« Pour commencer, il faut lui immobiliser les pattes. »
Immobiliser entièrement ce corps gigantesque sur place dépasse mes capacités actuelles.
Mais si je parviens à en fixer ne serait-ce qu'une partie, l'équilibre du dragon terrestre s'effondrera.
Dragon ou pas, c'est un être vivant. Il ne saura pas réagir à un changement si brutal.
Sa course à quatre pattes rappelle les varans de Komodo que j'ai vus à la télévision dans ma vie d'avant.
Je fixe sur place, un instant seulement, les deux pattes avant du dragon terrestre, en me servant de moi-même comme repère.
Ce geste seul suffit : le dragon trébuche, pulvérise le sol et glisse sur le sol en soulevant un nuage de poussière.
Il continue droit sur moi, mais si je ne fais rien, je finis simplement écrasé.
C'est trop ridicule, alors j'érige immédiatement un mur de « Séparation » entre le dragon et moi, et la tête du dragon s'y écrase avec toute sa force.
« Oh… C'est la première fois que j'en vois un d'aussi près, mais même sans ailes, c'est bel et bien un dragon. »
La tête noire du dragon est à portée de main.
Ses écailles rugueuses comme des rochers ne s'égratigneraient pas face à des armes ordinaires. En prime, le dragon y fait circuler sa propre puissance magique, ce qui en renforce encore la solidité.
Quelle que soit sa force, sans être un porteur de magie capable de « Revêtement », on ne fait pas le poids.
Je comprends pourquoi on dit qu'il faut être au moins rang 6.
« Grrrrrrrrrrr…!? Gyaoooooooooooooo!!!! »
Alors que j'observe la tête du dragon avec attention, une pupille dorée apparaît entre les paupières entrouvertes.
La pupille verticale me capture dans son regard, le dragon redresse lentement son cou et rugit vers le ciel.
« C'est trop bruyant !! Ne balance pas un rugissement pareil à cette distance !! »
Je me bouche les oreilles instinctivement, le visage crispé, et vois le dragon lever sa patte avant dans sa colère.
La cible, c'est moi, debout devant lui.
Proportionnée à son corps massif, sa patte avant est assez grande pour m'écraser comme une punaise.
En plus d'être dure et rugueuse, elle porte des griffes qui semblent capables de creuser la roche.
Une telle patte mortelle s'abat sur moi sans pitié
Et se fait repoussée par le mur de « Séparation », comme prévu.
« !? »
« Il n'est pas très futé, ce lézard… enfin, vu qu'il a perdu connaissance au moment de l'impact, c'est normal qu'il ne comprenne pas… »
Il a dû remarquer qu'il a heurté quelque chose.
Mais face à cet « quelque chose » invisible devant ses yeux, sa seule réponse est de frapper encore et encore de ses griffes géantes.
Et de se faire repousser à nouveau.
« C'est inutile. Une attaque physique ne brisera pas ça… enfin, le dire à un monstre ne sert à rien. »
Comme s'il était persuadé que rien ne peut résister à sa force, le dragon continue de marteler le mur de sa patte avant.
Combien de fois s'y heurtera-t-il, le mur de « Séparation » ne cédera pas pour autant, mais ce vacarme répétitif commence à m'agacer.
Je vérifie la position de la patte levée pour un nouveau coup. « Allez, c'est fini. » Et je la tranche net avec « Rupture ».
« !? Gyaaaaaaaaaaa!!!! »
« Ouais, il est fâché. Hé, l'ennemi est par ici ! »
Le dragon a dû comprendre que c'était mon œuvre.
Sa pupille verticale se rétrécit encore, me fixant, et il pousse un rugissement encore plus terrifiant vers le ciel, fou de rage.
Puis, quand sa tête se tourne à nouveau vers moi, sa gueule ouverte accumule de la puissance magique, une lumière blanche jaillissant à l'intérieur.
Un souffle.
L'attaque qui définit les dragons.
Une forme de violence née de l'immense puissance magique des espèces draconiques.
Une attaque d'une simplicité extrême : rassembler la magie logée en soi et la cracher. Mais venant d'un dragon, elle peut raser une ville, et à plusieurs, faire tomber un pays.
Une telle attaque m'est désormais dirigée, à moi seul.
« Bon, c'est inutile, cela dit. »
Je dissous le mur de « Séparation » déployé, puis en redéploie un nouveau qui entoure la tête du dragon.
Certes, si quelque chose peut percer ma « Séparation », c'est bien ce souffle. Probablement que quelques minutes d'exposition continue finiraient par le détruire par interférence magique.
Mais à la condition de le maintenir plusieurs minutes d'affilée.
Enfermé dans la « Séparation », le souffle n'a nulle part où aller : la magie et la chaleur piégées provoquent une explosion massive instantanée.
« Merci d'avoir servi de tremplin à mon numéro, bon courage pour la suite ! »
Au moment où la gueule du dragon s'illumine, *DOOOON* !! La tête du dragon est engloutie dans l'explosion à l'intérieur du mur de « Séparation ».
