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Slime Saint

Chapitre 41 : La maîtresse de donjon retorse se fait prendre à partie

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Chapitre 41

Chapitre 41 : La maîtresse de donjon retorse se fait prendre à partie

Chapitre 41/5082%~8 min de lecture1 504 mots

Hmm, ils s'accrochent, ces intrus. Un de mes doubles, celui qui a le quart de mes capacités, s'est fait battre. Une crise sans précédent, si tant est qu'on puisse appeler ça une crise.

La compagnie ennemie compte une dizaine de membres. Trois d'entre eux sont gravement blessés, hors d'état de continuer, alors on les a laissés sur place. Ils feraient bien de songer à la retraite, mais les subordonnés d'un maître de donjon lui vouent en général une adoration sans borne, et la marche ne s'arrête pas. C'est bien embêtant.

Pourquoi obéir à un déchet qui vient vous attaquer par pure jalousie ?

Cela dit, moi aussi je suis assez ignoble, et Iris et les autres me suivent quand même. Il doit donc bien rester un millimètre de bon chez le maître de donjon d'en face.

Mais si Iris et les autres se retrouvaient en difficulté et refusaient de reculer, je me fâcherais, moi. Qu'elles meurent ou qu'elles soient blessées, rien que d'y penser, ça me glace. Je déteste la douleur.

Je n'ai pas spécialement envie de les faire souffrir, mais s'ils ne se retirent pas, ça finira mal de toute façon. Vous êtes sûrs que ça vous va, vous autres ?

Autant aller le leur demander. Vous tenez vraiment au camp de cette ordure ? Dans ce cas, je vous élimine.

Dans mon donjon, je peux me téléporter n'importe où, sauter à travers l'espace. J'apparais devant la compagnie ennemie, qui vient tout juste de souffler.

Ça me rappelle Cal débarquant chez moi. À l'époque, voir surgir quelqu'un de bien plus fort que moi m'avait sidérée.

« Bonjour, monsieur le dragon. »

« Q-qui es-tu… ?! »

« C-cette présence ! »

« Q-quel monstre… ! »

« Vous êtes bien impolis ! »

Je ne suis qu'un simple slime ! Ah, « simple slime », ça ne passe plus, peut-être. Bon, ils sont venus m'attaquer, donc je les bute. Tiens ? Je devais poser une question, non ? Du genre : ça vous va vraiment, de servir une ordure ? Hein ? Ça sert à quelque chose, de demander ? Non. Ils m'ont attaquée, donc je les tue.

Mon âme grince. Toi, tais-toi. Reste où tu es et regarde encore mon massacre.

Mais oui, c'est vrai, je ne trouve pas ça mal. Je suis née dans un pays en paix où j'aurais dû vivre heureuse, et pourtant, dès le jour de ma naissance, ma mort était promise.

Non, je ne trouve pas ça mal. S'il existe un monde où celui qui veut son bonheur en le volant aux autres a le droit d'être heureux pour de bon…

Alors qu'on mette ce monde en pièces.

« Mon âme hurle, alors on dirait bien qu'il ne vous reste plus qu'à périr. »

« Q-quoi ? »

« La maîtresse de donjon n'était pas censée être un slime ?! »

« J'en suis un. Un très méchant slime. Vous allez tous mourir et servir de repas aux slimes. »

Mon âme et mon corps se relient. Voilà. J'ai le droit de tuer, n'est-ce pas. Me voilà rassurée. Je ne suis plus tiède.

Je suis bel et bien un monstre.

« Crèèèève ! »

« N'approche paaaas ! »

« Tuez-laaaa ! »

« Ne viens paaaas ! »

« Vous êtes bruyants. »

Moitié qui charge, moitié qui fuit. Je les transperce un par un à la Lance de pierre et au couteau de fer. Une riposte ? Non, rien ne m'atteint. Mon mana tourbillonne autour de moi, alors ni le physique ni la magie ne passent. Je ne serais pas devenue un peu trop forte, moi ?

Mes tentacules, tranchants comme des lames et souples comme des fouets, leur ôtent les bras et les jambes un par un. J'en garde un, le plus minable. Il faudra bien que le maître de donjon d'en face présente ses excuses. Même s'il s'excuse, je le tuerai. Crève crève crève.

La terreur est bien installée, alors je les laisse là. Même s'ils peuvent encore bouger, ils ne conquerront plus rien du tout. Ni physiquement, ni mentalement.

J'en envoie un dehors, à titre d'expérience de téléportation, jusqu'au donjon adverse. Transmets bien à quel point je suis effrayante. Sinon, j'irai te tuer une seconde fois, tu sais ? C'est la moindre des choses, non ?

Nous sommes en guerre, après tout. Pas d'excuses, extermination. Cela dit, même avec des excuses, il est peut-être déjà trop tard : mes camarades déferlent là-bas.

