« Tushitushi. »
« Hwuu, hwooht ? »
« Ce son ne vient pas de ma bouche, mais de mes bras ! »
« M, mais je l'entends sortir de ta bouche… Kuiiit ? »
« Hein ? Tu as encore assez de souffle pour parler ? C'est parfait pour moi, belle unni ! »
Tushitushi.
La situation actuelle était la suivante : la créature argentée émettait des bruits avec sa bouche en prétendant qu'ils provenaient de ses mains, alors que des bras ne peuvent réalistement pas produire un tel son, et elle rossait unilatéralement la déesse de la guerre jusqu'au bout de la nuit.
… Comment diable dois-je expliquer cette situation ?
L'apparence majestueuse qu'avait la déesse pendant ce très bref instant où elle fut invoquée pour la première fois n'était plus.
Le beau visage de la déesse était actuellement un désastre de morve et de larmes, le beau casque qu'elle portait sur la tête avait disparu, et à sa place se trouvaient des cheveux qui émettaient encore une lumière claire comme l'océan, mais qui étaient tout aussi en pagaille.
« Pr, professeur ! C'est quand même la déesse de la guerre ! Même si elle vient d'un autre monde, elle pourrait en vouloir pour ça et contracter avec une nation ennemie ! »
Alors que je regardais béatement, les sons que faisait la déesse passèrent de cris de « huuht ? » ou « kuahh ! » à des « kueeeeehk ! » ou « huoooohhh » sans queue ni tête, et ces bruits me ramenèrent à la réalité.
Parmi toutes les invocations possibles, pourquoi classe-t-on les dieux, les rois des esprits et les archidémons au sommet ?
D'autres esprits existent qui, du moment qu'on les utilise correctement, peuvent déployer une puissance tout aussi grande.
Mais ces êtres possèdent d'autres capacités que la simple force brute.
À moitié alignés sur une autre dimension, mais aussi à moitié sur ce monde, des êtres capables de contrôler la nature, tels sont les Rois des Esprits.
Les armes des dieux qu'ils manient. Puissant sur le pouvoir divin, capables de prêter à leurs invoqueurs l'autorité du dieu contracté, tels sont les dieux des autres mondes.
Et ceux qui ont le pouvoir et les armes pour s'opposer à ces dieux, les archidémons.
La seule présence de l'un de ces êtres peut changer l'histoire des guerres, c'est pourquoi les invoqueurs qui les contractent sont tous craints.
Et effectivement, les archives où un contractant d'un Roi des Esprits de l'eau remporta une bataille navale alors qu'il était en infériorité numérique de plus de dix contre un, ou un individu qui reçut le pouvoir du dieu des tempêtes vainquit seul 222 mages de combat ennemis en combat aérien n'ont toujours pas été battues, même aujourd'hui après d'innombrables batailles dans l'histoire de la guerre.
Mais, parmi tous les dieux qui existent, qui aurait cru qu'il rosserait sans pitié la Déesse de la Guerre et déesse de bien d'autres aspects encore.
Et un dieu que j'ai invoqué, qui plus est !
N'est-ce pas la condition idéale pour qu'elle m'en veuille aussi ?
« Continue à regarder, Mademoiselle Aris. Frappe-la encore, encore ! »
« Hihwiin. Pas besoin de me le dire deux fois ! »
« N, nyoooohh ! »
« Yeth ! »
« Kuek ? »
« Hi-hi ! Hé unni, te taper dessus c'est trop bon ! »
Mais au contraire, le professeur Nicerwin ordonna à la forme de vie argentée de continuer à frapper, et sur ses paroles, les mains de la créature recommencèrent à bouger.
Et combien de tushitushis résonnèrent encore dans la pièce après ça ?
À la fin, la déessa alla même jusqu'à saisir la forme de vie argentée et la supplier d'arrêter.