Après avoir vérifié le résultat, je fais demi-tour et, en guise de touche finale, tranche la tête du dragon avec « Rupture ».
J'aurais pu le faire dès le début… mais en le montrant comme ça, la rumeur qui en découlera sera bien plus savoureuse.
Un coup d'œil aux remparts : les aventuriers et les soldats, réalisant que la chute de la tête signait la victoire, poussent des cris de joie.
« (…Haa~!! J'ai trop brillé, moi…!!) »
Invisible sous ma robe, je serre le poing en silence.
C'est alors que l'une des silhouettes sur le rempart saute soudainement.
« Oh, le maître de guilde ? »
Il a dû utiliser une potion pour ses blessures. Il a déjà récupéré au point de pouvoir marcher seul.
Et sur ses traces, l'homme chevalier d'avant saute à son tour du rempart.
Ils semblent se diriger vers moi.
Probablement pour m'interroger, ce genre de tracasseries.
« (Mais c'est raté. Avec ça, impossible de jouer le magicien mystérieux.) »
Qu'ils spéculent eux-mêmes sur mon identité. Si j'explique tout, ça gâche le plaisir.
D'ailleurs, c'est pour entendre ces rumeurs en coin que j'en fais autant. Je ne laisserai pas ça en vain.
« Bref, je m'arrête là. Merci pour votre travail, bonne fin de journée ! »
Je leur fais un signe de la main — bye-bye — aux maîtrse de guilde et aux autres qui s'approchaient, puis je quitte les lieux par « Transfert ».
J'ai cru entendre le maître de guilde crier « Attendez ! » juste avant, mais je l'ignore superbement et rentre à « l'Auberge de la Quiétude ».
***
« Il a disparu… C'était de la magie, la présence magique l'indique, mais… c'était quoi comme sort ? Gawen, tu sais quelque chose ? »
« …On dit qu'il existe des sorts de vent qui masquent la présence… mais je ne suis pas assez versé en magie pour en être sûr. En tout cas, sa présence a déjà disparu. »
« Pff, encore un phénomène qui sort de nulle part. Ce n'est pas le héros légendaire, par hasard ? »
« Du moins, je n'ai pas entendu dire qu'une invocation de héros ait eu lieu au château royal. »
Sur les mots de Gawen, Balls soupire « c'est vrai ».
Puis Gawen enchaîne : « Plus important que ça. »
« Qu'est-ce qu'on fait de ce dragon terrestre ? »
« Le gars qui l'a abattu n'est plus là… Pas le choix, on l'emmène à la guilde pour le démanteler. »
« Alors, la maison du baron Britedd en rachètera les matériaux. Le maître sera ravi d'obtenir des composants de dragon. »
« C'est du dragon, après tout. La fois d'avant, il était trop profond dans la forêt, même les rang 5 n'avaient pu en ramener qu'une partie… Mais là, on a un spécimen entier. Qu'on achète tout. »
« Ça va être la course, hein… » Balls souffle en jetant un œil au dragon et aux monstres éparpillés alentour.
En adressant une prière mentale aux employés du démantèlement, Balls appelle les aventuriers pour récupérer les cadavres.
Gawen, lui, fait venir des soldats pour prêter main-forte, appelant un homme qui semble être son adjoint.
« Ceci dit… qui est-ce, au juste ? »
Tandis que les aventuriers et les soldats se partagent le transport des cadavres, Balls marmonne tout seul.
« Pour l'instant c'est un allié… ce qui veut dire qu'il pourrait devenir ennemi un jour… Est-ce qu'on peut gagner contre lui ? »
Monstre le plus fort, l'espèce draconique : même une équipe de rang 6 ne fait que jeu égal face à elle.
Devant un tel dragon, ce magicien masqué en robe noire n'a pas fait jeu égal — il a écrasé.
Et la magie qu'il a utilisée, Balls n'a aucune idée de ce que c'est.
Une magie qui ignore les attaques et le souffle d'un dragon, il n'en a jamais entendu parler.
Même « la Sorcière » ne pourrait pas faire ça.
« …Si je fouille dans les archives, je trouverais peut-être… mais j'suis nul là-dedans… »
« Maître de guilde ! Venez aider par ici~ ! »
Alors que Balls se creuse la tête, un aventurier l'appelle à côté. Il arrête de réfléchir.
Pour l'instant, réjouissons-nous d'avoir protégé Boris.
« Ménagez un peu mon vieux corps. Un costaud comme vous peut le porter tout seul ! »
« C'est vous qui avez plus de muscles que moi, qu'est-ce que vous racontez ? »
Pour info
La « Princesse Trancheuse », apprenant l'existence du magicien mystérieux apparu lors de cette frénésie monstrueuse, finira par faire irruption dans le bureau du maître de guilde et en défoncer la porte… mais c'est une autre histoire.