Bah, tant pis.

Je me téléporte dans le donjon adverse, jusqu'où porte mon mana. Hein ? C'est quoi, ça ? Je peux aller jusqu'au fond. On peut donc être maître de donjon avec un mana aussi faible. Cal m'a sacrément endurcie, en fait. Il faudra que je la remercie.

Bon, je n'ai aucune envie d'aller au fond, ça me dégoûte, alors je vais le laisser rouler à l'entrée.

Ceci dit, nos troupes sont déjà descendues sacrément profond. Depuis quand ?

Les slimes sont vraiment redoutables en donjon. Et les aventuriers se sont donné du mal, aussi.

Il fait déjà nuit, je vais rentrer manger un sukiyaki. Ah, et les ennemis réduits en morceaux, je vais les empiler devant leur donjon. … Cela dit, le maître de donjon d'en face mourra sans doute avant d'avoir pu procéder à l'identification.

Je me téléporte vite fait au restaurant du premier niveau, près des chambres, et j'appelle tout le monde en télépathie. Un « on mange un sukiyaki » et les voilà tous rassemblés en un clin d'œil.

« Sukiyakiii. Sukiyakiii. »

« Cal, tu manges vraiment n'importe quoi. »

« Sukiyaki ! De la viande ! »

« Keicy, ce n'est pas encore cuit ! »

Quelle bande de goinfres. Rizé, le kappa, arrêtez de piocher dans le plat avec vos propres baguettes !

Iris, elle, ne bouge pas, ses baguettes serrées dans la main. Qu'est-ce qu'il y a ? Elle n'aime pas le sukiyaki ?

« Azalée. Tu t'es encore forcée. »

« Hein ? Mais non, pas du tout. »

Je me suis forcée, aujourd'hui ? La téléportation ? C'était un peu à l'arrache, d'accord, mais j'ai pris le pli, je ne raterai plus. Je n'échoue jamais !

Tiens, Iris me fusille du regard. D'habitude, on est en pleine lune de miel, pourtant !

« Moi aussi, je me fâche, quand il faut. »

« Hein ? »

« Azalée déteste tuer. Et encore plus voir mourir les siens. »

« Ah… oui. »

« Tu t'es forcée. »

« … »

Si on va par là, je ne fais que me forcer depuis que je suis un slime. Je déteste tuer, je déteste être tuée. Pire : la simple vue d'un grand blessé me fait mal, mon âme en tremble.

Je ne veux la mort de personne. Je ne veux même pas qu'on se blesse. Autrefois, un garçon s'est blessé devant moi et je l'ai bandé en l'engueulant.

Je déteste jusqu'à la vue de la douleur. Parce que moi, j'ai eu mal tout le temps.

Je suis… Tiens ? J'ai bel et bien oublié quelque chose. On m'a effacé la mémoire, c'est vrai. Alors pourquoi est-ce que je cherche à me souvenir ? Voilà. Ce n'est pas que le dieu se soit raté. C'est moi qui cherche. Et j'y arrive. Sauf que.

« On est des monstres, non ? Se battre et blesser l'autre, c'est bien normal. »

« Azalée, c'est différent. Sans douceur, pas de Sainte. Et tout le monde dit la Sainte, maintenant. Donc Azalée est douce. »

« … Je ne suis qu'un simple slime… »

« Oui. Un slime doux. »

« Aujourd'hui encore, j'ai réduit des tas de monstres en bouillie, tu sais ? »

« En te forçant. »

« … Oui, c'est vrai. »

Je me force. J'essaie d'accepter ce que je suis devenue, un monstre. Mais même Iris le voit. Même à Iris, qui est un monstre, je dois avoir l'air fausse.

Non, ce n'est pas ça.

La vérité, c'est que je ne veux pas tuer. Ce n'est pas à moi de le dire, après tous ces massacres. Ah. C'était donc ça, mon âme.

Mais je veux aussi jeter cette sensibilité et rester un monstre. Ça aussi, c'est vrai. C'est pour ça que je répète sans arrêt que je suis un monstre. Je me le fais entrer dans la tête.

Idiote. Pas besoin de me le répéter, je suis déjà un slime. Et c'est très bien comme ça.

« Azalée. »

« Ou… ou… ouiiin… »

Pourquoi. Pourquoi donc. Des yeux du slime que je suis, du slime qui ne peut pas pleurer, des larmes ont débordé.

Si j'ai pris forme humaine, ce n'était pas par regret : c'est parce que je m'étais souvenue que j'étais humaine. Oui. C'était ça.

Aussi affreusement tordue que je sois, je suis humaine.

J'aurais voulu renaître humaine.

Mais je suis un slime, désormais. Et c'est très bien. Je n'y vois rien à redire.

Sur le champ de bataille, je continuerai de vivre en tant que slime.

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