C'est ainsi qu'après trois ou quatre ruées, au troisième mois, le Mascaret céleste s'étant bien calmé, on a décidé d'attaquer nous-mêmes la base ennemie.
Yukimé et les autres sont retournées à leur travail au donjon. Me revoilà Reine des solitaires. Bon, les trois nobles sont là. Forcément. Blaze a essayé de s'enfuir, alors je lui ai fait miroiter un couteau d'orichalque. Cela dit, je ne crois pas pouvoir le battre. Lui aussi devient plus fort. En jouant.
La base ennemie étant très à l'écart, et comme nous menons l'ordre des chevaliers, on y va tranquillement. Plusieurs détachements sont partis en avance pour couper les voies de fuite. Les chevaliers se sont fait semer plusieurs fois : ils doivent vouloir laver l'affront.
Le plan initial a changé, mais comme j'ai les mains libres, ce n'est pas Rizé mais moi qui m'infiltre pour nettoyer le rez-de-chaussée de la base ; les chevaliers entrent, détruisent le niveau, la structure s'effondre et on abat ceux qui s'échappent. Les bâtiments de ce pays ont l'air d'ignorer les normes sismiques : ça va sans doute partir en miettes.
Nous voilà enfin à la base ennemie. Au fait, deux autres officiers ennemis nous ont attaqués pendant les ruées.
Le Machin-de-l'eau et le Machin-du-vent.
Celui de l'eau ne volait pas : enterré vivant. Asphyxie, déterrement, stockage, identification. Celui du vent, la joueuse invétérée qu'est Keicy l'ayant fait tomber : tir de couteaux de fer. Stockage. Identification. Les officiers, il reste la terre ?
Le Machin-du-feu, c'était le plus faible des Quatre Généraux ?
Bon, on est dans un monde de monstres, il y a des rois-démons et des dieux-démons à la pelle. Est-ce que je finirai par affronter un dieu-démon ? Ça semble ingagnable. Il n'y a sans doute pas de dieu-démon qui tombe dans une fosse.
Bien : infiltration par la bouche d'aération. Les sentinelles ? Enterrées.
Comme je m'y suis rendue en forme de slime, la vigilance était si basse que c'en était comique : au moment où j'ai lancé « Frétille, frétille, je suis un méchant slime ! », fosse et pierre. Enterrés. Ce genre de postes, on ne les place pas pour qu'ils se surveillent mutuellement, normalement ?
Que c'est bête. Bon, ce sont des bandits.
J'entre par l'aération, je marche au plafond avec l'escalade des parois, et dès que quelqu'un apparaît, je le tue et je le stocke sans laisser de trace. La piétaille qui traînait dans les couloirs, tout le monde y passe. Quel slime abominable !
Et de fait, les slimes de donjon sont terrifiants. Voir tomber du plafond, non pas des gouttes pour les yeux, mais de l'acide fort, ça ne s'esquive pas si facilement.
Bien : les couloirs sont vides, je fais entrer les chevaliers par signes de la main (de tentacule ?) depuis l'extérieur, et je leur fais poser des pierres de mana de feu à déclenchement à distance sur tous les piliers. Impossible de couvrir toutes les pièces, mais les murs porteurs et les piliers, je les fragilise de l'intérieur à la magie de terre. Le dernier geste, ce sera les pierres de feu.
“Ici Slime, mission accomplie.”
“Bien reçu, Slime. Repliez-vous en lieu sûr.”
“Bien reçu.”
Blaze joue le jeu, dis donc. Fin de l'infiltration. Je perce un trou dans le mur, je sors, je plonge sous terre et je file. À peine ai-je signalé mon retrait qu'un grondement retentit et que l'immeuble commence à s'effondrer. Je vais leur faire commencer les regrets tout de suite !
L'immeuble s'écroule en morceaux. Certains s'en éjectent, mais ils meurent en général à l'atterrissage. Ceux qui survivent, les chevaliers les achèvent. Ceux qui s'envolent, on les abat à l'arc. Ceux qui fuient, Blaze les rattrape en volant et les tue. Il est cruel, Blaze ! Ignoble, ignoble ! Donc mon ignominie à moi était bien une hallucination !
Bref, je me disais que je n'avais plus rien à faire, tout en reprenant forme humaine, quand trois types ont surgi des décombres, ont atterri sans dommage et se sont mis à attaquer les chevaliers.
Un des Quatre Généraux, un mercenaire, et le chef, j'imagine ?
Tous les trois bruns aux yeux noirs : ça a un petit air familier.
Trois couteaux de fer lancés, un crâne fendu, un adversaire éliminé. Des deux restants, l'un attrape le couteau et me le renvoie, l'autre l'esquive. Le couteau renvoyé se fiche dans mon front : je le stocke. Les lames, ça ne marche pas très bien sur un slime. Ça grignote un peu de mana, mais ça ne laisse pas de trace.
C'est sans doute le mercenaire qui l'a attrapé. Déploiement de fosse. Ah, il a réagi et s'est envolé. Mais de ce côté-là, il y a une Lance de pierre. Le chef est effleuré. Le mercenaire l'a tranchée au couteau. Je laisse le chef à Blaze et je m'occupe du mercenaire. Cercueil de pierre. J'ai enfin pu m'en servir. Même en vol, tant qu'on rase le sol, on peut être capturé.
Hm, oh, il a brisé le Cercueil de l'intérieur, à la seule force des bras. Pas mal.
