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Reincarnated into Two Bodies

Chapitre 1 : Deux corps

Reincarnated into Two BodiesReincarnated into Two Bodies
Chapitre 1

Chapitre 1 : Deux corps

Chapitre 1/1100%~12 min de lecture2 345 mots

Dans le grand royaume de Setus, deux prodiges naquirent le même jour.

Carine, unique héritière du duché de Sareid, respectée pour ses talents militaires et son intelligence, dont la froideur ne faisait qu'étendre la renommée.

Feyt, un roturier monté en grade jusqu'à devenir un chevalier estimé, adoré des foules pour sa bravoure et sa douceur, et devenu un modèle pour tous.

Ces deux-là s'étaient rencontrés par hasard dans leur jeunesse et, depuis, ils n'avaient cessé de se défier et de se renforcer l'un l'autre.

Ensemble, ils formaient une force que rien n'arrêtait, et le monde entier le savait. Ils bougeaient et agissaient comme un seul être, liés d'un lien incassable. Leur entente était si parfaite qu'elle faisait naître des rumeurs de reliques ou de magie noire pour expliquer leur synergie.

Bien sûr, aucun d'eux ne connaissait la vérité.

Carine et Feyt, c'était moi.

« Cette fête est nulle... » grommelai-je.

Je regardai les gens autour de moi. La plupart étaient avachis sur leur siège, un soda en canette à la main, à picorer des amuse-gueules fades, les yeux tournés avec envie vers les sorties. Pourtant, personne ne faisait mine de partir.

Vous vous demandez sans doute pourquoi. Non, ce n'était ni la circulation ni la météo. La raison, toute simple, c'est que la fête était obligatoire.

Comment en était-on arrivé là ? Pour faire court : le directeur d'agence, notre patron, s'était enfin marié.

Il nous avait annoncé son départ à Paris pour le voyage de noces en refilant toute sa charge de travail à sa secrétaire, autrement dit à moi. Et comme ce n'était pas assez, il s'était dit d'humeur généreuse et avait voulu nous rendre quelque chose pour tous nos efforts.

Mais c'est de notre patron qu'on parle : sa générosité venait avec quelques ficelles. Il m'ordonna d'organiser une fête de Noël pour les employés pendant son absence, et j'en étais ravi.

Enfin, nous allions pouvoir souffler un peu ! J'étais plutôt enthousiaste, jusqu'à ce qu'on me remette le plan.

Le budget, Seigneur, le budget. Il suffisait à peine à acheter des amuse-gueules, encore moins des décorations. J'ai dû sortir de l'argent de ma poche rien que pour le nécessaire.

Il nous a aussi fourni un lieu : le septième étage inoccupé de l'immeuble de bureaux. Il était vaste, Dieu merci, mais il avait son lot de problèmes.

L'entretien n'était jamais assuré que sur les étages du bas, pour la façade ; les étages du haut étaient laissés à l'abandon par souci d'économie. Autrement dit, tout le septième étage était impropre à une fête, et nous avons dû le nettoyer nous-mêmes de fond en comble.

Et donc, après avoir perdu un mois entier à préparer cette fête, vidé mon portefeuille et sacrifié mon sommeil, la soirée commença enfin le soir de Noël.

Après avoir contemplé le fruit de mes efforts, je ne pouvais dire qu'une chose...

Je m'en voulais d'avoir monté tout ça : personne ne pourrait jamais s'amuser ici. La table du buffet se résumait à des chips sans marque, des biscuits rassis et des fruits qui avaient connu des jours meilleurs la semaine précédente. C'était tout ce que je pouvais m'offrir avec ce budget de misère.

Et ne me lancez pas sur les boissons. Elles étaient fraîches, d'accord, mais le soda était aussi plat que ma roue de secours, et la bière était une piquette étrangère dont je n'arrivais même pas à déchiffrer l'étiquette.

Côté animation, quelqu'un avait apporté sa Gamestation 4 pour qu'on puisse jouer, mais nous n'avions pas de télévision... si bien que la console est restée dans son coin, seule au monde.

Nous aurions bien mis de la musique et dansé toute la nuit, mais nos bureaux jouxtaient un immeuble d'habitation. La crainte d'une plainte pour tapage nous en a dissuadés, puisque celui qui aurait payé l'amende, c'était nous.

Comme la fête était obligatoire, les absents auraient subi une retenue sur salaire. Certains employés ont dû annuler leur soirée de Noël en amoureux pour venir : difficile de faire plus déprimant.

Tout le monde avait l'air mort en descendant sa bière bon marché, et le seul divertissement digne de ce nom, c'était les ragots. Je commençais à me demander pourquoi j'avais seulement essayé de faire que cette fête fonctionne.

Je descendis ma bière comme s'il n'y avait pas de lendemain. Après m'être assuré que la canette était vide, je la lançai négligemment vers une poubelle.

