« Patron, je le vire ou je lui dis que vous n'êtes pas là ? » se demanda la réceptionniste.
« Idiot ! Tu cherches à nous faire réduire en cendres ? » maudit M. Zaztlatl en se levant, décidant enfin de prendre son courage à deux mains pour rencontrer Felix.
« Va retirer les écailles de dragon et les autres parties des étagères le plus vite possible. » dit M. Zaztlatl, « Je vais te gagner du temps. »
« C'est... C'est lui... »
En entendant cela, la réceptionniste réalisa enfin l'identité de leur invité.
« Oui, tire-toi déjà ! »
Sans la moindre hésitation, il sprinta vers le premier tiers de l'étage et commença à retirer les objets mentionnés avec un air horrifié.
Il n'osait pas imaginer son sort si un dragon voyait qu'ils vendaient des parties du corps de sa race !
À leur insu, Felix utilisait sa vision infrarouge depuis qu'il était entré dans la boutique, ce qui lui permit d'observer la réceptionniste filer d'une étagère à l'autre.
Felix fut intrigué et activa aussi sa vision aux rayons X.
L'instant où il repéra un couple d'os géants en exposition et que la réceptionniste les faisait disparaître, il comprit immédiatement leur origine.
« Comme on s'y attend du marché noir, ils ont assez de culot pour vendre même des restes de dragon, je doute qu'ils aient la moindre limite. » releva Felix un sourcil, surpris.
« Puisqu'ils les retirent, on dirait qu'on l'a prévenu pour ta fausse identité aussi. » ricana Asna, « Tu sais ce qu'il te reste à faire. »
« Hein, je ne m'appellerais pas Felix si je ne les plumais pas proprement. » grinça Felix.
« Bonjour, cher monsieur, merci pour votre patience. » M. Zaztlatl s'inclina les mains jointes respectueusement après avoir émergé derrière une porte.
« Laisse tomber le cinéma, tu sais qui je suis. » répondit Felix indifféremment.
Bam !
Instantanément, M. Zaztlatl s'effondra à genoux et salua d'un ton dévoué : « Ce humble sujet est honoré d'être en la présence d'un dragon royal ! »
« Hm. » Felix fit un bruit d'acquiescement et lui transmit une nouvelle liste, « Procure-moi tout ce qui figure sur cette liste. »
M. Zaztlatl inspira profondément et releva la tête. L'instant où ses yeux rencontrèrent la liste, il faillit s'évanouir sur place !
« Ça... Ça... Ça. » Il était complètement figé par le choc et l'horreur.
Il n'était même pas préoccupé par le fait que Felix réclamait tout son stock de trésors naturels ou de matériaux.
Comment l'aurait-il pu, quand toutes les parties du corps des dragons y étaient inscrites !
Il y avait le cœur, les os, les tendons, la glande, le foie, le cerveau, et la liste continue encore et encore...
« Dragon royal... Je ne... »
« La première phrase qui sort de ta bouche ferais mieux de ne pas être un mensonge. » l'interrompit Felix de ses yeux froids.
M. Zaztlatl avala le reste de sa phrase, sentant qu'il cherchait vraiment la mort en tentant de mentir devant un dragon royal.
« Votre commande sera honorée dans dix minutes. » assura M. Zaztlatl en se relevant.
Puis, il se retourna et se dirigea vers sa réceptionniste, qui était encore en train de se débarrasser des parties de dragons.
Felix le regarda gifler sa réceptionniste en plein visage encore et encore avant de pointer son doigt vers le premier étage.
« Il déverse vraiment sa frustration sur son employé. » dit Asna.
« Soit, sinon il va faire une dépression nerveuse complète. » pouffa Felix, « Les parties de corps de dragons sont extrêmement rares et utiles, ce qui les rend hors de prix. Là, il va devoir me les filer sans me demander un seul sou. »
Bien que le prix n'ait pas été discuté, il n'y avait absolument aucune chance que M. Zaztlat les vende à Felix.
À ses yeux, il devait être soulagé d'avoir encore la tête sur les épaules après avoir été pris la main dans le sac comme ça.
Car la vente de parties de corps de dragons était interdite dans tout l'univers... La Reine avait le droit de signaler quiconque en possédait aux autorités compétentes.
Malheureusement, chaque fois qu'il y avait une putain de fortune à se faire, il y avait toujours des gens pour trouver des failles et le faire'arranger, peu importe à quel point c'était illégal et risqué.
« Pour ne pas se faire signaler, ils ont dû utiliser une solution pour déguiser les parties de dragons et tromper leur système de scan de bracelet. » supposa Felix intérieurement.
Il n'était pas certain que son hypothèse soit bonne, mais il savait que beaucoup de marchands du marché noir utilisaient une solution spéciale appelée le Modificateur pour beaucoup d'objets et trésors interdits.
En plus d'un bracelet AP de première génération pourri qui avait le pire système de scan, les marchands étaient capables de transférer des objets interdits dans leurs bracelets AP.
Puisque la Reine IA n'avait le droit de signaler que ceux en possession d'objets interdits, les marchands étaient en sécurité même s'ils les vendaient littéralement en citant leurs noms.
Felix savait que l'AJDS pourrait facilement renforcer les règles et rendre tous leurs efforts vains... Mais tout comme les esclaves, le marché noir était trop gros pour qu'on y renonce.
