Felix fit la queue docilement, comme tous les autres. Peu importait sa colère contre leur gestion. Il devait quand même jouer leur jeu s'il voulait obtenir le prêt.
...
Son tour arriva. Cette fois, il ne salua personne et présenta directement son poignet au dispositif de scan.
L'employé en fut ravi, lui qui préférait les clients qui ne lui font pas perdre leur temps avec des questions et des conversations sans intérêt.
« Je vois que vous demandez votre premier prêt. »
Il lut les détails scannés sur son écran et continua : « Selon le livre des règles de l'Alliance des Jeux de Suprématie, chaque membre d'une planète nouvellement intégrée peut demander un prêt de 100 000 PS avec une augmentation d'intérêts de 3 % par mois. » Il l'informa : « Les prêts suivants nécessiteront une explication et l'objet de l'emprunt. Quant aux intérêts, ils seront de 6 % par mois. »
« Tout est compris, monsieur Felix ? »
« Oui. »
« Bien, 100 000 PS ont été ajoutés à votre compte en banque. Vous pouvez les utiliser pour acheter n'importe quoi dans la Réalité Virtuelle Universelle. Je vous souhaite une bonne journée. »
« Suivant, s'il vous plaît. » L'employé le congédia.
Felix hocha la tête et quitta le guichet.
Au bout d'un moment, il sortit de la banque et appela un aérotaxi via son bracelet, direction le tripot pour placer son pari.
…
10 minutes plus tard…
Il était assis sur un canapé, buvant son café tout en observant des dizaines d'hologrammes, chacun diffusant en direct une partie différente, de rang et de niveau variés.
'La partie dont je me souviens n'a toujours pas commencé. Je parie qu'elle aura lieu demain samedi, vu que c'est un battle royal.'
Il en déduisait cela, ces jeux étant extrêmement prisés des spectateurs, grâce à leur condition de victoire brutale et simple. Il suffit d'être le dernier survivant parmi des centaines ou des milliers de joueurs pour remporter le championnat. Pour les autres, seule la mort les attend. Un mode de jeu si brutal qu'il égaye l'existence morne du commun des mortels.
'Peu importe, je vais parier sur le gagnant maintenant et viendrai regarder demain.'
Il tapa sur son bracelet, et un large hologramme apparut devant lui, invisible pour quiconque d'autre.
Il entra sur le site officiel du tripot et cliqua sur les parties du lendemain. Immédiatement, il fut redirigé vers un autre onglet affichant une longue liste de jeux.
'Reine, trouve-moi un battle royal à 500 joueurs dans cette liste.'
Sans le moindre effort, la Reine mit en surbrillance trois parties correspondant à son critère. Il appuya sur celle du bas et les détails du jeu s'affichèrent dans un hologramme latéral.
[Format de jeu : Chacun pour soi Nom du jeu : Battle Royal à 500 Nombre de joueurs : 500 Intégration autorisée : De la pureté d'origine au sommet du stade 2 de Remplacement. Rangs autorisés : Argent et Or Liste des joueurs : (Cliquez pour plus de détails.)]
Il cliqua dessus et tapa « Solid Wall » dans la barre de recherche. Il n'avait pas l'intention de perdre son temps à faire défiler 500 noms.
Aussitôt fait, le profil de Solid Wall s'afficha devant lui, avec un gros bouton en dessous indiquant >Parier sur ce joueur<.
Sans plus attendre, il mit la totalité de ses Pièces sur sa victoire. Ses chances de gain étaient de 1 sur 10, ce qui n'était pas mal vu qu'il y avait des participants à 1 sur 30.
Une fois son pari placé, Felix s'avança et présenta son poignet au dispositif de scan.
« Votre pari a été enregistré avec succès. Personne ne connaît les détails de votre pari, sauf la Reine IA. »
« Bonne chance, monsieur. » dit un homme d'âge mûr derrière le comptoir.
Felix le remercia poliment et quitta le tripot, avec l'intention de se rendre au Marché des Lignées pour faire un tour.
…
15 minutes plus tard…
Felix paya la course et entra dans un marché animé, empli des cris des vendeurs hurlant pour vanter leurs produits de lignée, et des acheteurs marchendant des prix scandaleux.
À peine avait-il franchi l'entrée qu'il entendit une voix familière, qu'il ne pourrait jamais oublier.
« Rassemblez-vous tous, je vais vous montrer l'affaire de votre vie. »
Un homme bedonnant, au ventre proéminent, hurlait tout en tenant d'une main une petite cage abritant un moineau rouge aux deux longues dents sortant du bec, et de l'autre un flacon de verre rempli de sang.
Une fois qu'il eut rassemblé une belle foule, il entama sa présentation.
« Voici une bête de lignée épique, rang 1 : le moineau crochu. » Il leva la cage bien haut et continua avec passion : « Elle est au bord de l'extinction, il ne reste que cent spécimens de son espèce dans l'univers. » Il posa la cage et montra le flacon de sang. « J'ai eu la chance d'obtenir sa lignée auprès d'un chasseur de bêtes qui avait un besoin urgent de Pièces. » Il marqua une pause pour reprendre son souffle, puis poursuivit : « Je suis prêt à le céder pour seulement 500 000 PS, un prix dérisoire pour une espèce si menacée. »
« Qu'en pensez-vous ? » demanda-t-il avec assurance, sans la moindre once de fourberie.
Domage, son assurance vola en éclats dès qu'il fut démasqué publiquement.