« S, sauve-moi ! »
« Ahn ? Belle unni ? Je ne tue pas les gens. Aru est pure et faible, et elle n'aime pas la violence donc elle ne peut pas tuer ! En fait, je suis une invocation gentille qui soigne les blessures d'unni ! »
« N, non ! Tue-moi juste ! »
La déesse en pleurs suppliait, mais la forme de vie argentée refusa sa prière.
Non, au contraire, puisqu'elle disait qu'elle ne pouvait même pas mourir, cela plongea la déesse dans un désespoir encore plus grand.
Et à cet instant, comme s'il l'avait attendu, le professeur Nicerwin s'approcha du côté de la déesse.
« Déesse, je connais un moyen de fuir cet endroit. »
« Qu, quoi ! Je vendrai même mon âme à un démon, alors s'il te plaît ! »
La déesse, si ruinée qu'on n'aurait jamais cru qu'elle avait autrefois rivalisé avec la déesse de la beauté pour l'apparence, se précipita vers le professeur Nicerwin comme si elle implorait.
« Ne t'accroche pas à mon maître ! Si tu le fais, les unni effrayantes vont se fâcher ! »
« Kuehk ! »
Bien qu'elle ait été repoussée d'un seul coup.
« Maintenant, si tu contractes avec cet enfant, tu pourras t'enfuir en sécurité. »
À cet instant, la déesse me regarda avec des yeux suppliants.
Contracter ? Avec moi ? Bien sûr que c'est vrai que je l'ai invoquée pour contracter.
Mais, est-ce bien de contracter comme ça ?
Que se passerait-il si plus tard, elle reprenait ses esprits et décidait de rompre le contrat sur un coup de colère, peu importe les conséquences ?
Dans ce cas, le contrecoup retomberait entièrement sur moi.
Ça pourrait mener au pire scénario où je devrais tout assumer seul.
Mais comme si le professeur Nicerwin le savait aussi, avec des gestes qui portaient la marque d'une longue pratique, il sorti une feuille de quelque part et la tendit à la déesse.
« Allez, signe ici et tu seras libre de cette douleur. »
« Li, liberté… »
Au mot liberté, tandis que la déesse fixait la feuille, ses yeux se remplirent d'espoir d'être libérée de cette douleur.
« Wiin ? Maîtremaître ! Cette belle unni, elle est si bonne à taper, je peux pas la frapper encore un peu ? »
« Hiiik ! Dépêche-toi, dépêche-toi et contracte ! Enfant ! Si tu contractes avec moi maintenant, je ferai de mon mieux pour t'enseigner tout mon savoir et mon pouvoir ! Alors dépêche-toi ! Uwaht ! Pourquoi, pourquoi tu me frappes ! »
« Parce que je pourrai plus te frapper après le contrat, alors je dois te frapper tant que je peux ! »
Après avoir dit ça, le mot « tushitushi » retentit à nouveau, et la même procédure qu'auparavant se répéta, et même en hurlant de douleur, la déesse me regarda avec intensité et dit.
« M, mnt ! Vite ! Contrat ! Mnt ! »
La déesse qui perdait peu à peu l'usage de la parole était pitoyable.
Et je commençai à craindre ce qu'était cet esprit argenté du professeur Nicerwin.
« B, bon. Je contracte. »
« Bien, tout ce que tu as à faire, c'est appuyer ton pouce sur ce tampon encreur et signer le contrat. Oui, là. Maintenant, Aru, arrête de la frapper un peu. »
« Wiin, pitié-pitié. »
De peur de finir à nouveau en larmes entre ces mains, la déesse ne lut même pas le contrat et apposa hâtivement son pouce dessus.
« Mademoiselle Aris, que vous signiez ou tamponniez ici, les deux sont acceptables. »
Mais je ne pouvais pas faire ça.
En plus, c'était un Geass Roll.
Un contrat absolu qui, non content de lier les dieux des autres mondes, ne pouvait même pas être interféré par les dieux de ce monde.
Si on contractait mal avec un Geass Roll, toute sa vie telle qu'on la connaissait pouvait être finie.
