pour le noyer, c'était un humain.
L'humain encerclé gisait sans force, sans montrer la moindre résistance.
'Peut-être qu'il est déjà mort, déjà, déjà...'
Sans prendre le temps de me demander pourquoi il y avait un humain ici, j'ai lancé rapidement mon Kamaitachi vers les sirènes.
Cela dit, si je visais trop près, je risquais de toucher l'humain, donc j'ai visé un peu à côté.
'S'ils prennent la fuite par surprise, c'est tout bénéf... mais ça ne se passera pas comme ça, hein.'
Les visages impassibles des trois sirènes se sont transformés simultanément en masques de colère hideuse et terrifiante.
« Guooooooooh ! »
'Venez donc, sales monstres ! Je vous prends tous les trois en même temps !'
J'ai hurlé pour attirer l'attention des sirènes sur moi.
'Hé, hé, partenaire...'
Mon partenaire m'a tourné un visage mêlant mécontentement et inquiétude.
'Je sais.'
'Je comprends ce que tu veux dire.'
'Mais même comme ça, je ne peux pas fermer les yeux.'
'Même maintenant, au fond, je reste un humain.'
'En plus... froidement réfléchi, c'est pas un si mauvais choix.'
'Le fait qu'il y ait un humain ici, ça a une grande signification.'
'Je veux m'en assurer. Peut-être qu'une vérité inattendue va éclater.'
'Non, mais...'
'Ah, les sirènes sont dangereuses.'
'Avec leur petit corps, elles sont au niveau B... et en plus y en a trois.'
'Mais bon, rang B quand même. Si elles encaissent mon coup sérieux de front, elles pourront plus bouger.'
'En plus si je les pulvérise, le niveau d'Aro et des autres qui sont en soutien va grimper en flèche.'
'C'est même l'adversaire idéal qu'on pouvait pas rêver mieux. Si je les chasse une par une, le niveau monte pas vite.'
'Leurs attaques sont dangereuses pour Aro et les autres, mais Aro est immunisé aux altérations d'état et moi j'ai une haute puissance magique, donc on devrait éviter le pire.'
'Même si ça s'effondre, on peut reconstruire.'
Je vais faire le tampon au corps-à-corps.
« Aaahahahahaaa ! »
« Aha, ahahahaha ! »
« Hih, ahahahahahahaha ! »
Les sirènes ont piqué en vol rasant, se répartissant dans trois directions pour m'encercler.
Leur voix est un peu aiguë, mais proche de celle d'un humain. Comme ce sont des chanteuses, c'est une voix claire et belle.
'Allez-y, venez !'
'De simples monstres de rang B... voyons comment vous comptez lutter contre moi, rang A !'
'Le mur de la différence de rang est épais ! Je vais vous montrer l'orgueil du rang A !'
'Hé, regarde ça.'
'Quoi, depuis tout à l'heure ?'
J'ai regardé dans la direction indiquée par le menton de mon partenaire.
Les sirènes s'étant envolées, l'humain qui était encerclé gisait là.
Déjà tout ensanglanté... et surtout, plus de tête.
C'est trop tard, hein... ai-je pensé, mais à cet instant j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de sang au-dessus du cou.
'Ah ? Ah !?'
Poussé par la vague, le cadavre a roulé lourdement.
Sur son ventre, il y avait un visage dandy. Bien qu'il soit censé être mort, il arborait une expression inchangée de son vivant, c'était complètement Adam.
'Toi, toi ! Montre ton orgueil de rang A !'
'Hier, un autre individu s'est fait pétrifier par le basilic. Et aujourd'hui, c'est la bouffe des sirènes !?'
'Quoi, en fait ces types sont pas si forts que ça !?'
'J'aurais pas dû intervenir !'
'J'aurais dû m'en foutre !'
'D'ailleurs, ils aiment les humains, non ? Qu'ils se contentent de monstres similaires, bordel !'
'Pour fuir maintenant, Trent-san est trop lourd.'
'C'est pas mon genre, mais j'ai pas le choix, faut les accueillir.'
'Puisqu'on va se faire rattraper c'est sûr, je peux pas leur tourner le dos.'
'Merde ! J'ai paniqué parce que je croyais que c'était un humain !'
Quand j'ai jeté un œil à mon partenaire, il avait l'air impassible, la grande ouverte, les crocs tournés vers moi.
'M-Mauvais... Vraiment désolé.'