« Haa... Qu'est-ce que je fais, maintenant ? »

« Hm ? » Je tournai la tête et découvris un visage familier. « Ah, Luke. »

De toute la fête, c'était sans doute le seul employé dont les yeux gardaient une lueur. Il accourut vers moi, plein d'énergie, deux canettes de bière non ouvertes à la main.

« Merci de m'avoir invité à la fête, chef ! » Luke fit un salut, une canette toujours fermement serrée dans la paume. « Elle est super, cette fête ! »

Voilà quelqu'un d'optimiste.

« Hé, je t'ai dit d'arrêter de m'appeler chef, tu vas t'attirer des ennuis. »

« Quoi ? Il n'est pas là, si ? » Luke tourna la tête à gauche, puis à droite.

Ses lèche-bottes, peut-être.

« Enfin, après tout ce temps où tu m'as formé, ça me vient naturellement, tu vois ? Et puis, tu as toujours été plus un chef que lui... »

« Chut ! » Je plaquai de force ma main sur la bouche de Luke. « Arrête ça, ou on va tous les deux avoir des ennuis. »

Luke hocha la tête. « Mmmhmm ! »

Une fois certain qu'il avait compris, je relâchai sa bouche.

« Au fait, Luke, cette bière, c'est pour moi ? » Je lorgnai les deux canettes fermées dans ses mains.

« Oh, désolé, non ! C'est pour ma copine ! »

« A-ah ! Bien sûr que non... » J'espérais bien que si, pourtant.

La copine de Luke... C'était elle, la raison pour laquelle il débordait d'énergie malgré l'ambiance de veillée funèbre. Il l'avait invitée à la fête comme accompagnatrice, et elle avait accepté, contre toute attente.

« Ah ! Quand on parle de l'ange ! » Le visage de Luke s'éclaira tandis qu'une femme s'approchait de nous.

« ... Oui, ça, ce n'est pas ringard du tout. »

Dans une robe bleue toute simple se tenait une femme au visage plutôt inexpressif. Mais j'avais l'impression que c'était simplement sa tête de tous les jours.

« Luke, tu as pris la bière ? » dit-elle d'un ton assez monocorde.

« Oui ! La voilà ! » Luke lui tendit la canette.

« Merci », dit-elle à Luke. Puis elle tourna la tête vers moi. « Et... vous êtes l'aîné de Luke, c'est ça ? Celui qu'il n'arrête pas d'appeler chef ? »

« O-oui, je suis son aîné. Enchanté ! Évitez quand même de m'appeler comme ça ici... »

Je lui serrai poliment la main.

« Moi, c'est Kloe. Luke m'a beaucoup parlé de vous. »

'Mince, il raconte des choses sur moi ? J'espère que ce n'est rien de mauvais...'

« Ne vous inquiétez pas, je vous assure : Luke vous admire beaucoup. »

'Ma langue a fourché ? Ou est-ce qu'elle lit tranquillement dans les pensées ?'

« Ah, Luke. On va sur le balcon ? L'air est étouffant, ici. » Kloe s'éventa le visage de la main.

« Oh, bien sûr ! » répondit Luke. « À plus tard, chef ! » Il me tapota l'épaule en s'éloignant avec Kloe.

« Je t'ai dit d'arrêter de m'appeler comme ça, non ? »

« Haha ! Désolé, c'est l'habitude ! »

'Ce gamin va me faire tuer...'

Ces deux-là partis, je me retrouvai de nouveau seul avec le reste des employés. À côté d'eux, j'avais l'impression de contempler une meute de zombies... moi compris.

Les seuls que j'avais vus sourire sincèrement jusque-là, c'étaient Luke et sa copine. Ces deux-là étaient si amoureux que je doutais que quoi que ce soit puisse leur gâcher l'humeur.

« Si j'avais quelqu'un comme ça... Je me demande ce que ça ferait... »

Fantasme inutile mis à part, il me fallait quelque chose pour tuer le temps jusqu'à minuit : nous n'aurions le droit de partir qu'à cette heure-là.

Le patron ne veut voir personne partir en avance, allez savoir pourquoi. A-t-il seulement pensé que certains d'entre nous mettent des heures à rentrer chez eux, à minuit qui plus est ?

« Bon... va pour la bière. »

Comme s'il y avait un autre moyen de s'amuser.

Je m'étais promis d'arrêter après deux ou trois canettes mais, au bout du compte, je n'ai pas su me retenir. Heureusement, nous en avions acheté un bon paquet : pas de risque que je vide tout le stock à moi seul.

« Merde... Il faut que je range... »

Je me levai lentement, en trébuchant sur mes propres pieds.

« Je suis bourré à ce point ? Le ménage va être une corvée... »

La plupart des autres étaient partis, et les derniers dormaient par terre, bave comprise. Le seul sur qui je pouvais compter pour m'aider à nettoyer, c'était Luke, malheureusement.