Alors je jetai un œil au contrat mais…
« N'est-ce pas totalement un contrat arnaque ?! »
Bien sûr, il n'y a aucun dommage pour moi.
Non, c'est même profitable au point que je me suis dit « est-ce que ces conditions sont seulement possibles ? »
Mais pour la déesse Athéna qui contractait avec moi, il n'y avait pas de contrat plus unilatéral que celui-ci.
Imaginez, un contrat qui me laissait utiliser le pouvoir d'un dieu quand et autant que je le voulais, sans aucune condition !
« Oh mon Dieu, je dois l'avoir ! »
C'est une déesse de la guerre.
Du point de vue d'une famille militaire, faire ce contrat serait une affaire conclue peu importe les millions qu'il faudrait dépenser, mais pouvoir faire un contrat qui ne contient que des avantages !
« Dè, dépêche-toi ! »
Pendant que je lisais le contrat, l'invocation argentée ne put plus attendre et recommença à rosser la déesse avec une nouvelle salve de « tushitushi ».
La déesse qui se refaisait taper me regarda avec supplication.
« Je n'ai rien fait de mal. Je n'ai rien fait de mal. Je n'ai rien fait de mal ! »
Oui, c'est ce que la déesse voulait. Je n'ai fait qu'écouter ce qu'elle disait.
Je n'ai aucune responsabilité là-dedans !
C'est tout la faute du professeur Nicerwin.
« Je le fais ! »
Aux cris de la déesse, j'apposai rapidement mon pouce sur le tampon encreur puis sur le Geass Roll.
« M, mnt que c'est fêt… »
Dès que le contrat entre la déesse et moi fut scellé, les sons de « tushitushi » ne se firent plus entendre.
« Hiing… Aah… C'était si bon sur mes mains aussi… »
« Hiiik ! »
La déesse qui reculait en voyant la forme de vie argentée la regarder avec ce qui semblait être un regret sincère fut un autre petit incident.
« Maintenant alors, Mademoiselle Aris, maintenant. »
« Ou, oui ! »
À moi qui observais la scène, le professeur Nicerwin dit.
« Désinvoque-la. »
« Désinvoquer ? »
Les yeux momentanément sans pupilles de la déesse clignotèrent quelques fois, avant que la vie ne revienne enfin en eux.
Et baissant la tête un instant, elle se releva sur des jambes tremblantes et cria.
« C, c'est une arnaque ! »
« Il est déjà trop tard. »
La déesse dévisagea le professeur Nicerwin avec une tête qui disait qu'elle s'était fait avoir, pendant que le professeur Nicerwin arborait une expression très mauvaise, comme si tout s'était passé selon son plan.
« Maintenant, Mademoiselle Aris. Une fois que vous l'aurez désinvoquée, ce sera la fin du processus. »
« Ar, arnaque ! C'est une arnaque ! »
Désinvoquer.
Une action où l'invoqueur renvoie l'invocation dans son monde d'origine.
Signifiant que je renverrais mon invocation contractée, la déesse, dans son monde d'origine.
Mais même sans faire une telle chose, la déesse aurait pu se désinvoquer elle-même.
Au contraire, à cause du contrat, elle ne pouvait pas se désinvoquer librement.
C'était un moment où son titre de déesse de la sagesse devenait sans valeur, mais celle qui avait fait ça, c'était cette créature argentée là-bas.
« C'est une arnaaaaaaaaaaaaaque ! »
Alors que la déesse disparaissait avec un cri de désespoir, je fixai le professeur Nicerwin.
« Tous les contrats sont comme ça ? »
Peu importe à quel point ma famille avait peu à voir avec l'invocation, ce que j'avais entendu de nobles avec qui ma famille était soit associée, soit très proche, ce n'était pas ça.
Ils disaient que c'était censé être une occasion bien plus solennelle, cérémonielle, où l'on trouvait un partenaire avec qui on passerait le reste de sa vie.
Mais qu'est-ce qui s'était passé pendant que je faisais mon contrat !