Après tout, les chefs de race et les autres figures d'autorité étaient en fait ceux qui en profitaient le plus, puisque ce qu'ils voulaient d'habitude était toujours interdit.
Par exemple, goûter la viande de dragon ou d'autres créatures exotiques... Potions interdites aux effets absurdes... Esclaves de races fortes protégées comme les hauts-elfes... etc.
Aussi, l'AJDS ferme les yeux sur la méthode utilisée par les marchands et maintient le statu quo tel quel.
Pourtant, cela ne voulait pas dire que si on se faisait prendre la main dans le sac, on pouvait partir sans subir les conséquences.
M. Zaztlat était bien plus que pris la main dans le sac...
...
Dix minutes plus tard...
« Tout est là. » dit M. Zaztlat en tendant à Felix une carte spatiale, son cœur battant la chamade dans l'agitation.
Dans sa tête, il n'était pas encore totalement hors de la zone de danger.
« Total ? »
« Je vous en prie, considérez ça comme un cadeau... Vous m'avez déjà payé par votre visite honorifique dans ma boutique indigne. » insista M. Zaztlat.
« J'ai tête de mendiant ? » fronça Felix les sourcils.
« Non... non... non, je suis désolé, je suis tellement désolé ! » bégaya M. Zaztlat le front collé au sol, sentant son dos devenir humide de sueur froide.
Voyant que M. Zaztlat ne passait pas un bon moment, Felix décida de le laisser tranquille pour l'instant.
Il lui virla l'argent pour tout sauf les parties de dragon. S'il en avait eu le choix, il aurait profité de M. Zaztlat et tout pris gratuitement.
Mais il savait que ça attirerait les soupçons sur lui, car c'était une vérité universelle que les dragons ne reçoivent jamais de cadeaux à moins qu'ils ne viennent d'autres de statut égal.
Ainsi, pour garder la main, il devait continuer à jouer le vrai dragon royal.
...
Felix quitta la boutique de M. Zaztlat quelques minutes plus tard.
L'instant où il fut parti, M. Zaztlat ferma sa boutique, trop stressé et trop froussard pour oser vendre quoi que ce soit aujourd'hui.
« J'ai acheté autant, et j'ai payé encore moins que chez Sharx. » sourit Felix, « Les marchés noirs, c'est vraiment le top. »
Naturellement, la marchandise du marché noir n'était pas taxée... En d'autres termes, la Reine IA les considérait sans propriétaire puisque personne n'avait payé de taxes pour eux.
Si ça avait dépendu de ces vendeurs, ils n'auraient pas cligné de l'œil avant de payer les taxes.
Parce qu'avoir des produits taxés voulait dire que la Reine IA était leur assurance au cas où leurs produits se feraient voler.
Le voleur finirait par se faire prendre et leurs produits seraient soit restitués, soit au moins dédommagés.
C'était comme payer une assurance en plus des taxes.
Cependant, comme l'origine de ces produits du marché noir n'était pas vraiment légale, les taxer voulait dire que les premiers à se faire enculer par le système seraient eux.
Par exemple, les trésors naturels et matériaux ici avaient définitivement été récoltés sans licence appropriée comme celle que possédait Lord Sharx.
Si le récolteur décidait de légaliser sa récolte, il serait signalé instantanément par la Reine... La punition la plus douce serait la déportation de ce paradis.
« Vous voulez que je vous vole quelques objets, Monsieur Felix ? » demanda Mistress Candace distraitement.
« Pas la peine. » secoua Felix la tête.
Bien qu'il fût plus que capable de tout prendre ici sans que personne ne porte plainte, Felix n'en avait pas envie.
Il savait que les vendeurs ici avaient pris des risques considérables pour obtenir leurs produits et les vendre ici. Il n'était pas assez con pour les dépouiller proprement alors qu'ils ne lui avaient rien fait de mal.
...
Une heure plus tard...
On pouvait voir Felix assis sur un lit king-size moelleux dans une suite à couper le souffle... Il avait déjà dévalisé les deux autres boutiques et aussi quelques autres sans rapport avec les objets qu'il cherchait.
Malheureusement, les deux autres boutiques n'avaient pas de restes de dragons... Felix s'en était assuré en abusant de sa fausse autorité.
Honnêtement, il n'était pas si surpris de n'en pas trouver.
Le seul moyen de trouver des restes de dragons était la pure chance.
Car quand les dragons meurent dans des combats entre eux, le vainqueur s'assure d'effacer complètement les restes du vaincu pour éviter qu'ils ne finissent entre de mauvaises mains.
Tout le monde savait que les corps de dragons étaient des trésors en soi. Aucun dragon ne voudrait que son cadavre soit dévoré ou utilisé comme matériau.
Cela ne laissait que la seule méthode propre de trouver leurs restes : explorer des planètes désertes dans la galaxie, et espérer avoir de la chance sur des sépultures de dragons.
Heureusement pour les explorateurs, les corps de dragons étaient quasi immunisés contre la pourriture et la décomposition, ce qui leur faisait faire fortune à chaque fois qu'ils en trouvaient une.
« J'ai eu un demi-cœur, un quart de foie, un quart de moelle épinière, quelques dents, la glande, et enfin, des écailles rouges réfléchissantes. » pensa Felix en scrutant le contenu de son inventaire spatial.