Après avoir vu Abyss descendre au fond de la falaise, je me tournai vers Aro et les autres.
Après avoir confirmé par un contact visuel, je descendis à mon tour à l'intérieur de la falaise.
Le mur de la falaise formait une pente quasi verticale, alors je descendis prudemment en plantant mes griffes.
Les araignées semblaient à l'aise sur ce genre de terrain ; elles grimpaient le long de la paroi avec une aisance déconcertante.
Le Lessertreant avançait lui aussi prudemment, en étendant ses racines.
C'est alors que je remarquai l'absence d'Aro.
Pensant qu'il n'avait pas pu descendre, j'arrêtai ma progression.
Le Zombie Abyss ne nous attendrait pas, mais à ce stade, nous n'avions plus besoin de guide.
Probablement, en continuant de descendre, nous trouverions bientôt le nid des Abyss.
Soudain, un bruit de *gatsun gatsun* parvint de mon angle mort.
En me retournant, je vis un troisième bras pousser du dos d'Aro.
Ce troisième bras avait un diamètre équivalent à celui du cou d'Aro, et ses extrémités étaient armées de griffes crochues féroces.
Pour ne pas abîmer ses vêtements sans doute, il les avait défaits pour laisser son épaule à nu.
Comme ses habits étaient à l'origine des haillons ramassés çà et là, il était facile de les étirer et de les décaler.
C'est par l'ouverture ainsi créée qu'il faisait sortir son troisième bras.
C'était un spectacle passablement grotesque.
« …… Ah. »
Quand nos regards se croisèrent, Aro fit tressaillir l'épaule, laissa échapper un son et figea ses mouvements.
Plus que ses vêtements, c'était sans doute son gros bras dorsal qu'il avait honte qu'on voie.
Il ne devait pas vouloir qu'on voie son corps s'éloigner trop de la forme humanoïde.
Je me retournai vers l'avant comme si de rien n'était.
« Vué, éé, vuééé… »
« Vué ? » « Vuéa ! »
« Vuééé ? »
C'est alors que, bien plus bas que nous, le Zombie Abyss et des Abyss se faisaient face.
Il y en avait trois.
Surpris de les voir surgir de nulle part, je scrute les alentours.
Des arbres tordus et durs, parfaits pour que les Abyss s'y cachent, poussaient en nombre sur la paroi.
Je me rappelai que nous étions dans le nid des Abyss, et je changeai de disposition d'esprit.
*Gatsun gatsun gatsun gatsun, zugagagagagagagagaga !*
Un bruit terrible retentit, et je me retournai malgré moi.
Et nos regards se croisèrent à nouveau.
Il semblerait qu'Aro ait failli glisser et ait tenté de s'accrocher en plantant ses griffes tant bien que mal.
« ———— !! »
Ma volte-face brusque l'a sans doute surpris.
Le corps d'Aro tressaillit, ses griffes se détachèrent de la paroi. Son corps fut projeté dans le vide.
J'épanouis mes ailes en catastrophe pour tenter de le rattraper.
Mais plus vite encore, son ventre heurta le dos du Lessertreant, stoppant sa chute.
« ………… »
D'un regard lourd de reproche, Aro me dévisagea.
« Guô… »
Je poussai un cri empreint d'excuses et baissai la tête.
Toujours plaqué sur le dos du Lessertreant, Aro agita la tête frénétiquement et battit des pattes.
Il ne cherchait pas à me reprocher quoi que ce soit, sans doute.
Dès lors, Aro semble avoir décidé de descendre en chevauchant le Lessertreant.
Son gros bras dorsal se rétracta lentement dans son corps.
Il remit en place ses vêtements légèrement défaits.
Une fois l'affaire classée, je me retournai vers l'avant.
Au fait, les Abyss… !
Distrait par Aro, j'avais baissé ma garde sans m'en rendre compte.
« Guô ? »
Le Zombie Abyss se tourna vers moi, exhibant ses crocs brisés.
« Vehha ! Vué, vuvé ! »
Il cracha un jet de fluide corporel.
De son attitude, je compris amplement qu'il n'était pas disposé à l'amitié.
Au même instant, un frisson me parcourut, et je me retournai.
Au bord de la falaise par où j'étais descendu, des Abyss étaient alignés.
Les Abyss formaient une rangée à intervalles réguliers.
Un mauvais pressentiment m'envahit ; je fis pivoter la tête sur trois cent soixante degrés.
