« Giiiijjjjjj ! »
À peine avais-je redressé ma posture que le grand scolopendre s'approchait de moi.
Si j'ai raté mon coup, il ne me reste qu'une chose à faire.
J'accumule de la puissance magique au fond de la gorge et la crache d'un trait sur le grand scolopendre.
« Grooooaaar ! »
Un souffle de miasme trouble s'abat sur le grand scolopendre.
C'est le [Souffle de la maladie].
Comme l'effet met du temps à se manifester pour de bon, je ne peux pas trop compter là-dessus, mais ça peut faire diversion.
J'aimerais bien utiliser le [Souffle incandescent], mais vu que son évolution risque de partir en vrille quand le niveau de la compétence montera, je m'en abstiens.
En vrai, je l'ai déjà utilisé pour immobiliser un ennemi, et le type a foncé dedans sans hésiter.
De toute façon, une attaque de souffle ne fera pas de dégâts au grand scolopendre, et la chance qu'il s'arrête avec le [Souffle incandescent] est mince.
Là, au moins, je ne vise pas les dégâts à la base, donc on peut espérer qu'il trouve ça flippant et que ses mouvements ralentissent de quelques secondes.
En plus, le niveau de compétence, ça ne monte pas si facilement que ça.
[Le Nv de la compétence ordinaire [Souffle de la maladie] est passé de 3 à 4.]
…… C'est bien la Voix de Dieu, elle assure.
Ce côté « si tu laisses une ouverture, je te pique direct », je le déteste vraiment.
Peut-être qu'elle fait juste m'informer, ceci dit.
Je bondis au milieu du miasme.
Je donne un coup de pied dans la tête du grand scolopendre, déploie mes ailes et prends de la distance en chevauchant le vent.
Je tourne le dos au grand scolopendre qui a percé le nuage de miasme et je reprends la fuite en [Roulant].
L'opération KO en un coup avec [Casse-noix] a échoué.
La prochaine fois, sa réaction sera plus rapide.
D'ailleurs, si on prend de la distance dès que je décolle et qu'on m'attend à l'atterrissage, c'est fini.
Cette technique suppose que le grand scolopendre fonce sur moi, c'est une sorte de contre à la rentabilité pourrie.
Ça dépend de l'action de l'adversaire.
Je ne peux plus utiliser l'opération [Casse-noix] contre le grand scolopendre.
Du coup, je n'ai d'autre choix que d'employer une autre tactique.
J'ai encore des cartes.
C'est encore un contre qui dépend du comportement du grand scolopendre, avec plus d'aléas que l'opération [Casse-noix] et un risque plus élevé en cas d'échec, mais je n'ai plus que ça.
Quand je mise sur la fuite, sa vitesse et sa puissance d'attaque posent problème.
Ce qui compte alors, c'est à quelle vitesse je peux me déplacer.
Mais quand l'objectif est de le tuer, c'est sa défense qui pose problème.
La question, c'est si je peux percer sa carapace. Les moyens se limitent naturellement.
Si celui-là aussi foire, je n'aurai plus de solution, mais à ce stade, inutile d'y réfléchir.
Si ça rate, je meurs. Je me fais tuer.
Cette fois, c'est le rayon scolopendre qui me transpercera.
« Giiijjjjjjjjjjjjjjj ! »
Le bruit dégoûtant que balance le grand scolopendre, je l'ai pris pour une insulte : « Lâche, vas-y, bats-toi jusqu'au bout. »
Bien sûr, me battre loyalement face à face, très peu pour moi. Je perdrais à coup sûr.
Pourquoi est-ce que je devrais me battre de façon à l'avantager ?
Mais que ce soit à cause de mon épuisement ou parce que le scolopendre a pété un câble, la distance ne s'ouvre pas du tout.
Au contraire, elle ne fait que se rétrécir.
Ça ne tiendra pas longtemps.
Il a dû inhaler le [Souffle de la maladie] en plein, donc je me suis dit qu'en faisant durer la course-poursuite une journée entière, la [Malédiction] progresserait et l'affaiblirait, mais ça a l'air impossible.
Si la poursuite s'éternise, il va encore nous sortir son rayon scolopendre.
L'esquiver complètement, c'est un pari à la rentabilité pourrie.
Une colline un peu grande apparaît au loin sur la droite.
Elle correspond pile aux conditions que j'avais en tête.
Yosh, ça passe. Cette fois, je contre-attaque.
Je décide de vider mes réserves et j'augmente d'un coup la vitesse du [Roulement].
Pas besoin de fuir longtemps.
Là, il me faut juste un peu plus de distance.
« Grooooooaaar ! »
J franchis sans encombre le sommet de la colline visée.
Yosh, avec cette configuration, je disparais temporairement de la vue du grand scolopendre.
Je ralentis brutalement et vire à angle droit.
Je remonte d'une traite la pente que je venais de descendre.
De la direction où je fuyais, je passe à une trajectoire de collision frontale.
Avec ce timing, je devrais pouvoir percuter le grand scolopendre au sommet de la colline.
Ça dépend pas mal de son comportement, mais ce n'est pas sans chances.
Non, à part ce coup, je ne vois aucun moyen de percer ce grand scolopendre.
Alors, je n'ai qu'à le tenter.
L'approche du grand scolopendre a deux défauts.
D'abord, son mouvement d'approche laisse une ouverture surprenamment grande.
Lors de la première rencontre, j'étais trop apeuré pour m'en rendre compte, mais l'amplitude du mouvement est énorme.
Certes, il est rapide pour compenser… mais si on regarde bien, on devrait pouvoir esquiver au moins une attaque.
Ensuite, le deuxième défaut.
Malgré son corps gigantesque, le grand scolopendre n'a praticamente que des attaques liées à sa gueule.
Compétences ordinaires :
[Poison poison : Nv 5] [Creuser : Nv 6] [Souffle de sable : Nv 4]
[Mur d'argile : Nv 3] [Morsure paralysante : Nv 2] [Salive acide : Nv 4]
[Rayon thermique : Nv 4]
Il crache du poison, il souffle une tempête de sable, il crache de l'acide, il mord en ajoutant la paralysie, il tire un rayon depuis sa gueule.
Voilà, ce type ne peut lancer d'attaques correctes que depuis sa bouche.
Pourtant, il a ce corps énorme.
Le reste, ce sont la compétence pour creuser et la magie pour créer un mur de sable.
Sa partie corporelle démesurée ne possède aucun moyen d'attaque qui vaille le nom de compétence.
Ce qu'il peut faire avec son corps, c'est tout au plus nous percuter en misant sur la dureté de sa carapace et sa vitesse.
C'est déjà une menace, c'est ce qui fait la terreur du grand scolopendre, mais le danger reste bien inférieur aux compétences lancées depuis sa gueule.
En pratique, face aux fourmis rouges qui l'entouraient sur les flancs, il était presque impuissant.
Donc, ça doit passer.
Au moment où on se percute de face au sommet de la colline, je provoque le grand scolopendre tout en esquivant son coup.
Une collision normale, et je me fais happer par cette grande gueule, fin de l'histoire, mais le grand scolopendre n'a pas encore réalisé que je fonce en sens inverse.
Face à moi qui jaillis soudain, sa réaction devrait avoir un temps de retard.
Dans un échange de vie ou de mort, ce « tout petit peu » est crucial.
La netteté de sa compétence en pâtira aussi.
C'est parce que c'est une attaque surprise qu'il y a une chance d'éviter l'attaque du grand scolopendre.
Si je passe la tête, je peux me faufiler vers la partie corporelle, peu offensive.
C'est là que commence le vrai moment critique.