« Qui essayez-vous d'arnaquer, crétin ? N'est-ce pas juste un moineau rouge de rang commun qui a subi une petite mutation après avoir bouffé n'importe quoi ? »
Un vieux qui tenait sa propre échoppe à côté pointa le doigt sur le gros vendeur et continua de le démolir avec rage. « Son prix n'atteint même pas 200 PS, et il en fait un demi-million, et tu oses dire que c'est pas cher ?! Aie un minimum de limite et de honte quand tu essaies d'arnaquer des idiots. Tu ruines le business pour nous tous. »
Le regard des clients se glaça instantanément tandis qu'ils dévisageaient le gros vendeur, et ils se mirent à lui lancer des cailloux et des bouteilles vides, le forçant à plier boutique prématurément.
Si les capacités avaient été autorisées dans les lieux publics, le gros vendeur aurait déjà été mis en pièces.
« Pas la peine de vous fatiguer avec cette ordure humaine. Venez voir ma boutique, vous trouverez votre bonheur. » Le vieux ne perdit pas l'occasion et se mit illico à vanter ses flacons après avoir récupéré la foule.
« Mes lignées sont toutes authentiques. » Il souleva l'un des nombreux flacons de son étal et dit avec assurance : « Ce bison du Cauchemar de Cobalt, rang 2, grade épique. Vous pouvez le chercher en ligne dès maintenant, et trouver toutes ses infos, élément, capacités et prix du marché. » Il sourit sincèrement : « Je ne le vends que 4 millions de PS. »
Voyeur qu'ils reculaient en entendant son prix, il leur offrit 5 % de remise à la maison, prétendant que c'était des excuses pour avoir failli se faire arnaquer à côté de lui.
« S'il vous plaît, ne perdez pas confiance en nous, marchands de lignées. C'est tout ce que demande ce pauvre vieux. » Il soupira avec abattement face au sort misérable de l'industrie des lignées.
« Si seulement les autres marchands étaient aussi honnêtes et fiables que vous. On n'aurait pas besoin d'être sur ses gardes à chaque fois qu'on entre dans ce marché, qui regorge à 90 % d'arnaqueurs. » Une femme au visage aimable le dit avec déception.
« En effet, et il a raison les gars. Je viens de chercher les infos sur le Bison Cauchemar, et tout correspond. » Un jeune junior montra un hologramme à tout le monde, affichant toutes les informations publiques sur la lignée. Il ajouta étrangement : « Mais le vrai prix réel de cette bête est de 6 millions de PS, alors que ce brave homme ne le vend que 4 millions. »
C'était effectivement sospeux que quelqu'un veuille brader un Bison Cauchemar de rang 2 grade épique de 35 %. Sans compter les 5 % supplémentaires offerts par le propriétaire.
Le vieux leva la tête vers le beau ciel bleu de la Réalité Virtuelle Universelle, et dit doucement, les larmes coulant sur ses joues.
« Si ma pauvre fille n'avait pas été violée et battue à deux doigts de la mort par un jeune maître vicieux d'un clan, je n'aurais pas bradé ce trésor avec une telle remise. » Il se cacha le visage dans les mains et sanglota misérablement.
« J'ai désespérément besoin de Pièces au plus vite pour soigner ses blessures. »
L'expression de la foule autour de lui s'adoucit un peu, en voyant un vieillard pleurer en silence.
« Vieux, je soutiens votre cause, et j'achète cette lignée. J'espère que votre fille ira mieux. »
La femme aimable fit son offre pour acheter la lignée. Mais elle fut vite stoppée par un autre acheteur.
« Attendez un peu, mademoiselle. Laissez ce monsieur aider un frère dans le besoin. Je méprise ces jeunes maîtres ignobles qui osent toucher aux filles des autres. Et pour montrer mon soutien, je monte le prix à 4 millions et demi. »
« J'en donne 5 millions. Je veux l'offrir à mon petit-fils qui va bientôt entrer au premier stade de Remplacement. J'espère que personne ne me la disputera. » Un vieux à cheveux rouges les menaça en riant avec sa canne.
Trop dommage qu'un beau jeune homme n'en ait cure, et qu'il surenchérisse poliment.
« 6 millions ici, j'en ai besoin pour moi. Cette lignée est parfaite pour mon premier Remplacement. »
Le vendeur intervint aussitôt, le prix ayant atteint 6 millions, soit le cours du marché.
« Mes chers clients, je ne peux pas vous laisser continuer à surenchérir comme ça. Je la vends à ce jeune homme, et quand ma fille ira mieux, j'en commanderai d'autres, et je vous les vendrai avec 20 % de remise. Donnez-moi vos numéros de contact. » Il le proposa avec des excuses.
Les enchérisseurs se regardèrent et haussèrent les épaules.
« Pas de souci, je voulais juste tendre la main. »
« Moi aussi. »
« Même si j'en avais besoin, je peux dire à mon petit-fils d'attendre, pas de problème. »
Le vendeur s'inclina et les remercia sans fin pour leur compréhension. Il s'approcha alors du beau jeune homme et lui tendit le flacon.
Le jeune homme le prit et sourit, satisfait de la transaction.
« Donnez-moi vos coordonnées bancaires pour que je vous virer les Pièces. » demanda-t-il.
Le vieux effleura son bracelet avec celui du jeune homme, lui transmettant son code de série bancaire.
« Le voilà. »
Juste au moment où le jeune junior allait valider. Une voix forte l'interrompit.
« ATTENDEZ, ARRTEZ-VOUS LÀ ! NE LE VENDEZ PAS, MON ONCLE !! »
Felix s'immisça dans la mêlée, un visage différent et une lueur cachée dans les yeux.