De toutes parts, des Abyss surgissaient en masse et formaient des lignes.
Les intervalles étaient larges, mais nous étions encerclés.
D'un coup d'œil, il y en avait au bas mot une cinquantaine.
Des centaines de pattes s'agitaient, produisant un bruit désagréable.
Nous étions encerclés.
Je comptais les attaquer et fuir illico si ça tournait mal, mais avant que je m'en rende compte, c'était nous qui étions encerclés.
Et qui plus est, sur un pied aussi précaire.
J'aurais dû me méfier dès que le Zombie Abyss a affiché son hostilité.
« Vuééé ! » « Vué ! » « Vuéa, vué ! »
« Vuéé ! » « Vuéa ! » « Vuééé ! »
« Vuééé ! » « Vuéé, vuééééé ! »
Les cris désagréables se superposaient en strates, devenant une cacophonie qui bouleversait ma pensée.
J'avais complètement baissé ma garde.
Voyant les Abyss se jeter sur moi qui leur étais supérieur, j'avais cru qu'ils n'étaient pas bien malins.
Je m'étais fait avoir. D'ailleurs, le fait qu'ils s'en prennent à plus fort qu'eux répond à leur instinct de pondre leurs œufs dans l'hôte.
D'après leur comportement, les Abyss ne font pas grand cas de la mort de chaque individu.
Tant que l'espèce prospère à la fin, ça leur suffit ; ce doivent être des monstres de type fourmi rouge.
Comme les combats précédents contre les Abyss avaient été faciles, j'avais été trop optimiste.
« Vué, vuéééé, vuééééé ! »
C'est le Zombie Abyss qui claquait ses dents brisées pour nous provoquer.
C'est lui qui a sans doute signalé notre approche aux autres.
En chemin, j'ai repoussé les Abyss à plusieurs reprises.
C'est peut-être à ce moment-là qu'il l'a fait.
Maudit soit-il, je me hais d'avoir un instant songé à l'élever.
Le Zombie Abyss fit volte-face, me tourna le dos et se mit à ramper vers ses congénères.
… Mais sa progression s'arrêta net.
De ma position en retrait, je compris vaguement ce qui se tramait.
Les regards des Abyss étaient fixés sur le Zombie Abyss avec une intensité anormale.
« Vué… »
Au moment où le Zombie Abyss recula, une bonne dizaine d'Abyss s'élancèrent sur lui.
« Vuééééééé ! »
Un râle d'agonie résonna.
Les restes du Zombie Abyss tombèrent au fond de l'abîme.
Les Abyss dévoraient les cadavres de leurs pairs, mais ils mangent aussi les zombies de leurs semblables, apparemment.
Mais ce n'est pas le moment de plaindre le Zombie Abyss.
Si je baisse ma garde, nous subirons le même sort.
« Gaa ! »
Je propulsai du mur, battis des ailes et restai en vol stationnaire.
Sur un terrain aussi mauvais, impossible de faire face à ce nombre tout en protégeant Aro et les autres.
Désolé pour les uns comme pour les autres, mais je vais me battre depuis une zone sûre.
« Gaa ! »
Je baissai légèrement mon altitude et rugis en direction d'Aro.
Aro sauta dans le vide.
Je me rabattis vers la paroi et reçus Aro sur mon dos.
« …… ! »
Bien, comme ça je peux snipper les Abyss avec Aro en appui.
Idéalement, j'aurais voulu récupérer tout le monde et battre en retraite, mais récupérer toutes les araignées en panique tout en fuyant est difficile.
De toute façon, il faut réduire la horde d'Abyss.
C'est alors, tandis que j'y réfléchissais, que quelque chose vola vers moi.
« Kiki ! »
… Profitant du saut d'Aro, un truc bizarre est tombé avec lui.
C'était un Petit Cauchemar.
Il a dû utiliser son fil ; il a plongé avec des mouvements dignes d'un film d'action à fils.
… Non, toi, je voulais que tu prennes le commandement des araignées.
« Vuééé ! »
Trois Abyss plongèrent en écartant grand les pattes ; je les balayai d'un coup de queue jusqu'au mur d'en face.
Quand même pas, je ne vous laisse pas monter, vous !?
En regardant les Abyss projetés, ils étaient à l'agonie mais tressautaient encore.
… Ils sont quand même costauds, ces types.