« Siaseme, comme en Mère-Originelle Siaseme ? » Candace inspira profondément, agitée.
Même Felix et Asna ressentirent de la détresse, la pression spirituelle de la Mère-Originelle Siaseme étant tout bonnement sur un autre niveau, au point de leur donner l'impression qu'elle pouvait littéralement éteindre leurs âmes d'un seul mot !
La seule consolation qu'ils avaient, c'est que les Primordiaux étaient eux aussi sous le couperet !
« C'est fini. »
Tout aussi soudainement qu'elle était apparue, la pression disparut en un clin d'œil.
« Préparez-vous pour la rencontre. » lança Dame Sphinx d'un ton glacial avant de s'éloigner.
Felix n'eut même pas besoin de demander des nouvelles de sa maîtresse, il savait déjà qu'elle avait maille à partir avec la Mère-Originelle Siaseme.
La Mère-Originelle Siaseme pouvait être dans son droit en refusant l'entrée de sa galaxie à Dame Sphinx malgré les offres mirobolantes, mais cela ne signifiait pas que Dame Sphinx ne s'en offusquerait pas.
Depuis, Dame Sphinx n'avait plus croisé le regard de la Mère-Originelle Siaseme.
« C'est enfin en train d'arriver... » Les battements de cœur de Felix s'emballèrent tandis que la nervosité commençait à le submerger à l'idée de rencontrer Lord Zurvan.
S'il s'était agi de n'importe quel autre Primordial, il n'aurait pas réagi ainsi... Mais Lord Zurvan n'était pas n'importe quel Primordial. C'était le dernier espoir qu'il lui restait pour réparer son erreur et sauver tout le monde.
Cette rencontre était l'un des moments les plus importants de sa vie et il ne voulait pas la gâcher... Noah réagissait de la même façon.
Contrairement à Felix, il se fichait éperdument des autres Terriens tant que sa sœur n'était pas ressuscitée... Il était prêt à tout pour y parvenir.
...
Une demi-heure plus tard...
Felix, Noah, Fenrir et Dame Sphinx furent téléportés dans une magnifique forêt tropicale qui ressemblait trait pour trait à la jungle amazonienne.
Felix n'avait pas amené les autres, Olivia ignorant qu'ils comptaient demander à Lord Zurvan de ressusciter leurs peuples.
Après des milliers d'années, Olivia avait déjà fait son deuil et vivait sa vie normalement à nouveau. Ce aurait été cruel de lui donner de l'espoir pour le lui arracher.
« Ça doit être ça. » dit Felix en observant une hutte modeste, recouverte de la base au sommet de lianes et de mousse.
Le bruit des gouttes de pluie frappant le toit de chaume s'amplifiait à mesure qu'ils s'approchaient de la demeure.
Le bâtiment était compact, entièrement construit en bois et en bambou, et présentait un aspect rustique, naturel.
Les poutres de soutien étaient ceintes de lianes et d'autres végétations tropicales, donnant l'impression que la hutte avait jailli spontanément de la forêt.
Lorsqu'ils atteignirent la porte, ils constatèrent qu'elle était ouverte, accueillant un parfum de terre humide et de flore qui emplissait l'intérieur.
La seule lumière dans la pièce provenait d'un petit feu crépitant au centre, qui projetait des ombres vacillantes sur les murs inachevés.
Il n'y avait que quelques tabourets en bois et une table dans cette pièce au minimalisme fonctionnel.
Dans l'un des coins, un hamac se balançait doucement dans les airs. Des étagères en roseaux tressés couvraient les murs, garnies d'objets divers : bols en bois sculpté, quelques paniers en feuilles de palmier, et d'autres outils artisanaux.
Felix et les autres ne prirent même pas le temps d'apprécier la simplicité apaisante de la maison, leurs yeux ayant été irrésistiblement attirés par un homme assis près de la cheminée.
Il remuait le bois brûlant avec une longue baguette dorée couverte d'inscriptions complexes.
« Lord Zurvan, c'est un honneur de enfin vous rencontrer. » Fenrir et Dame Sphinx s'inclinèrent sans la once d'un manque de respect.
Felix et Noah les imitèrent prestement, sachant que puisque leurs maîtres s'inclinaient, ils devaient témoigner le double de respect.
« L'honneur est pour moi. » Lord Zurvan sourit avec bienveillance en pivotant sur sa chaise pour les faire face.
« Hein ? »
Quand Felix détailla son apparence, il fut saisi de surprise : Lord Zurvan ne semblait provenir d'aucune espèce.
Il avait le corps d'un homme à la peau blanche comme du marbre et aux yeux qui brillaient d'une lueur surnaturelle.
Il portait une longue robe fluide ornée de symboles et de motifs complexes qui semblaient représenter les cycles du temps.
Ce qui déconcerta Felix, c'était sa tête de lion, ses ailes dorées cachées, et plus mystérieusement encore, un serpent vert luminescent qui s'enroulait autour de tout son corps, la tête posée sur son épaule.
Il ressemblait davantage à une chimère, rappelant sa maîtresse Sphinx... Mais son instinct lui murmurait qu'il était loin d'en être une.
« Bienvenue, petit. » Lord Zurvan sourit doucement en posant son regard sur Felix, le déstabilisant complètement.
« Bienvenue ? De quoi parle-t-il ? » Felix resta coi.