Violence et menaces, et un contrat d'esclave !
Peu importe à quel point j'étais ignorante en invocation, ce n'était définitivement pas un processus d'invocation normal de tous les jours !
J'avais l'impression que ma vie ne cessait de prendre des tournures de plus en plus étranges depuis que j'étais entrée dans cette école.
« Vous êtes devenue l'invoqueuse d'un dieu. Au final, les résultats ne sont-ils pas meilleurs pour tous les concernés ? »
Mais même à mes mots, le professeur Nicerwin répondit calmement, comme si absolument rien n'était anormal.
« Vraiment ? »
« Oui, jeune demoiselle. Il se trouve que les bases de la négociation consistent à avancer quand votre adversaire n'est pas en état de prendre des décisions rationnelles. »
Bien que j'eusse l'impression de n'avoir pas appris les bases de la négociation, mais celles de la menace, mais puisque je pouvais contracter avec la grande déesse Athéna, je décidai de fermer ma bouche.
Le lendemain.
Alors que je marchais vers l'école dès le matin.
Devant les grilles de l'école se tenait une pancarte géante où on lisait [Félicitations ! Lady Aris ril Letia ! La nouvelle contractante d'Athéna, Déesse de la Guerre !]
***
Bien que je ne m'y attendisse pas, grâce à la batte en métal nous pûmes contracter très facilement avec la déesse de la guerre.
Grâce à ça, l'évaluation de l'école monta en flèche !
Bien qu'il y ait eu beaucoup de regards de suspicion et de doute de la part des parents, cet incident les fit presque tous disparaître.
C'est un dieu. Et la déesse de la guerre en plus !
Et de plus, la contractante était issue des célèbres Dix Grandes Familles, la fille du marquisat de Letia qui était au cœur de l'armée impériale, Aris !
Les rumeurs avaient déjà commencé à se répandre dans tout l'empire, et on disait que les familles qui n'avaient pas envoyé de formulaires d'inscription à Yugrasia étaient maintenant très enviées.
Comme prévu, la meilleure publicité pour Yugrasia !
À ce rythme, même si je ne fais pas de discours l'an prochain, les élèves afflueront !
-Mais, à ce rythme, on aura probablement d'autres rumeurs qui tourneront ?
-Bien sûr.
Mais pour l'instant, la seule contractante de niveau dieu, c'est la fille Letia.
Bien que les contractants de dieux soient une minorité extrêmement rare, ça ne veut pas dire qu'ils n'existent pas.
Même avant mon arrivée, un membre du conseil des élèves avait déjà contracté avec le dieu Loki, après tout.
Il y aurait probablement ceux qui ne voudraient pas voir la popularité de Yugrasia continuer.
Surtout ceux qui fréquentent les autres Quatre Grandes Académies, ou leurs parents, voudraient voir Yugrasia ramenée à sa juste taille.
Et ils feraient probablement courir la rumeur qu'Aris avait déjà les capacités pour contracter un dieu.
Parce que si c'est le marquisat de Letia, c'est plus que plausible. Donc.
-Alors, il faut juste faire contracter d'autres dieux.
Bien que j'aie réalisé ça quand la batte en métal a renvoyé la déesse des enfers que Sia avait invoquée, la batte en métal fonctionne aussi sur les dieux des autres mondes.
-Haang, la déesse unique, Lady Arcadia, ne perdrait jamais contre des dieux des autres mondes !
-Oui, tu es la meilleure !
Alors que je répondais positivement à la batte en métal qui fanfaronnait, j'essayai de penser à d'autres premières années utilisables.
Puisqu'il y a déjà une méthode éprouvée pour faire des contrats, il n'y a pas de raison pour que je ne l'utilise pas, non ?
-Je suis le grand, kuaaaagh !
-Je règne sur le feuuuuugh !
-Kuaaaghgk !
-Hu, humain ! Arrête, arrête iiiht !
Et ainsi, environ un mois plus tard.
Yugrasia gagna cinq nouveaux contractants de niveau dieu.