« Le sieur Ars-je-sais-plus qui n'a nulle part où rentrer, c'est ça ? »
« … Arsuagreus l'Apatride. Et toi, tu es la dénommée Azalée. »
« Ne pas avoir de chez-soi, ça doit être dur. Petit sans-famille. Moi, je ne suis qu'un méchant slime ! »
« Aucun doute possible, donc. Tiens ! »
Ah, il lance un couteau. Il écoutait, au moins ?
Un couteau de lancer sur un slime, c'est un grain de poussière de dégâts. Il ne m'atteindra pas, de toute façon. Vu ce qu'il a observé, il doit exploser, non ? Je perce un trou dans mon corps, le couteau passe. De mon côté, attaque simultanée fosse et couteaux, sans oublier la Pluie de pierres par le haut.
« Gwooh ?! »
« Allez, allez. J'ai plein de couteaux. Esquive bien. »
Une centaine de couteaux à la volée, ça ne s'esquive pas, me disais-je, quand il les a repoussés d'un Mur. Quel enquiquineur.
Sauf que tu ne surveilles pas tes pieds : fosse. Il esquive, alors couteaux, couteaux, couteaux. Bon sang, quelle ténacité.
« Lance de foudre ! »
« Bouclier de lingots de fer. Suivi de : je transforme les lingots en couteaux et Tir d'arme. »
« Gwah ! »
« Ça picote ? »
Une simple éraflure et il se prend les dégâts de la foudre. C'est du suicide. L'avantage est net, mais j'ai bien dévoilé mon jeu. Bon, quelle est la meilleure façon de le tuer ? Je recrache la terre de mon corps et je fabrique murs et plafond. Le plafond, sans support, évidemment. S'il essaie de l'arrêter, j'épaissis ; s'il essaie de casser un mur, je le renforce aux lingots de fer. … Ah, il vient sur moi ! Bouclier de lingots de fer !
« Merde, quel adversaire de malheur ! »
Il aurait relancé une Lance de foudre. Puis le petit sans-famille s'élance d'un coup vers le haut. Offrons-lui aussi un plafond en recrachant la terre de mon corps. Cela dit, contre lui, l'intérieur aurait été préférable. Erreur de plan. Bon, transformons ça en intérieur maintenant. Plafond, piliers, murs, tout autour. Voilà, il fait noir. Moi, je suis un slime, je vois.
« Nous voilà tous les deux en cage ! »
« Certainement pas. »
Sous mes pieds, il y a une route. La terre est mon alliée. Je plonge et je tire des Piques de pierre en rafale. Alors, il meurt au combien ?
Le sans-abri court en balayant les piques, sans doute pour briser un mur. Repeignons ça en mur de fer. Et changeons les piques en couteaux de fer.
« Bordel de merde ! Mur ! »
« Tu es coriace. Aussi coriace qu'un slime. »
« C'est censé être un compliment ?! »
« Moi, je suis un slime deux fois évoluée ! »
Sur un duel de mana, je ne perds pas. Couteaux, couteaux, couteaux, couteaux. Je déforme le sol en entonnoir pour récupérer les couteaux. Couteaux, couteaux, couteaux, et de temps en temps un couteau d'orichalque. Récupéré au tentacule. Ceux-là coûtent cher. Et j'épaissis progressivement plafond et murs. Plus d'issue ? Non : enterrement vivant. Voilà, termi… hm ? Sa présence a disparu ?
Je sors : le petit sans-famille est en fuite. Comment ça ?
Manqué. Couteau. Touché. Attends-moi. Saut court.
Se faire semer par un adversaire de ce calibre, ce serait grotesque. Tentacule planté, poison hémorragique et acide fort dans la jambe. Puis un tentacule en forme de chaussette lestée de pierre, en pleine tête, à pleine volée. Une fois à terre, un tentacule équipé d'une épée d'orichalque, et on enfonce.
Mort ?
« Gh… mer… de… »
« Je te ferai une tombe. Tu vois, tu as enfin un chez-toi. »
Comme j'avais l'impression qu'il allait encore s'échapper, je lui ai coupé la tête. Où en est le chef ?
Stockage pour celui-là. Sa traversée du mur, c'était un Saut court ?
Un adversaire correct et bien pénible. J'ai livré un combat presque honnête, pour une fois. Indigne d'un slime.
« Azalée, tu l'as eu ? »
« Oui. Et toi, Blaze ? »
« Rizé et moi avons abattu Burselion. Un fuyard hors pair, très embêtant. Enfin, Log l'attendait en embuscade, donc ça a été facile. »
« De mon côté, il maniait la foudre, donc l'affrontement m'était favorable. En pleine face, ça aurait fait mal. »
Cela dit, Cal, elle, aurait tout traversé en force. Comment battre cette personne ? Bon, elle n'est pas une ennemie.
« C'est terminé, alors ? On fait quoi des corps ? »
« Oui. On fait le rapport à Rizé et Log et c'est fini. Tu les sortiras à ce moment-là. »
Il était tellement coriace que j'ai peur qu'il ressuscite si je le ressors. Je ne sortirai que la tête. Une tête seule ne bouge pas, j'espère.
« Un roi-démon écrasé sans effort. Tu es vraiment effrayante. »
« Ce n'était pas si facile. J'avais l'avantage, c'est tout. Hm ? Je serais de niveau roi-démon, moi ? »
« Tu le découvres maintenant ? »
Blaze s'est bien moqué de moi. Je te fais dresser une statue nue au bord de la piscine, hein ?! Bon sang ! Il paraît que je suis de niveau roi-démon !