« Peut-être voulait-il te souhaiter la bienvenue dans sa maison et s'est trompé ? » Asna pencha la tête, perplexe.
« N'y pense pas trop. » Les paupières de Dame Sphinx tressaillirent. « Lord Zurvan adore troubler les gens en utilisant ce genre de phrases particulières pour les dérouter. »
« Pour de vrai ? » demanda Felix, sans voix.
Il la crut, sachant que n'importe qui serait déstabilisé si quelqu'un capable de contrôler le temps lui disait quelque chose en lien avec son futur ou son passé, que ce soit un mensonge ou la vérité.
« Haha, on dirait qu'elle t'a prévenu à mon sujet. » Lord Zurvan pouffa en voyant l'expression de Felix redevenir normale.
Felix esquissa un sourire forcé, ne sachant comment se comporter face à ses excentricités.
« Gamin, tu peux te comporter normalement. Je ne vais pas ressusciter ton peuple. Alors, arrête de t'inquiéter de me manquer de respect. » dit Lord Zurvan avec son habituel sourire bienveillant tout en continuant de remuer les bûches.
Sa déclaration fit instantanément retomber l'atmosphère, laissant même Dame Sphinx et Fenrir un peu stupéfaits.
Ils étaient déjà presque certains que Lord Zurvan allait rejeter la demande de Felix, mais ils ne pensaient pas qu'il le fermerait dès les trente premières secondes de leur entretien.
Il brisa littéralement leur espoir avant qu'ils n'aient pu rassembler assez d'assurance pour formuler leur requête !
« Lord Zurvan, pouvez-vous au moins les entendre ? » soupira Dame Sphinx en regardant les expressions vidées de Noah et Felix.
Ils avaient été frappés de plein fouet par le refus de Lord Zurvan, eux qui rêvaient de ce jour depuis plus d'un millénaire.
Ils avaient tout préparé pour convaincre Lord Zurvan, même s'il fallait le supplier.
Hélas...
« Quel intérêt ? Je sais déjà ce qu'ils vont dire. » dit calmement Lord Zurvan. « Autant passer à la suite et les rejeter directement. »
Boum !!!
« Je ferai tout ce que vous demanderez. Ramenez ma sœur, s'il vous plaît ! Je vous en supplie ! »
Sans la moindre hésitation, Noah s'agenouilla, le front contre le sol, et le supplia de reconsidérer sa décision. Ses yeux étaient rougis, comme s'il faisait de son mieux pour retenir ses larmes, tandis que sa voix se brisait en plein milieu de sa phrase.
La dignité ? Le respect ? Noah n'avait que faire de telles choses quand la seule qui comptait dans sa vie n'existait plus.
« Gamin, tu manques de respect à ton maître en t'agenouillant devant un autre. » conseilla Lord Zurvan en voyant l'expression glaciale de Fenrir. « Tu ferais mieux de te relever si tu ne veux pas être puni. »
Noah serra les poings mais refusa de se lever, laissant clairement entendre qu'il était prêt à endurer n'importe quel châtiment tant qu'il atteignait son but.
Lord Zurvan souleva Noah par son énergie mentale et dévoila avec un sourire amer : « Autant je voudrais vous aider tous les deux, autant ce n'est pas si simple. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » demanda Felix avec une lueur d'espoir vacillante... À ses yeux, tant que ce n'était pas impossible, c'était faisable !
Hélas, il allait abandonner cette idée plus vite que Noah ne s'était effondré au sol.
« Vous supposez que je peux rembobiner le temps sur votre planète détruite jusqu'au moment où tout le monde était encore en vie. »
« C'est la prémisse. »
Tous hochèrent la tête en signe d'accord.
« Eh bien, je peux le faire. » Avant que Noah et Felix ne puissent se réjouir, Lord Zurvan secoua la tête. « Malheureusement, tous ceux qui seraient ressuscités ne seraient que de pures enveloppes vides, sans âme. »
Cette nouvelle fit descendre le cœur de Felix dans ses talons, car il devinait déjà où Lord Zurvan voulait en venir.
« Au moment où quelqu'un meurt, son âme devient une page blanche, tout ce qu'il a vécu dans sa vie est effacé. Donc, même si je ressuscitais ta sœur, ce ne serait pas vraiment ta sœur, son âme serait entièrement neuve. » secoua la tête Lord Zurvan. « Si tu ne veux que son corps, il existe des méthodes bien plus simples, comme le clonage ou ce genre de choses. »
« Ce n'est pas possible... » marmonna Noah d'un air absent.
Même lorsqu'il était désespéré et frôlait la folie face à la mort de sa sœur, Noah avait gardé assez de lucidité pour comprendre que c'était l'âme de sa sœur qui importait, pas son corps.
Si elle était déjà effacée comme le disait Lord Zurvan, alors, il n'y avait vraiment plus rien à faire...
« Vous voulez que je fasse ça à des dizaines de milliards de morts ? Pas la peine. » dit Lord Zurvan d'un ton sévère. « Tous ceux qui ont connu la mort dans leur vie apprennent à faire leur deuil et à avancer. Je suis certain que tout le monde l'a déjà fait en à peine une décennie, alors que vous, les garçons, vous avez eu plus d'un millénaire. »
« Si vous n'arrivez pas à tourner la page, c'est votre faute et celle de personne d'autre. »