« Il est toujours sur le balcon ? »

Je m'y dirigeai, une main sur le front et l'autre contre le mur pour éviter de tomber.

« Tu es un sacré charmeur. »

J'entendis la voix de Kloe depuis l'autre bout du couloir qui menait au balcon. En approchant, je vis par la vitre Luke et Kloe appuyés à la rambarde de fer, en train de bavarder sous la lune, un grand sourire aux lèvres tous les deux.

« ... Je ferais peut-être mieux de ne pas les déranger. »

Alors que j'allais rebrousser chemin, la curiosité me prit et je décidai de rester regarder.

« C'est bizarre, quand même », dit Luke. « Au moment où on s'est rencontrés, j'ai eu l'impression que c'était... le destin, un truc comme ça ! »

« Franchement, tu as des progrès à faire côté drague. » Kloe but une gorgée de sa canette. « Mais je dois reconnaître que je ressens un peu la même chose... » dit-elle en rougissant.

« Hmpf », ricanai-je avec un sourire en coin. « Sacrés tourtereaux. »

La scène devant moi était romantique en diable. Deux jeunes gens contemplant la lune avec toute la vie devant eux.

La seule chose qui gâchait le tableau, c'était la rambarde de fer sur laquelle ils s'appuyaient. Elle était rouillée et semblait même un peu tordue à la base.

« Il faudrait vraiment que je fasse vérifier ce truc, on dirait qu'il peut céder à tout moment. »

Et, comme si le destin se moquait de moi, la rambarde se courba davantage.

« ... Attendez, non, elle VA vraiment céder ! »

Sans hésiter, je bondis et me ruai pour les prévenir.

« Vous deux ! Éloignez-vous de cette rambarde ! »

« Hein ? » Ils se tournèrent tous les deux vers moi.

Ce changement brusque de position eut raison de la rambarde. En un instant, Luke et Kloe basculèrent en arrière avec elle.

« Kloe ! » cria Luke.

Je défonçai la porte du balcon et sautai. À ma propre surprise, je réussis à attraper leurs deux bras et à les sauver de justesse de la chute.

Je contractai tous mes muscles, mettant la moindre parcelle d'énergie qui me restait dans mes bras et dans mes jambes.

« Aaaaaaaargh ! »

À grand-peine, je parvins à les hisser assez pour qu'ils puissent remonter seuls sur le balcon. Une fois en sécurité, ils haletaient, les mains serrées sur la poitrine.

« Haaa... Haaa... O-on a failli mourir ! » lâcha Luke, à bout de souffle.

Quant à moi... eh bien... disons que je commençai à regretter d'avoir bu autant de bière.

Je n'arrivais plus à bouger, mon corps était raide comme une planche. Le vent se mit à me pousser en avant.

« C-chef ?! » cria Luke.

'Désolé, les amis, je ne peux pas faire grand-chose... Mon corps tombe tout seul...'

Je fermai les yeux tandis que ma conscience commençait à s'effacer.

J'entendais le cri de Luke décroître, décroître encore, avalé par le grondement du vent contre mon oreille.

'Ah, je suis vraiment en train de tomber... C'est la fin, n'est-ce pas ?'

J'ouvris les yeux sur un spectacle déroutant : un plafond de bois et un plafond de marbre blanc, tous deux superposés dans ma vision.

Je me redressai lentement et ma vue commença à se préciser, ce qui me troubla davantage.

Je parvenais on ne sait comment à voir deux scènes en même temps. Une modeste maison de bois et une pièce luxueuse de style victorien.

Je percevais aussi deux sensations contraires sur le lit où j'étais allongé. L'un était plutôt dur, l'autre doux et accueillant.

'Qu'est-ce qui se passe ici ? La dernière chose dont je me souviens, c'est... ma chute.'

Tandis que je rassemblais mes esprits, l'une de mes deux visions me montra un homme et une femme vêtus de ce qui ressemblait à des hardes médiévales, accourant à mon chevet. La femme me serra fort contre elle, sans me laisser de quoi respirer.

« Feyt ! Tu es réveillé ! » Elle me câlina en me frottant le front. « Oh là là, quelle énorme bosse ! Avec quelle force est-ce qu'elle t'a frappé ? »

Presque au même moment, mon autre vision me montra un autre homme et une autre femme, vêtus de tenues royales comme on en voit au théâtre. Tous deux se précipitèrent à mon chevet dès qu'ils me virent.

« Carine ! Je suis tellement soulagé que tu ailles bien ! » s'exclama l'homme, la voix pleine de soulagement. Il me frotta doucement le front, où je sentais un pansement. Son contact me piqua légèrement.

La femme s'approcha de mon côté et m'observa. « Ça fait encore mal, ma chère Carine ? Ne t'inquiète pas. Je vais faire payer cette idiote qui t'a frappée ! » Elle eut un sourire effroyable.

« ... Hein ? » dirent mes deux corps en même temps.

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour Reincarnated into Two Bodies.

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